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Le Poème Harmonique : Plaisir d’amour, bonheur d’antan

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Plaisir d’amour, chansons et romances de la France d’autrefois. Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre. Claire Lefilliâtre, chant. Brice Duisit, chant. Isabelle Druet, chant. Odile Edouard, violon. Anne-Marie Lasla, dessus de viole. Magali Imbert, psaltérion et tambour. Pierre Hamon, flûte et cornemuse. Christophe Tellart, vielle à roue et cornemuse. Isabelle Saint-Yves, basse de viole. Nanja Breedijk, harpe. Arthur Schoonderwoerd, pianoforte à tangentes. Vincent Dumestre, guitare et théorbe. 1CD Alpha 513

 

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Excellente surprise que ce nouveau cru de l’ensemble de . On est au début effrayé par le titre, « Plaisir d’amour, chansons et romances de la France d’autrefois », on se demande si l’ensemble baroque, après nous avoir fait découvrir Castaldi et Cavalieri, a décidé de se reconvertir dans les romances de salon de nos grands-mères, il n’en est rien. Ce CD est de la même veine que le précédent « Aux marches du palais », et nous propose des chansons populaires des XVIIe et XVIIIe siècles, voire plus anciennes, car si elles ont circulé à toutes les époques, c’est aux XVIIIIe et XIXe siècles qu’elles ont été notées.

Populaire, vous avez dit populaire ? On trouvera donc ce CD au rayon variétés, et pas au rayon classique ? Rien n’est moins sûr. Car si les musiques que l’on entend rappelleront à la génération des 45-50 ans le groupe Malicorne, qui officiait dans ce répertoire durant les années 1970, et qui d’ailleurs avait enregistré La Péronnelle reprise dans le présent enregistrement, explore, de façon passionnante, les rapports entre musique savante et musique populaire.

En se replongeant dans l’histoire de la musique française, on se souvient que les bateleurs des foires Saint Germain et Saint Laurent, après la fermeture du théâtre italien, décidèrent de profiter du fond de commerce libre de tout droit qu’était le répertoire italien, en montant des spectacles alternant le parlé et le chanté, ce dont la Comédie Française prit ombrage. De nombreuses batailles juridiques s’ensuivirent, une sentence de 1706 interdisant aux forains de présenter tout spectacle comportant un dialogue, une autre de 1709 interdisant jusqu’à l’usage de la parole. Pour contourner ces arrêtés, les forains montèrent des pantomimes, en brandissant des écriteaux de toile enroulés sur des cylindres portant les textes des répliques. Ils obtinrent également, en échange d’une redevance conséquente à l’Académie Royale de Musique dont c’était le monopole, l’autorisation de chanter et d’utiliser un décor.

Lorsqu’on leur interdit jusqu’au chant, ils firent chanter l’assistance, à qui on fournissait préalablement les paroles. Il fallait bien entendu que le public connaisse la musique utilisée et qu’elle soit facile à chanter, on utilisa donc, en modifiant les paroles, des airs traditionnels et populaires, de ces chansons légères qui couraient par la ville et dont tous les couplets se chantent sur une seule mélodie : des voix-de-ville (vaudeville). Une fois l’interdiction levée, l’habitude perdura, c’est ainsi que naquit l’opéra-comique. Ce sont ces « timbres » comme on appelle ces airs connus adaptables à de nouvelles paroles, que le Poème harmonique nous fait entendre. Nous baignons donc dans l’ambiance de la création de l’opéra-comique français, et c’est passionnant.

Le texte de présentation, qu’on aurait aimé encore plus développé, raconte les va-et-vient incessants entre musique savante et musique populaire, qui perdurent encore de nos jours. Ainsi, saviez-vous que la musique de « bonne nuit les petits » que joue le marchand de sable est en fait un timbre de… Pergolèse ? Il mentionne également les relations entre musique populaire et histoire de France : l’histoire de Jan petit que danse, qui a l’aspect d’une comptine énumérant les parties du corps et qui est en fait le récit du supplice véritable d’un homme roué vif, fait frémir…

Enorme travail de recherche, donc. Qu’en est-il de l’aspect musical ? C’est un vrai bonheur, aussi rafraîchissant que revigorant. Quel plaisir d’entendre les sons de la vielle à roue, des cornemuses et autre psaltérion. Les bourrées et les tambourins donnent une envie folle de danser. Les voix de , Brice Duisit et , bien éduquées, font l’impossible pour varier les vingt couplets de Malbrough s’en va en guerre, une des seules chansons passées à la postérité, grâce à la nourrice du dauphin de Marie-Antoinette, apprend-on. Une merveille d’intelligence musicale et d’élégance artistique.

Synthèse de deux mondes, ce CD est à mettre entre toutes les mains.

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Plaisir d’amour, chansons et romances de la France d’autrefois. Le Poème Harmonique, Vincent Dumestre. Claire Lefilliâtre, chant. Brice Duisit, chant. Isabelle Druet, chant. Odile Edouard, violon. Anne-Marie Lasla, dessus de viole. Magali Imbert, psaltérion et tambour. Pierre Hamon, flûte et cornemuse. Christophe Tellart, vielle à roue et cornemuse. Isabelle Saint-Yves, basse de viole. Nanja Breedijk, harpe. Arthur Schoonderwoerd, pianoforte à tangentes. Vincent Dumestre, guitare et théorbe. 1CD Alpha 513

 
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