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Paris. 24.III.2004. Temple Saint Marcel. Ludwig van Beethoven : Sonates pour piano n°30 op. 109 et n°31 op. 111. Piotr Illitch Tchaïkovski : Trio pour piano et cordes op. 50. Ludmila Berlinskaïa, piano. Raphaël Aubry, violon. Arben Shendert, violoncelle.

Trio de chambreBeethoven / Tchaïkovski

Avec ses trois dernières sonates, Beethoven mènera ce genre à des limites insoupçonnées jusqu’alors. Dans son livre de souvenirs, le grand Pablo Casals déclara : « Le Beethoven des dernières années ne déploie les ailes que pour aller vers les sommets les plus élevés ». Pensée tellement juste qu’il n’est pas possible d’écouter une oeuvre du Beethoven de cette période sans se demander si l’interprète parviendra à ces « sommets élévés ».

Le bref Vivace du début de l’opus 110, pris dans un tempo retenu et interprété d’un phrasé souple par ne pouvait que retenir l’intérêt de l’auditeur. Le forte, aux graves puissants, du début de l’Adagio espressivo suivant marquait le début d’une construction par vagues de ce mouvement, dont le Prestissimo final, qui débute par un accord fortissimo, fut attaqué avec puissance et beauté sonore. Tout au long de cette partie la pianiste sut allier la rigueur rythmique à la liberté du chant. Le Thème et Variations, pris dans un tempo plus près de celui d’un Adagietto que du tempo Andante indiqué, donna l’impression d’une procession. Si l’exposition du thème put paraître un peu distante, la façon dont construisit les quatre variations et l’Allegro ma non troppo final, justifia pleinement cette entrée en matière.

Le début de la Sonate n°31, un Moderato Cantabile, dégagea un sentiment de nostalgie. Le tempo « fluctuant » mais complètement maîtrisé par Ludmila Berlinskaïa, donna à ce mouvement une ampleur à laquelle il n’était pas possible de rester insensible. L’ Allegro Molto suivant fut pris avec une lenteur qui ne pouvait que surprendre, mais à mesure que le discours musical avançait, l’interprète justifiait son choix. Ceci confirme que dans l’absolu il n’y pas de bon ou de mauvais tempo, mais seulement des musiciens qui parviennent à justifier leurs options. Le troisième mouvement (Adagio), semble à la fois intemporel et à la recherche de quelque chose. La phrase poignante qui sort de cette « recherche » frappe de plein fouet l’auditeur par le jeu recueilli de la pianiste. Les grands accords qui mènent à la section finale résonnèrent comme des cloches dans le Temple Saint Marcel. La Fugue, prise elle aussi à un tempo très retenu, fut construite tels des arcs menant cette sonate vers l’apothéose.

Après les deux sommets de l’art beethovenien nous fut proposé le Trio en la mineur op. 50 de Tchaïkovski dénommé « A la Mémoire d’un Artiste ». L’interprétation qui nous fut donnée suivit un peu les aléas de l’œuvre, au discours décousu et parfois convenu – bien que d’une grande inventivité mélodique. L’exposé du thème du début nous permit d’entendre le jeu austère mais expressif du violoncelliste. Dans le développement, à des passages au jeu très inspiré, succédaient des moments qui ne permettaient pas de retenir l’attention. Sur le plan de l’équilibre, on ne pouvait que regretter le jeu un peu en retrait du violoniste et celui « trop imposant » de la pianiste qui écrasait par moments ses deux partenaires. Le Finale, quasiment brahmsien – malgré le peu d’estime que Tchaïkovski avait pour son confrère de Hambourg – offrant plus de matière, permit aux interprètes de trouver l’ équilibre et de nous donner la mesure de leurs capacités.

Le choix du Temple Saint Marcel comme lieu de concert s’est révélé, du point du vue du cadre comme de l’acoustique, tout à fait approprié pour de la musique de chambre.

Crédit photographique : (c) DR.

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Paris. 24.III.2004. Temple Saint Marcel. Ludwig van Beethoven : Sonates pour piano n°30 op. 109 et n°31 op. 111. Piotr Illitch Tchaïkovski : Trio pour piano et cordes op. 50. Ludmila Berlinskaïa, piano. Raphaël Aubry, violon. Arben Shendert, violoncelle.

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