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Symphonie n°7 de Bruckner par Philippe Herreweghe

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner. Symphonie n°7 en mi majeur. Orchestre des Champs-Élysées placé sous la direction de Philippe Herreweghe, direction. 1 CD HARMONIA MUNDI HMC 901857. Durée : 59’54. © 2004. Textes en français, anglais et allemand.

 

Anton Bruckner : Symphonie n°7Cette Septième de Bruckner sur instruments d’époque était très attendue. se consacre à ce répertoire depuis quelques années maintenant avec la ferme volonté de proposer les symphonies de l’Autrichien sérieusement « dégraissées ». A Saintes, le festival dont il a longtemps assuré la direction artistique, il avait présenté lors de l’été 2003 cette même Symphonie n°7. Auparavant, il s’était déjà frotté à Bruckner en dirigeant la Quatrième, dite « Romantique », d’un ton plus léger que les symphonies 5 à 9. Dans un cas comme dans l’autre, ses intentions interprétatives reposent sur un souci de l’authenticité, louable en soi puisqu’une démarche similaire avait permis, il y a plus de trente ans, de comprendre, de redécouvrir une musique plus ancienne : les cantates de Bach et toute la période baroque en général. était du reste de cette aventure, aux côtés de Gustav Leonhardt et Nikolaus Harnoncourt, notamment. Si l’entreprise consistant à repenser de fond en comble l’approche de la musique ancienne paraît aujourd’hui avoir fait ses preuves, revisiter l’ère romantique à l’aune de principes semblables nécessite en revanche une plus longue phase d’assimilation de la part du public. Il est au surplus d’autant plus difficile pour un chef de se profiler comme un pionnier dans un répertoire si souvent enregistré et qui a consacré les chefs d’orchestre les plus méritoires, les plus adulés du XXe siècle. Des chefs qui avaient, faut-il le rappeler, une indéniable conception de l’orchestre, tout moderne fut-il sur le plan de l’instrumentation, une conception de la sonorité qui a donné lieu à des concerts et des gravures qui demeurent essentielles.

Dès lors, il apparaît futile et bien inutile de vouloir comparer par trop hâtivement la dialectique musicale d’Herreweghe en la matière à celles de ses homologues Giulini, Jochum, Sanderling, Wand, Furtwängler, etc… Le chef belge, en se plaçant au pupitre de direction de pour cette Septième de Bruckner, poursuit, on la dit, « autre chose ». Ses tempi sont – et ce n’est pas une surprise – plus alertes qu’à l’accoutumée. Il aborde toutefois le premier mouvement en exposant son long thème générique avec beaucoup d’élégance, de relief, et s’abstient d’empeser la ligne conformément à ce qu’il annonce. Les tremolos si spécifiques à Bruckner se font discrets sous les vibrations plus menues des cordes en boyau. La charpente générale est dès lors clairement moins massive. L’expression n’est pas sacrifiée pour autant et il est même loisible d’entendre certains détails constitutifs de ce mouvement augural très tangiblement. Quelques phrasés paraissent néanmoins un peu prosaïques aux entournures et la couleur générale, sans la patine rutilante des grandes machines modernes, laisse poindre une émission pas toujours domptée dans le rang des cuivres. Il nous vient l’image d’un Bruckner soudainement plus naïf, plus impulsif, moins trouble que dans d’autres « représentations ». Son discours demeure certes toujours mû par le même sens contrapunctique génial, mais avec un certain mysticisme sombre et religieux en moins. Avec l’Adagio, pièce maîtresse de cette œuvre que le critique Hanslick avait qualifiée à sa création de boa constrictor (sic), Herreweghe atteint une limpidité qui surprend très agréablement. Allant comme un Andante, le mouvement s’éloigne de son caractère sehr feierlich und sehr langsam laissé comme indication par le compositeur. Une approche séduisante et dans l’air du temps de notre période contemporaine qui se montre si frileuse lorsqu’il s’agit de conjuguer le terme « solennel » (« feierlich ») et ses synonymes. Trancher et condamner cet Adagio abordé de la sorte serait bien péremptoire, tandis que le brandir comme un étendard d’une nouvelle norme interprétative à adopter dorénavant serait d’un dogmatisme irrecevable. Reconnaissons donc le mérite intrinsèque de ce que livre l’expérimentateur et ne jetons pas trop vite aux orties les versions d’antan…

Parmi les enregistrements récents de cette œuvre figure la gravure captée sur le vif qu’a signée Kurt Sanderling et le SWR Radio-Sinfonieorchester de Stuttgart en 1999 pour le compte de Hänssler. Dans le Scherzo, le chef allemand, alors proche des quatre-vingt-dix ans, manie l’art de la danse – en 3/4 – pour mener celle-ci vers une nouvelle apothéose, à l’instar d’une autre Septième célèbre à laquelle Wagner vouait une admiration sans limites… Magnifique dans sa relative lenteur, ce scherzo-là s’éloigne quelque peu du souhait de Bruckner qui désirait en l’occurrence qu’il soit pris aussi vite que possible… Dans la version de Philippe Herreweghe, ce même scherzo est servi dans une sauce un peu plus rustique, vraisemblablement plus en phase avec la vision de l’auteur. Dans ce mouvement, le chef obtient par ailleurs des flûtes de belles lignes élancées et graciles qui apposent une touche pastorale réaffirmant une certaine filiation avec Schubert.

Le Finale retentit sans jamais être colossal. Rien ne gronde, rien ne tremble, les cordes laissent glisser un thème caressant et élégiaque alors que les cuivres exposent bruyamment intervalle après intervalle les éléments des crescendos qui peinent à se développer. Une trop grande rigidité métronomique nuit à l’élan et tout le mouvement demeure très horizontal. Curieusement, ce dernier mouvement laisse perplexe alors qu’auparavant des vertus indéniables portent la lecture résolument neuve que Philippe Herreweghe lègue de cette œuvre-phare de la littérature symphonique.

Ce disque est à ranger aux côtés des autres versions existantes, comme une alternative intéressante à bien des égards. Il n’apparaît toutefois pas évident qu’il faille remettre pour autant en question la valeur et la légitimité d’autres interprétations justement célèbres.

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