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Messe pour le Sacre de Napoléon 1er de Méhul pour le bicentenaire de la Légion d’honneur

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Boulogne-sur-Mer. Cathédrale de Boulogne-sur-Mer, 27-VI-2004, Etienne-Nicolas Méhul (1763-1817) Messe pour le Sacre de Napoléon 1er (1804), Création. Stéphanie Révidat (soprano), Sylvie Althaparro (mezzo), Christophe Einhorn (ténor), Matthieu Lecroart (baryton). La Maîtrise Boréale Nord Pas-de-Calais, Bernard Dewagtère (chef de chœur). Ensemble Musica, direction : Pierre-Yves Gronier.

mehul_boulogne-300x224A l’occasion des fêtes du bicentenaire de la Légion d’honneur, l’Ensemble Musica, avec le soutien de la Communauté de communes du Boulonnais, proposait le 27 Juin dernier la création d’une œuvre… datant de 1804 ! L’œuvre en question est une messe, composée pour le sacre de Napoléon 1er. Mais à la suite d’un différend entre le futur Empereur et le compositeur, cette messe ne fut pas jouée le jour du sacre, Bonaparte lui préférant pour l’occasion la Messe de Paisiello ainsi que des pièces de Lesueur et de l’Abbé Roze. La messe de Méhul fut alors oubliée. Ce n’est qu’au milieu du XIXème Siècle que l’Abbé Neyrat en retrouva la partition dans une bibliothèque de Bratislava et en effectua une copie puis une réduction avec accompagnement d’orgue. C’est le musicologue Hervé Lussiez qui, en 2000, retrouva trace de la version orchestrale, et entreprit le projet de faire créer cette Messe.

En prélude à cette création, l’Ensemble Musica sous la direction de son chef Pierre-Yves Gronier proposait l’Ouverture d’Horatius Coclès du même Méhul.

Méhul composa 35 opéras qui obtinrent grand succès en leur temps. De nos jours, cette musique n’est plus guère interprétée, malgré des idées novatrices pour l’époque. L’Ouverture d’Horatius Coclès date de 1794, et on y entend déjà pourtant des figures rythmiques, des énoncés de thèmes héroïques (les violoncelles !) qui préfigurent déjà Berlioz. La dynamique et l’harmonie parfois audacieuse de cette pièce semblent également annoncer le grand Carl Maria von Weber. L’interprétation de Pierre-Yves Gronier et de son Ensemble Musica s’avère fort satisfaisante, mettant bien en évidence les contrastes de l’œuvre, malgré une acoustique peu favorable. L’Ouverture aurait néanmoins certainement gagné à bénéficier d’un effectif un peu plus fourni, permettant ainsi un meilleur équilibre entre une harmonie omniprésente et des pupitres de premiers et seconds violons pour le coup un peu discrets. Mais c’est bien sûr la Messe pour le Sacre de Napoléon 1er qui constituait le principal attrait de ce concert. Contrairement à la pièce précédente, l’effectif relativement réduit de l’Ensemble Musica correspond mieux aux exigences de cette œuvre. En effet, celle-ci requiert un orchestre relativement restreint, avec des bois par deux. La Messe s’ouvre sur un Kyrie aux accents belcantistes. Malgré la difficile tonalité — La bémol Majeur ! — et une tessiture très large pour les chœurs, on est d’emblée frappé par la netteté de la diction et la beauté des voix de la Maîtrise boréale. Cette impression se confirme à l’écoute du Gloria. On s’éloigne ici nettement du bel canto et c’est plutôt au jeune Schubert que la simplicité des gammes ascendantes couplées à de subtiles modulations font penser. Mais très vite, l’influence italienne revient à grands pas pour un « Et in Terra Pax » emprunt d’une belle solennité. Les solistes vocaux interviennent tour à tour dans un Miserere émouvant et très modulant. Et tandis que le Credo s’avère la partie la moins marquante de la Messe, cédant aux poncifs du genre, le Sanctus, avec son accompagnement de triolets et son rythme lancinant, est beaucoup plus original et convaincant. Le « Hosanna », dans une écriture fuguée, permet à la Maîtrise boréale de mettre en évidence toute la virtuosité des jeunes sopranistes et leurs aigus stratosphériques. Les voix solistes font leur retour dans le Benedictus, lequel débute par une marche bellinienne qui n’est pas sans rappeler celle de Norma… Alors que le chef-d’œuvre de Bellini ne fut composé que près de 30 ans plus tard ! Le traitement de la voix est encore une fois très belcantistes avant l’heure, évoquant telle romance de Donizetti. Enfin, l’Agnus Dei conclut la messe, s’achevant par une fugue brillante (« Dona nobis pacem »), entraînante péroraison témoignant encore de la rigueur de la mise en place de l’ensemble.

