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Marc-Antoine Charpentier par Olivier Schneebeli

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Marc-Antoine Charpentier : Vêpres pour Saint Louis. Les pages & les chantres ; Centre de Musique Baroque de Versailles ; Robert Getchell, haute-contre, Hervé Lamy, taille, Alain Buet, basse ; Frédéric Desenclos, grand orgue ; Matthieu Lusson et Yuka Saïto, violes de gambe ; Benjamin Pierrot, théorbe ; Alexandre Salles, basson ; Direction, Olivier Schneebeli. 71’40. Prise de son : Hugues Deschaux Editeur : Alpha. réf : Alpha 050.

 

charpentier_disque_vepres-300x267Enregistré le 25 Août 2003 en la Chapelle royale du château de Versailles, le disque des Vêpres pour Saint Louis de (1643-1704) sort sous le label Alpha en ce début d’année 2004 pour célébrer le tricentenaire de la mort du compositeur. Un événement qui semble tout particulièrement monopoliser les énergies du monde musical. Grâce à la collaboration du Centre de Musique de Versailles, Charpentier, dont la carrière s’est toujours déroulée en dehors du cercle versaillais, retrouve ici une place légitime et un lieu à la mesure de son art.

C’est à l’époque où il est maître de chapelle au Collège Louis le Grand que honore Saint Louis, protecteur de la monarchie au XVII, il écrivit cet office de vêpres avec chœur, solistes et « symphonie », un des seuls exemples du genre à avoir été conservé. Cinq psaumes de David précédés par de courtes antiennes sont mis en musique sous la forme de grands et petits motets. S’y ajoutent un Magnificat et un motet pour Saint Louis qui n’est autre qu’une louange à Sa Majesté Louis, roi de France. Trois pièces instrumentales de Guillaume Nivers (1632-1714) jouées sur le grand orgue Cliquot de la chapelle royale — Prélude du Ier ton, Prélude du 2ème ton et Fugue grave — viennent ici ponctuer les différentes parties de l’office liturgique.

Respectant l’usage selon lequel les voix de femme ne se faisaient pas entendre à l’église, les parties chorales, dans la présente version, sont chantées par des enfants et de jeunes adultes assurant les voix de dessus, de haute-contre, de taille, de basse taille ainsi que les tessitures de basse du grand chœur à la Française. Il faut saluer le travail de l’école maîtrisienne ; Les Pages et les Chantres obtenant une homogénéité de timbres et un équilibre idéal au sein des pupitres. La fragilité très émotionnelle des voix d’enfants s’accompagne ici d’une fraîcheur et d’une justesse rares, même lorsqu’elles se risquent à certains passages solistes originellement destinés à des castrats. Tout est ici mis en oeuvre dans les choix de l’interprétation pour exalter la magnificence du style concertant. L’entrée du ténor en plain chant, appelant la réponse du chœur. Débute alors l’office sur un ton saisissant et très théâtral, variant à l’infini les combinaisons vocales et chorales pour nourrir le dialogue, faire vivre les contrastes et le mouvement, l’écriture de Charpentier juxtapose continuellement la solennité des grands ensembles et l’intimité du duo — voire même du récitatif expressif soutenu par la basse continue — Les trois voix solistes, haute-contre, taille/ténor et basse, d’un raffinement extrême, ont cette parenté de style qui confère aux timbres une même suavité dans les passages en écho. Observant une retenue et une sobriété de circonstance, les voix sont au service du texte latin prononcé « à la française » telle qu’on le pratiquait au siècle des lumières. Les petits motets « mêlez de symphonie » favorisent l’alliage des couleurs vocales et instrumentales. Dans le Fidelis servus, sur le continuo du théorbe et du basson, deux dessus de viole jouent en concert avec les voix de haute-contre et de ténor rivalisant de finesse et d’élégance. La transparence de la texture chorale préservant une lisibilité parfaite des grands ensembles met en valeur le contrepoint luxuriant de certains psaumes très développés. L’écriture en fanfare du motet dédié à Saint Louis — Ludovicus triumphet, Ludovicus regnet, Ludovicus vivat — est l’occasion de faire sonner les registres claironnants de l’orgue qui donne la réplique aux voix solistes très jubilatoires. Tirant parti des suggestions du texte, Charpentier recourt volontiers à des effets descriptifs — sorte de madrigalismes de la part de cet élève de Carissimi féru d’italianisme — que les interprètes soulignent par des modes de jeu ou des couleurs appropriées — notes répétées et martelées « par écho » pour le grincement de dents — dentibus suis fremet — dans le huitième numéro.

La virtuosité, le brio de cet enregistrement s’exercent jusque dans la prise de son, dosant avec subtilité les effets de réverbération pour préserver une clarté et une définition parfaites du phénomène sonore tout en donnant à l’auditeur la mesure de l’espace résonnant.

A la tête de la maîtrise Les Pages et Les Chantres, ne nous donne-t-il pas, dans cette interprétation des Vêpres de Charpentier, l’évidente manifestation du « bon goût » français, ce point magique des choses, aussi subtil qu’indéfinissable ?

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