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Franz Schreker : Kammersymphonie ;Ernst Křenek : Concerto pour violon et orchestre op. 29

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Franz Schreker (1878-1934):Kammersymphonie (1916). Ernst Křenek (1900-1991) : Premier concerto pour violon (1924). Hanna Weinmeister : violon. Musikkollegium Winterthur. Direction : Heinrich Schiff. 1 CD Farao B108014. Durée 46’19, DDD, 2003. Notice en anglais, allemand et français.

 

Le violoncelliste et chef d’orchestre s’évertue depuis quelques années à servir la musique moderne de l’Allemagne et l’Autriche du début du XXe siècle. Sous son impulsion, les compositeurs oubliés conséquemment au cours tortueux de l’histoire sont remis sur le devant des bacs dans les magasins de disques. Il y a deux ans, le chef faisait paraître chez Pan Classics un CD comportant, outre quelques pièces de musique de chambre, le Concerto pour violoncelle d’Ernst Toch (1887-1964). Pour Farao, label munichois, le musicien explore les partitions de deux musiciens contemporains du précédent – ou peu s’en faut – qui, à l’image de Toch, ont joui d’une renommée substantielle avant de connaître les déconvenues de l’ostracisme totalitaire. Indépendamment de ces tristes vicissitudes, les biographies de et d’ font état de plusieurs parallèles intéressants. Nés à Vienne, ils s’intéresseront tous deux au renouveau musical qui infiltre petit à petit la production musicale sous les latitudes autrichiennes et voueront des intérêts similaires aux nouvelles esthétiques. Křenek, qui a été l’élève de Schreker, se profile comme un artiste très éclectique. Également peintre et essayiste, il a signé près de deux cent quarante opus musicaux. Certains s’inspirent des techniques sérielles alors que d’autres puisent dans les courants du néoclassicisme et du post-romantisme. Son Concerto pour violon op. 29 date de 1924 et est affilié à la tradition néoclassique. Il rappelle le Concerto en Ré de Stravinski, pourtant de sept ans plus proche de nous. En trois mouvements (Presto – Adagio molto – Allegro vivace) et d’une durée totale d’environ vingt minutes, l’œuvre mêle une vivacité rythmique abondamment relayée par l’orchestre aux longues mélopées de l’archet soliste annonçant, aussi, le Concerto d’Alban Berg de 1935. D’un son très clair et généreux, Hanna Weinmesiter (membre du Trio Weinmesiter et du Quatuor Tetzlaff) dessine les contours hardis de cette riche condensation de styles témoignant d’une époque prolifique. Le phrasé varié dont fait preuve la soliste autorise le déploiement d’un éventail bienvenu de couleurs qui soulignent le relief d’un concerto visionnaire que signe un Ernst Krenek en prise directe avec son temps.

Culturellement, le choix de l’orchestre de Winterthur, dont a été le titulaire de 1995 à 2001, s’impose. En effet, la ville suisse sise au Nord de Zurich a joué un rôle essentiel dans l’essor musical du siècle tout juste achevé. Le mécène Werner Reinhardt, auquel on doit une fondation toujours en activité, aussi bien dans le domaine de la musique que de la peinture, y invita Krenek en 1923. Pour l’anecdote, celui-ci y épousa la fille de Gustav Mahler, Anna. Le « Musikkollegium Winterthur » – anciennement « Stadtorchester » – a été fondé en 1875. Il a été marqué par les personnalités de W. Reinhardt, on l’a dit, mais aussi de Hermann Scherchen, ardent défenseur et grand serviteur de la musique de son temps. A Winterthur, l’accent a longtemps été mis sur la création d’œuvres nouvelles. Ainsi, la démarche menée conjointement par l’orchestre et s’inscrit-elle comme une volonté d’honorer ce travail de longue haleine, entrepris il y a plusieurs décades déjà.

La Kammersymphonie en un seul mouvement de , pour 23 instruments (sept vents, onze cordes, harpe, célesta, Harmonium, piano, timbale et percussions) voit perler d’innombrables touches fugaces et subtiles que l’on est tenté, hâtivement peut-être, de qualifier d’impressionnistes. Harmonie et timbre n’apparaissent plus comme des entités qu’il est possible de dissocier, mais se nourrissent l’un l’autre alors que la mélodie, pourtant très répandue au fil des quelque vingt-cinq minutes de la pièce, s’étourdit dans l’alchimie des timbres et l’étendue harmonique. L’emploi du célesta, au premier titre peut-être, renforce cette idée de dissolution progressive et d’interpénétration des éléments sonores et harmoniques. Heinrich Schiff, déjà très convaincant dans son approche de la musique d’Ernst Toch, réaffirme ici ses qualités de chef d’orchestre. Le résultat est, là aussi, parfait de lisibilité.

On ne saurait que trop recommander l’écoute de ce disque qui offre la possibilité d’aller avantageusement à la redécouverte d’un pan encore trop peu connu du Sécessionisme musical viennois : celui d’une époque-charnière où les grandes ruptures de style s’affirmaient tout en nourrissant encore le souvenir des grands romantiques.

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Franz Schreker (1878-1934):Kammersymphonie (1916). Ernst Křenek (1900-1991) : Premier concerto pour violon (1924). Hanna Weinmeister : violon. Musikkollegium Winterthur. Direction : Heinrich Schiff. 1 CD Farao B108014. Durée 46’19, DDD, 2003. Notice en anglais, allemand et français.

 
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