Sara Mingardo : « Arie, Madrigali & Cantate »

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Œuvres de Merula, Salvatore, Carissimi, Monteverdi, Cavalli, Legrenzi, Haendel, Vivaldi. Sara Mingardo, contralto. Concerto Italiano ; direction : Rinaldo Alessandrini. 1 CD Naïve Opus 111 OP 30395. Durée : 71’40. 2004. Textes originaux et traductions en anglais, allemand et français.

 

Sara Mingardo : « Arie, Madrigali & Cantate »Le contralto appartient sans conteste aux plus grands phénomènes du chant de ces dernières années. Son talent possède différentes facettes si bien qu’il serait faux de la cataloguer hâtivement comme une artiste exclusivement affiliée à la musique baroque. Bien sûr, sa tessiture trouve une part importante de son champ d’investigation dans la période qui s’étale de Monteverdi à Gluck ; cependant, il n’est pas rare d’entendre à l’œuvre dans des ouvrages lyriques signés Rossini et Verdi, voire Berlioz, Schoenberg, Stravinsky ou Britten pour les non-italiens.

Pour ce disque, la cantatrice s’entoure de et de son qui célèbrent par la même occasion les vingt ans de son premier concert, à Rome, avec La Calisto de Cavalli. Le présent disque n’est pas la première gravure rassemblant le contralto et le chef italien, loin s’en faut. Ils ont signé ensemble plusieurs enregistrements couronnés de succès pour le compte d’Opus 111, dont un magnifique oratorio de Haendel composé à Rome en 1707 et intitulé « Il trionfo del tempo e del disinganno ».

La carrière de bat son plein non seulement dans les studios d’enregistrement, mais également sur les scènes lyriques internationales et lors des festivals européens. On se réjouit dès lors de voir paraître un disque mettant ses talents et sa personnalité musicale en exergue. Moins ostensiblement mise en avant par une promotion insistante que certaines de ses homologues, la contralto italienne n’en demeure pas moins une artiste des plus convaincantes. Pour son disque entièrement voué à la musique italienne des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle, elle ne craint pas d’ouvrir son programme par un chant spirituel très intérieur et sobrement accompagné dû à Tarquino Merula (vers 1595-1665). Son Hor ch’è tempo di morire laisse s’exprimer les qualités de narratrices de Sara Mingardo et montre une artiste investie d’un sens profond de l’interprétation. Et s’il est fait démonstration de sa voix sur cette longue première plage, c’est pour souligner l’extraordinaire qualité de ses graves et le trouble qui en émane et nous étreint. Il eut été facile d’augurer ce disque à l’aide d’un air enlevé gavé de vocalises bavardes, mais cela ne semble pas le souci premier de l’artiste qui, par là même, apparaît d’emblée sous les dehors d’une réjouissante authenticité. La cantate italienne Lungi da me pensier tiranno due à Haendel ou celle du Prêtre roux Pianti, sospiri e dimandar mercede autorisent en revanche la chanteuse à faire montre de ses capacités vocales lorsqu’il s’agit d’égrainer des vocalises périlleuses. Sara Mingardo déploie son chant avec aplomb à la faveur des passages rapides, ménage des effets dynamiques qui laissent pantois et impressionnent par l’autorité vocale qu’ils évoquent. Affetti et ornements, colorations franches sont autant de caractéristiques qui certifient encore la conviction inaliénable avec laquelle l’artiste aborde et sert son art.

La chanteuse est magnifiquement épaulée dans son entreprise discographique par un ensemble instrumental merveilleusement capté. Les instruments à cordes tout comme le clavecin tenu par Alessandrini sonnent avec rondeur et précision, loin des teintes aigrelettes que connaissent — ou plutôt qu’ont pu connaître en certaines occasions par le passé — les enregistrements présentant des œuvres abordées sur instruments d’époque. Une réverbération bien dosée donne corps aux graves alors que l’image sonore laisse les aigus perler de manière épanouie.

Pris par quelque biais que ce soit, ce CD remplit ses promesses et par son programme et par les qualités interprétatives qu’il révèle. Une parution qui offre un contrepoint intéressant aux disques d’une teneur plus extérieurement flamboyante. Ou comment se mettre au service de la musique plutôt que de s’en servir…

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