Maurizio Pollini, Sonates de Beethoven, Vol 2

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Ludwig van Beethoven Sonates pour piano N° 5 à 7 op. 10, No. 8 op. 13 Pathétique. Maurizio Pollini, piano. Editeur : Deutsche Grammophon CD 474 810-2 . Herkulessaal, Munich 09/2003. Producteur : Christopher Alder. Ingénieur du son : Klaus Hiemann. 69’37.

 

Maurizio Pollini, Sonates de Beethoven, Vol 2Voici longtemps que peaufine et remet sans cesse sur le travail ses interprétations de Beethoven. Après une intégrale des concertos parue il y a quelques années chez DG avec Abbado à la baguette, déjà passionnante, le grand pianiste italien nous revient cette fois-ci dans un enregistrement de quatre sonates de Beethoven. Un premier volume de ce qui ressemble fort à une intégrale en cours a déjà été publié il y a peu. Avec ce second album, Pollini nous propose le corpus encore « classique » — mais déjà tellement personnel — de l’opus 10 beethovénien ainsi que la fameuse Pathétique. L’album s’ouvre tout naturellement avec la Cinquième Sonate, opus 10 n°1. Dès l’introduction de l’Allegro con brio, le contrôle instrumental de Pollini bien sûr mais aussi la rigueur de la mise en place rythmique frappent. Dans ce premier mouvement au développement si particulier — tout y est nouveau ou presque ! — la hauteur de vue du maestro permet d’assurer une remarquable cohérence du propos, qui se vérifie aussi tant dans l’Adagio molto que dans le crépitant Prestissimo final.

Pollini aborde avec la même rigueur la Sixième sonate — peut-être la moins réussie de l’opus 10 — ce qui évite, au contraire de tant d’autres versions, les baisses de tension des deux premiers mouvements. Le Presto est quant à lui rendu avec toute sa verve et tout son humour, le virtuose Maurizio étincelant la coda finale de tout son génie pyrotechnique. Mais ce qui marque ici en plus du contrôle tant instrumental que formel et que l’on a pu déceler depuis plusieurs enregistrements déjà de Pollini, c’est un sentiment de grande humanité, de tendresse, qui pouvait parfois faire défaut dans les enregistrements de jeunesse du pianiste italien. Et c’est bien entendu dans les deux dernières œuvres du présent programme que ces qualités se manifestent le mieux. Ainsi, le thème amoureux du Menuet de la Sonate opus 10 n°3 est énoncé avec une grande simplicité et une pudique émotion, tandis que le second mouvement de la même œuvre est abordé avec une élégance rare, évitant tout pathos superflu, et conférant à cette marche funèbre une grandeur qu’elle n’a pas toujours sous d’autres doigts.

C’est dans la même optique, évitant tout sentimentalisme superflu, que Pollini s’attaque à la Sonate opus 13. La sévérité de ton de l’introduction contraste avec le brio et la précision diabolique de l’Allegro initial. Le pianiste, à l’opposé de trop nombreux interprètes, n’oublie pas que cette œuvre est encore celle d’un jeune Beethoven, et évite les rubatos superflus dans ce premier mouvement. La même rigueur dirige l’exécution du brillant Rondo, tandis que la douce cantilène du mouvement médian est chantée là encore avec simplicité et une économie de tout geste vain. La partition en sort finalement grandie. Mais malheureusement, la prise de son n’est pas à la hauteur de l’interprétation qui nous est livrée ici. L’instrument — au demeurant loin d’être parfaitement réglé — est mal défini, avec un timbre trop métallique et manquant de moelleux, en particulier pour les mouvements intermédiaires. Il en résulte un son trop agressif… Parfois adouci par les vocalisations du pianiste !

Néanmoins, cette publication nous confirme si besoin est, que reste l’un des plus formidables interprètes actuels du romantisme allemand. Et c’est avec impatience que nous attendons les futures volumes de ce qui s’annonce comme l’une des plus belles intégrales modernes — mais pas seulement — des sonates de Beethoven. Chaudement recommandé !

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