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Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 23-IX-2004. Mozart (1756-1791) : Symphonie n°29, Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour piano et orchestre n°2, Symphonie n°1, Orchestre National de France, direction : Kurt Masur, soliste : Helen Huang (piano).

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C’est toujours un réel bonheur de voir diriger l’excellent . Et, une fois de plus, on n’aura pas été déçu tant la beauté et l’élégance étaient au rendez-vous. D’autant plus que le programme était souverain de qualité. En effet, ce jeudi 23 septembre, l’ a ouvert un grand cycle consacré à , cycle qui se refermera en 2006, année du centenaire de la naissance du grand compositeur russe. Après une magnifique Symphonie n°29 de Mozart, l’Orchestre National et ont inauguré le cycle Chostakovitch avec la Première Symphonie et le Deuxième Concerto pour piano et orchestre interprété par Helen Huang.

C’est en 1774 que Mozart écrit la Symphonie n°29. Lumineuse, élégante, vive et enjouée, elle comporte quatre mouvements que Kurt Masur et l’Orchestre national de France vont faire briller avec magnificence. Un regard, un simple geste, un mouvement de la tête, un appel de la main suffisent au grand chef allemand à entraîner ses musiciens sur les chemins de vie tracés par Mozart. On peut se demander ce qui peut unir Mozart et Chostakovitch, ce à quoi l’ONF répond très justement : «  D’un côté, l’un de ceux qui, à Vienne, mirent au point la forme de la symphonie ; de l’autre, un musicien qui revendiqua l’héritage de tous les compositeurs, viennois, russes et autres, qui conçurent des cycles de symphonies. Héritier de Haydn et Mozart, mais aussi de Mahler et Tchaïkovski, Chostakovitch est le dernier des compositeurs qui osa, malgré les sarcasmes de l’avant-garde occidentale, illustrer la grande forme de la symphonie et du concerto. Et si sa musique est elle-même pleine de sarcasmes, c’est qu’elle témoigne, tout comme celle de Mozart mais avec plus d’âpreté, de la douleur qui baigne nos existences ».

Le Deuxième Concerto pour piano et orchestre de Chostakovitch a été composé en 1957 et dédié à son fils Maxime âgé de 19 ans qui l’a créé le 10 mai 1957 dans la Grande salle du Conservatoire de Moscou avec l’Orchestre Symphonique d’état d’URSS dirigé par Nicolaï Anossov. Tout en virtuosité, surtout dans le dernier mouvement, il a conquis les mélomanes du monde entier par la délicatesse de son deuxième mouvement Andante mélancolique et malhérien dans lequel s’épanouit un piano qui chante l’intériorité et la confidence. On est loin de l’atmosphère tragique des œuvres du compositeur russe mais on entre avec pudeur dans son intimité. Avec une virtuosité et une technique éblouissantes et accompagnée avec souplesse et finesse par un Kurt Masur et un orchestre admiratifs et attentifs, la prodige jeune pianiste chinoise de 22 ans Helen Huang fait jaillir toute la profondeur romantique et humaine de l’œuvre. Le célèbre Lento est une merveille de finesse et d’équilibre avec des accents de nostalgie qui touchent au cœur avant que n’éclatent la vivacité, le lyrisme et la fraîcheur d’un troisième mouvement zébré de traits audacieux et périlleux de virtuosité.

Chacun sait que dès le début des études musicales de Chostakovitch au conservatoire de Saint Petersbourg en 1919, les dons phénoménaux de ce jeune étudiant de treize ans provoquent la stupéfaction de ses maîtres et de ses professeurs. Et pas n’importe lesquels. Glazounov pour la composition, Nicolaïev et Steinberg pour le piano. Sa maîtrise de la technique orchestrale est éblouissante. Même si Chostakovitch puise son inspiration chez Tchaïkovski pour l’orchestration et Mahler pour la forme et la ligne harmonique de ses Symphonies, son langage musical s’inscrit pleinement dans son siècle.

Sa Symphonie n°1 écrite en 1924-1925 alors qu’il est encore élève au conservatoire de Saint Petersbourg est créée le 12 mai 1926 à Saint Petersbourg par l’Orchestre Philharmonique de Léningrad sous la direction de Nicolaï Malko qui dira « venir de tourner une nouvelle page de l’histoire de la musique ».

Maestro Masur libère avec maestria la force, l’humour étrange et la tension exacerbée de l’œuvre. Les vents sont remarquables de précision et de clarté. Après le premier mouvement hétérogène tout en oppositions, contradictions, ruptures, l’orchestre développe un Lento et en restitue toute la profondeur de la beauté mélodique et harmonique avant le déchaînement lyrique, la violence et les élans brûlants du troisième mouvement qui laisse entrevoir le futur bouleversant du compositeur.

Un bon conseil : ne ratez pas ce cycle qui promet des moments de merveille musicale.

Le premier enregistrement de l’Orchestre National dirigé par Kurt Masur vient de paraître dans la collection Naïve/Radio France avec les Symphonies n° 2 et 6 de Beethoven, enregistrées en 2002 au Théâtre des Champs-Elysées.

Crédit photographique : © J. Henry Fair

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées, 23-IX-2004. Mozart (1756-1791) : Symphonie n°29, Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour piano et orchestre n°2, Symphonie n°1, Orchestre National de France, direction : Kurt Masur, soliste : Helen Huang (piano).

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