Henri Demarquette – François Kerdoncuff : Faites l’Allemagne, pas la guerre

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Atrium Magne. 16-X-2004. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violoncelle et piano n°4 en ut majeur, op. 102, n°1Franz Schubert (1797-1828) : Deux Impromptus pour piano, D. 899 n°3 et D. 935 n°1Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Suite n°2 pour violoncelle et piano en ré mineur, BWV 1008Johannes Brahms, Sonate pour violoncelle et piano n°1 en mi mineur, op. 38. Henri Demarquette, violoncelle, François Kerdoncuff, piano.

Attention, une commémoration peut en cacher une autre. Alors que l’été fut consacré au soixantenaire du débarquement en Normandie contre l’occupation nazie, et que l’automne 2004 prolonge la thématique avec l’exposition la « Le IIIème Reich et la Musique », (violoncelle) et (piano) se sont réunis sous les auspices de la Société pour le cinquantenaire du chef d’orchestre allemand né en 1886 et mort le 30 novembre 1954. Ont été conviés quatre des membres de la famille sentimentale du légendaire maestro, Bach, Beethoven, Schubert et Brahms, pour une célébration amoureuse de l’Allemagne.

Les œuvres retenues composent un beau panorama des aspirations humaines, et les artistes ont démontré, s’il en était besoin, que la musique de chambre est autant affaire de passion que l’univers symphonique ou l’opéra, et n’est pas en soi plus élitiste.Le concert s’ouvre abruptement par la Sonate pour violoncelle et piano n°4 (1815) de Beethoven, œuvre de maturité (le compositeur a 45 ans) austère, dense, angoissante par la brutalité des contrastes entre les épisodes lents et rapides. Le jeu large et coloré d’ se fait cinglant ici, d’une rage juvénile qui facilite l’entrée dans cette pièce impressionnante, et auquel s’associe en bonne entente le doigté en demi-teintes de . Une respiration rêveuse et mélancolique est apportée par le pianiste dans deux Impromptus pour piano (1827) de Schubert, choisis parmi les plus célèbres, qu’il interprète sans outrance pathétique. Schubert est une montagne sacrée que le pianiste aborde avec humilité. Autre monument a priori intimidant, les Suites pour violoncelle seul (vers 1720) de Bach, cheval de bataille de Demarquette qui nous donne la Suite n°2, dans une interprétation à bras le corps, pleine de sève, qu’il a maîtrisée et mûrie au fil des concerts. Le violoncelliste envoûte par un son plein et hédoniste classique qu’il pimente du grain âpre d’accents baroques. Henri Demarquette considère qu’il a encore beaucoup à découvrir dans ces œuvres. Pour autant la vision est d’ores et déjà aboutie et remporte l’adhésion. Les deux artistes se retrouvèrent pour la Sonate pour violoncelle et piano n°1 (1862, 3e mvt 1865) composée par un Brahms de moins de 30 ans, œuvre la plus démonstrative, lyrique, passionnée donnée ce soir-là. Ici sans complexe, Demarquette et Kerdoncuff extraient de la partition tout son suc dramatique, bien loin de l’image solennelle et un rien compassée du personnage Brahms.

« Un concert n’est jamais gagné à l’avance » commenta Kerdoncuff à l’issue du récital. , pour qui un concert était un acte d’amour qui doit garder sa part d’imprévisibilité, ne pensait pas autrement.

Crédit photographique : Henri Demarquette (c) DR

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