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George Antheil et Nouveaux Mondes

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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen. 09-X-2004. George Antheil (1900-1959) : Ballet Mécanique (version de 1952)* – Heitor Villa-Lobos (1881-1959) : la Découverte du Brésil, suite symphonique. Franz Michel*, Gui Livingstone*, piano. Technique INA-GRM*. Chœur de Radio-France (direction : Daniel Bargier). Orchestre National de France (violon solo : Sarah Nemtanu). Direction : René Bosc*, Enrique Diemecke.

Figures de Maestro II

Proche du milieu dadaïste, l’américain compose son Ballet Mécanique – la seule œuvre tant soit peu connue de son auteur, pour un film du peintre Ferdinand Léger. Paradoxalement la première projection de la pellicule à Vienne en 1924 se fit sans la musique qui devait l’accompagner. La création mondiale du Ballet Mécanique en sa version intégrale et originale n’eut lieu que le 5 mai 2001 à la Brandeis University de Waltham, dans le Massachusets. L’œuvre en elle-même multiplie les défis : pas moins de 8 percussionnistes, accompagnés de 16 pianos mécaniques – Stravinsky terminait ses Noces au même moment – à l’origine conçus par la maison Pleyel (les « Pleyela »), ainsi que des bruitages pré-enregistrés. La mise en place de ce vaste bastringue, le tout synchronisé avec une projection cinématographique, dépassait largement les compétences techniques des artistes de l’époque. Antheil révisa régulièrement sa partition jusqu’à établir une version dite « définitive », ne comprenant que deux pianos « humains » et deux pianos mécaniques. De nos jours l’affaire n’est pas si simple, vu la complexité de la partition. Les « Pleyela » sont remplacés par des pianos à commande numérique reliés à un ordinateur central géré par le chef d’orchestre. Tous les musiciens – qui doivent se caler sur ces « instruments mécaniques » – suivent les parties de ces « pianos automatiques » par le biais d’oreillettes et de casques. Saluons la prouesse technique des forces de la « Maison Ronde » qui ont su allier leurs compétences pour ce court et intense chef d’œuvre : l’équipe du GRM, le pianiste et les percussionnistes de l’Orchestre National et , responsable de la musique contemporaine et directeur artistique du festival Présence. Ils se sont adjoints les compétences d’un spécialiste de , le pianiste franco-américain Gui Livingstone. L’œuvre, à l’instar des Noces de Stravinsky ou de Zavod de Mossolov, fait partie de ces rouleaux-compresseurs musicaux. Basée sur des séquences rythmiques très courtes qui se refusent à tout développement – à l’instar d’un découpage cinématographique – le Ballet Mécanique assène à l’auditeur un discours musical quasi-tellurique, à la fois oppressant et sauvage. Les ombres de Stravinsky, Bartok et du jazz planent sur ce magma sonore en mouvance perpétuelle qui semble explorer de nouveaux mondes musicaux qu’aucun de ses contemporains n’avaient jamais osé faire – la création américaine de l’œuvre en 1927 à New-York dans un concert jugé « bâclé » par Antheil lui-même l’a jeté dans un purgatoire de près de 60 ans. Quoi de plus naturel, après avoir été asséné par un tel condensé motoriste, que le public en redemande, avec près d’un quart d’heure de rappel ?

Musique de film toujours, mais dans un style nettement plus hollywoodien avec la (longue) suite symphonique la Découverte du Brésil d’. Le film éponyme réalisé par en 1938 est une « commande d’Etat », ou plutôt un moyen de propagande fait sur l’ordre du dictateur , qui dirigea ce grand pays lusophone de 1930 à 1955. Villa-Lobos en fit quelques temps plus tard une suite symphonique adaptée au concert en quatre parties, chacune étant en relation avec le déroulement chronologique du film : préparatifs du voyage vers les « Terres Nouvelles », traversée de l’océan, nostalgie de la vieille Europe et création du Brésil. La partition, si elle n’exclue pas certaines longueurs, est un modèle d’orchestration, laissant une grande place aux percussions, dont certaines issues des cultures amérindiennes. Il était naturel qu’enfin l’ rende justice à cette partition qu’il avait enregistré en 1950 sous la direction du compositeur. La Première Suite est la plus grandiloquente et la moins intéressante, par ses mélodies mièvres et ses harmonies de « guimauve ». L’œuvre gagne en intérêt en se déroulant dans le temps. La Deuxième Suite, qui symbolise la traversée de l’océan est riche de couleurs orchestrales originales, tandis que la Troisième, qui représente la nostalgie des marins pour leur terre natale, entremêle des rythmes de danses populaires portugaises. La Quatrième Suite est de loin la pièce la plus originale : à un orchestre symphonique colossal s’adjoint un chœur, mêlant chants religieux et mélopées amérindiennes, comme en témoignent les sous-titres de cette cantate finale : Première Messe au Brésil et Procession de la Croix.

L’Orchestre National survolté et le Chœur de Radio-France en grande forme ont réservé avec le public un accueil triomphal au très charismatique chef mexicain , maître d’œuvre de ce vaste flot symphonique toujours contrôlé, qui de surcroît dirigeait cette longue et complexe partition… par cœur. Une telle aisance ne pouvait laisser de marbre, malgré une gestique parfois un peu trop démonstrative.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen. 09-X-2004. George Antheil (1900-1959) : Ballet Mécanique (version de 1952)* – Heitor Villa-Lobos (1881-1959) : la Découverte du Brésil, suite symphonique. Franz Michel*, Gui Livingstone*, piano. Technique INA-GRM*. Chœur de Radio-France (direction : Daniel Bargier). Orchestre National de France (violon solo : Sarah Nemtanu). Direction : René Bosc*, Enrique Diemecke.

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