On soulignera l’important travail d’Hervé Lussiez, qui permet de (re)découvrir, sinon un grand génie, tout au moins un Maître important, véritable « pont » entre les grands classiques — l’influence de Haydn est palpable — et les premiers romantiques. Ainsi, comme on a pu le noter à l’écoute de cette messe de très bonne facture, l’écriture de Méhul, bien que pétrie d’influences — tant italiennes que germaniques, annonce déjà d’une part certaines harmonies et modulations de Schubert et même Berlioz, mais aussi la vigueur rythmique de Weber et peut-être plus encore l’art du bel canto, qui prendra toute sa mesure avec Bellini et Donizetti. Il convient également de souligner la rigueur du travail de l’orchestre et de son chef Pierre-Yves Gronier. Elève de Jean-Sébastien Béreau, le Directeur artistique de l’Ensemble Musica échappa à tous les dangers liés à une œuvre à mi-chemin entre classicisme et premier romantisme, évitant de tomber soit dans une froide rigueur, soit dans un pathos hors-sujet. Sa lecture mit en évidence toute l’originalité et les préfigurations de cette musique. L’attention portée aux couleurs orchestrales — la finesse des contre-chants de hautbois et de violoncelle, les délicats accompagnements de la petite harmonie — et l’attention portée à l’équilibre entre solistes, chœur et orchestre firent de cette prestation un moment de pur bonheur.

Le Quatuor vocal fut de haute tenue, d’une grande homogénéité. L’écriture soliste très opératique de la messe fut complètement assumée. Les aigus et la virtuosité de la partie de soprano mirent en évidence l’aisance technique de . Le clair-obscur du timbre si particulier et émouvant de fit merveille dans le Miserere. Mention particulière à Matthieu Lecroart dont on apprécia la diction parfaite et le beau timbre de baryton sur toute sa tessiture. Christophe Einhorn, malgré une technique tout à fait louable, parut lui moins à son aise dans cette œuvre aux accents belcantistes. Enfin, l’idée d’attribuer la partie chorale à une maîtrise fut lumineuse. En effet, l’écriture de Méhul est très exigeante, avec des parties de soprano très hautes. Seules des voix lumineuses d’enfants peuvent lui rendre réellement honneur. La Maîtrise Boréale, parfaitement préparée par son chef Bernard Develter, fut presque parfaite, avec des sopranos et des ténors tout simplement exemplaires. Seul le pupitre de basses parut un peu retrait, ce qui fut parfois dommageable dans les fugues. Néanmoins, cela ne saurait gâcher le plaisir que l’on eut à entendre ces enfants servir à merveille l’œuvre de Méhul.

Une belle découverte donc que cette Messe pour le Sacre de Napoléon 1er de Méhul, qui fut accueillie comme il se doit avec grand succès par le public chanceux et venu en nombre de la cathédrale de Boulogne-sur-Mer… En attendant maintenant un enregistrement peut-être ?

Crédit photographique : (c) DR

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