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Ballets d’avril à Paris : Stravinski / Cherkaoui / Rebaud, Hervieu et Massin

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Crédit photographique : La Septième Danse – Photo (c) Icare ; Foi – Photo (c) Kurt Van Der Elst

La Septième Danse - Photo (c)  IcareParis. Opéra Garnier. 26.IV.2004. Spectacle de ballets Nijinska/Taylor/Bombana : Noces, musique d’Igor Stravinski ; Le Sacre du Printemps, musique d’Igor Stravinski ; La septième lune, musique de , chorégraphies de , et . Ballet de l’Opéra de Paris. Chœur Accentus. Ensemble instrumental invité, direction .

Paris. Théâtre de La Ville. 22.IV.2004. Foi, chorégraphie et mise en scène de (2003). Chants polyphoniques du XIVème siècle. Les Ballets C. de la B. , direction .

Ce n’est pas le mince spectacle consacré à trois chorégraphes aussi disparates que , Paul Tayor et par le Ballet de l’Opéra de Paris au Palais Garnier qui aura été l’événement de la fin du mois d’avril mais bien celui du belge au Théâtre de La Ville : « Foi », véritable cri d’amour et de désespoir.

Il y a bien continuité musicale dans le dernier spectacle du Ballet de l’Opéra de Paris car on passe pour « Noces » de Stravinski d’un ensemble choral accompagné par quatre pianistes, à la version du « Sacre » du même Stravinski pour piano à quatre mains pour arriver à un ensemble instrumental de percussions plus étoffé autour du piano pour « La Septième Lune » sur une musique originale de , commande de l’Opéra de Paris. Mais la continuité s’arrête là car il n’y a ni rapport, ni mise en perspective entre les chorégraphies de la Russe Bronislava Nijinska (1923), de l’Américain (1980) et de l’Italien Davide Bombana (création). « Noces » dans sa version des Ballets Russes signée en 1923 par la sœur du grand Nijinski, reste un classique admirable qui, quatre-vingt ans après, n’a pas pris une ride. Écho des mariages dans la Russie traditionnelle, dans les superbes costumes et décors de Natalia Gontcharova, elle donne à deux solistes, et , l’occasion de briller au sein d’une compagnie superbement préparée par Élisabeth Platel qui en a été la grande interprète à l’entrée de la pièce au répertoire de l’Opéra de Paris en 1976. La version décalée du « Sacre » à la Buster Keaton de Paul Taylor est tellement anecdotique, que même d’excellents danseurs tels Géraldine Wiart et Emmanuel Hoff n’arrivent pas à soutenir l’intérêt. Au moins donne-t-elle l’occasion d’entendre la rare version révisée en 1947 par Stravinski pour piano à quatre mains, magnifiquement dominée par les pianistes Elena Bonnay et Christine Lagniel. Quant à la création mondiale, « La Septième Lune » on doute qu’elle ait un grand avenir devant elle. Inspirée d’un nô japonais elle mélange vocabulaires classique et moderne sans originalité ni efficacité. Prodromidès a conçu une musique sombre, percussive, efficace, dans la veine des accompagnements de films noirs. Passé l’effet de surprise du décor noir et blanc, des beaux costumes du japonais Yoshiki Hishinuma, on s’ennuie ferme, d’autant que les jeunes danseurs qui ont succédé aux Étoiles des premières représentations, ne semble pas s’engager à fond dans cette chorégraphie de vingt sept minutes rapidement à court d’idée (1).

Pendant ce temps là, le Théâtre de La Ville affiche complet pour la reprise de « Foi » créé il y a juste un an par Sidi Larbi Cherkaoui, un des chorégraphes du collectif belge les C. de la B. Et c’est justice, car ce long spectacle d’une heure quarante tient le spectateur en haleine avec ses vrais personnages, avec ses chocs culturels et sa richesse d’invention. Á vingt-sept ans, ce chorégraphe et danseur belge et marocain a déjà à son actif d’avoir été un des interprètes de Teresa de Keersmaeker et d’ (notamment dans l’ébouriffant « Lets op Bach » en 1997 où il dansait un solo inoubliable) et d’avoir créé deux spectacles « Rien de Rien » et « D’avant » présentés par le Théâtre de La Ville aux Abbesses en 2001 et 2002. Difficile de décrire cet « opéra médiévo-contemporain » auquel prend part l’ensemble avec un répertoire de Chants polyphoniques du XIVème siècle, où chacun des personnages, tous révoltés, tous marginaux (travesti, séropositif, boulimique, trisomique, homosexuel, cul-de-jatte) incarnés par des acteurs-danseurs de tous les horizons possibles, situé dans une cour concentrationnaire triangulaire, sont doublés d’un ange gardien qui leur font commettre les actions les plus inconsidérées. Sidi Larbi prend ses spectateurs dès la première image, pour ne les lâcher qu’éreintés et magnétisés à la fin d’un parcours du combattant qui mène au néant (2).

La Fontaine, décidément, a la cote cette saison sur les scènes parisiennes ! Et sur tous les fronts, car théâtre, danse et musique se sont donnés le mot pour faire rayonner cette magnifique langue française alors à son zénith et aujourd’hui si maltraitée.

Á la Comédie-Française, c’est l’Américain Robert Wilson qui vient jeter un regard d’étranger et insuffler un peu de sang neuf avec le merveilleux spectacle « Fables de La Fontaine » grouillant d’idées. Le Théâtre de Chaillot reprend un spectacle de « petites pièces chorégraphiques pour un public familial » entamé par avec un immense succès lors de la saison dernière. Cette année le spectacle « Les fables à la fontaine » offre dans le même esprit à trois chorégraphes français, , et d’illustrer par la danse « Le corbeau et le renard », « Le loup et l’agneau » et « Le rat des villes et le rat des champs ». « Le corbeau » dans la version polyethnique, polyglotte, faisant flirter les deux interprètes avec un montage vidéo est une des approches les plus pédagogiques qui soient pour les enfants d’aujourd’hui. Monté dans un esprit baroque sur de sublimes musique de , « Le loup » qui traite de l’exercice du pouvoir, est la plus poétique des trois fables. Avec « Le rat » c’est l’univers du rap et du hip hop que le duo aborde pour toucher la sensibilité des enfants urbains. Un spectacle d’une heure, très divertissant et assurément conçu pour être vu en famille. Au Châtelet, en mai, pour la nouvelle production de «  » de Jean-Philippe Rameau, comédie-ballet d’après Contes et nouvelles en vers de Jean de La Fontaine, on retrouvera tout naturellement pour la chorégraphie avec pour la mise en scène et la conception vidéo.

 

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Crédit photographique : La Septième Danse – Photo (c) Icare ; Foi – Photo (c) Kurt Van Der Elst

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