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Bach, Les suites par D. de Williencourt

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Dominique de Williencourt : les Six Suites pour violoncelle de Johann Sebastian Bach – 2 CD EA Records – 1er CD : Suites 1, 4 & 6 – 79’06 / IIe CD : Suites 2, 3 & 5. Durée : 80’49 – Integral Distribution – 2004.

 

EA Records

Williencourt est galant homme : pour le 250e anniversaire de son superbe Januarius Gagliano, il lui offre le plus beau joyau : les 6 Suites pour violoncelle seul de J-S. Bach. Mais pas n’importe comment ni dans n’importe quel écrin. Ici, tout semble important, lié, choisi.

L’invitation au voyage

En prélude, un texte didactique sur les Suites en général et celles de Bach en particulier ; puis une rapide biographie de l’interprète qui s’attache davantage à ses voyages terrestres qu’à ses aventures musicales. Nous avions au passage remarqué l’illustration par photos en noir et blanc. Erreur ! Ce ne sont pas des illustrations : c’est une invitation au voyage. Dès lors l’iconographie revêt-elle une importance aussi grande que la musique ? On s’attarde sur ces clichés d’un violoncelle explorateur de mondes dont le sable et la pierre sont les thèmes récurrents. Puis s’ouvre l’écrin et à nouveau l’attention est retenue : nous livre les bijoux dans un ordre qu’il a choisi ! Les Suites sont des œuvres de maturité que la jeunesse n’empêche plus heureusement d’aborder ni d’enregistrer. Elles ne sont plus ce royaume lointain auquel un Casals n’accéda que si tard. Williencourt se les approprie en chamboulant leur ordre chronologique, peut-être pour donner un plus grande continuité à son discours musical.

Un voyage très personnel

La logique 1-4-6 puis 2-3-5 se révèle assez vite comme une progression. La Sol majeur est enlevée avec vigueur, rapidité et même un peu de précipitation dans la Courante où les doubles croches ne sont pas parfaitement nettes. Dominique de Wiliencourt semble plus à l’aise dans La Mi b. Elle est plus légère aussi, plus linéaire ; la mélodie s’y déroule sans la richesse harmonique que contiennent les autres. On l’y sent plus détendu même si la Courante souffre de la même imperfection que la première. C’est dans la même ligne qu’est abordée la Ré majeur, La Sixième, écrite pour un instrument à cinq cordes. Contrairement à l’habitude de bon nombre de ses confrères, n’en fait pas le sommet de l’intégrale : le Prélude y est limpide et même les Gavottes et la Gigue sont exemptes de virtuosité. C’est une lecture intéressante que celle-ci : un passage entre cette première partie plus aérée, moins dense que ce qu’il nous réserve pour les suivantes. Le Prélude de La Ré mineur nous plonge immédiatement dans un tout autre univers. Le violoncelle se fait plus feutré, plus intime, comme si après l’invitation au voyage, il nous disait « voilà, nous y sommes, arrêtons-nous un instant ». Pourquoi pas ? Cette Deuxième Suite, plus sombre, se prête davantage en effet à la méditation. Même dans La Troisième, que la tonalité d’Ut majeur rend plus claire, Dominique de Williencourt nous offre son instrument en confidence. Le tempo est calme, mesuré, la ligne régulière, exempte de la rugosité que la pédale de dominante appelle parfois. Ainsi peu à peu l’artiste nous mène-t-il vers ce qui sera son aboutissement, le sommet de son inspiration -mystique peut-être ? : La Cinquième Suite en Ut mineur.

Le voyage intime

L’extraordinaire fugue du Prélude est ici transparente. Les voix ne sont pas artificiellement dissociées, la prodigieuse écriture de Bach suffit à Dominique de Williencourt pour nous offrir une polyphonie pure. C’est un peu comme un avertissement : après cela, le voyage sera terminé, plus rien ne pourra être dit. L’Allemande et la Courante posée, sereine, nous amènent évidemment vers une Sarabande vertigineuse. Ce n’est pas quiétude, c’est doute, c’est tourmente, c’est tempête d’audaces harmoniques et polyphoniques où, paradoxe des paradoxes, les croches se déroulent sans aucune rupture rythmique et dans une stricte monodie : écriture unique et prodigieuse. Dominique de Williencourt y révèle son âme sans réserve. Le son est ample, velouté, caressant, lisse, magnifié par une prise de son – point trop proche avec juste ce qu’il faut de réverbération – pour que s’installe une distante connivence avec l’artiste. Ainsi, peu à peu, en ces 160 minutes d’exceptionnelle émotion, monte progressivement une tension savamment construite.

Cet enregistrement n’est pas une œuvre définitive. On lui trouvera un legato trop appuyé ? C’est le regard d’un homme jeune qui ose présenter sa conception de ce chef d’œuvre des chefs d’œuvres. Le temps passant, dans dix, dans vingt ans, il le pensera autrement sans jamais, nous l’espérons, renier celle-la ; et alors nous en offrira-t-il une nouvelle gravure ; ce ne sera pas mieux ou meilleur. Ce sera différent, c’est tout : la maturité en plus, avec ce qu’elle apporte de sagesse et de sérénité, la jeunesse en moins où la spontanéité et la fraîcheur seront peut-être davantage canalisées. Que de nouveaux bonheurs à venir !

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Dominique de Williencourt : les Six Suites pour violoncelle de Johann Sebastian Bach – 2 CD EA Records – 1er CD : Suites 1, 4 & 6 – 79’06 / IIe CD : Suites 2, 3 & 5. Durée : 80’49 – Integral Distribution – 2004.

 
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