Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Janusz Olejniczak, Chopin de La Note Bleue

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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen. 13-XI-2004. Karol Szymanowski (1882-1937) : Sérénade de Don Juan (extrait des Masques pour piano) ; Deux Mazurkas opus 50. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas en la m opus 17 n°4 et en sol m opus 24 n°1 ; Sonate n°2 « Marche Funèbre » en sib m opus 35. Tadeusz Szeligowski (1896-1963) : Sonatine. Zygmunt Krauze (né en 1938) : Refrain. Władysław Szpilman (1911-2000) : Scènes d’Enfants. Stefan Kisielewski (1911-1991) : Trois scènes de Tempêtes. Janusz Olejniczak, piano.

Figures Polonaises

Dans le cadre des « Figures Polonaises » de Radio France était convié à donner un récital fait de compositeurs de son pays natal. Chopin était bien entendu à l’affiche, mais le programme se devait de mettre l’accent sur des créateurs bien moins connus (à juste titre?). Ce pianiste, familier pour avoir incarné le personnage de Chopin dans le film La Note Bleue d’Andrzej Zulawski, demeure plus méconnu en tant qu’interprète même si on sait qu’il est le « vrai » pianiste du film de Roman Polanski. Qu’à cela ne tienne, le présent récital nous donnait enfin de l’entendre.

En introduction donc, les trois pièces de Szymanowski ont pu surprendre par l’aspect moderne de leur écriture si l’on connaît les dates de leur composition (1915-1916). Le pianiste attaque la première pièce avant la fin des applaudissements en guise d’accueil : l’assurance semble être là! Le charme de cette musique et les contrastes aiguisés par le pianiste polonais ont su séduire le public (malgré une acoustique qui laissait deviner les fortissimi plus qu’elle ne les faisait entendre).

Place à Chopin ensuite, avec deux des mazurkas qui figurent parmi les plus belles de son auteur. Si une insouciante légèreté habitait les œuvres précédentes, une profonde nostalgie animaient ces pièces, magnifiquement ressenties et interprétées par un pianiste emprunt d’une grâce et d’une pudeur qui trouvaient ici leurs places. C’étaient là le plus beau moment du concert, où l’attention du public était à son paroxysme. Sans tomber dans le maniérisme, a mis un grand sens des nuances (extrêmes pianissimi) au service du raffinement expressif, sans accuser le moindre pathos.

Le programme offrait également l’occasion d’entendre une des œuvres majeures du compositeur franco-polonais, sa redoutable Sonate n°2. C’est, il est vrai, un sommet de virtuosité qui demande en plus de deux mains parfaitement déliées un poignet souple et robuste, plus rarement requis chez Chopin. Hélas, malgré la bonne volonté de l’interprète, l’expression reste bridée par les manques de moyens proposés. Une technique peu fiable venait argumenter un propos instable, incohérent, fragile, y compris dans le troisième mouvement où le pianiste, déjà empêtré dans les difficultés qui allaient suivre, n’a su tenir la pulsation de sa Marche Funèbre. La pédale alors requise n’a évidemment pas sa place dans les gammes chromatiques en quarte du scherzo ou dans le dernier mouvement, ou le brouhaha sonore proposé ne rendait pas son âme à cette pièce, qui se veut cauchemardesque. On aurait préféré un intermède Chopin constitué de 10 autres mazurkas ou nocturnes plus que de cette sonate, qui ne glorifiait ni son auteur ni son interprète, à moins que ce ne soit une conception originale de l’œuvre…

La seconde partie du concert faisait entendre des compositeurs plus méconnus, tous joués avec partition (la longue préparation du classement des pages, et le bruit que celles-ci faisaient lorsque l’interprète les laissaient tomber sur le sol après les avoir jouées pouvaient perturber l’auditoire), avec pour commencer la Sonatine de Szeligowski. L’œuvre, d’écriture très classique, n’a pas semblé faire vibrer une quelconque âme polonaise, et d’ailleurs sa place reste discutable dans le programme si l’on fait abstraction de la nationalité de son auteur. Une écriture simple et maîtrisée venait rendre vie à cette piécette.

A contrario, le Refrain de Krauze faisait entendre les résonances d’un chant populaire, ici traité harmoniquement de facon moderne, et joué à l’unisson aux deux mains. Outre ces refrains, scandés fortissimo, les nombreux couplets (on ne les compte pas) contrastaient par leur nuance et leur caractère plus polyphonique. Une pièce intéressante, ressentie, mais qui, par sa longueur et ses répétitions, finissait par perdre la concentration d’un public au final lassé par cette monotonie.

Les Scènes d’Enfants de Szpilman, connu en tant que pianiste par son autobiographie puis par le célèbre film Le Pianiste cité en début d’article, d’écriture simple, aérée et romantique, dérivent de celles de Schumann tout d’abord par le fait qu’elles ne constituent pas un chef d’œuvre, et aussi parce qu’elles semblent écrites pour des enfants plus qu’elles ne les évoquent. Une simplicité desservie par un jeu simple, à juste titre.

Les Trois Scènes de Tempêtes de Kisielewski permettaient une virtuosité plus gratuite qui venaient conclure le récital avec un certain brio. Là encore les fortissimi du pianiste semblaient être mal rendus par l’acoustique de la salle, en dépit de la fougue mise en œuvre.

Un récital contrasté qui ne prétendait pas défendre uniquement des chefs d’œuvre mais à faire découvrir les facettes musicales d’un pays finalement bien peu connu.

Crédit photographique : © DR

 

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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen. 13-XI-2004. Karol Szymanowski (1882-1937) : Sérénade de Don Juan (extrait des Masques pour piano) ; Deux Mazurkas opus 50. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas en la m opus 17 n°4 et en sol m opus 24 n°1 ; Sonate n°2 « Marche Funèbre » en sib m opus 35. Tadeusz Szeligowski (1896-1963) : Sonatine. Zygmunt Krauze (né en 1938) : Refrain. Władysław Szpilman (1911-2000) : Scènes d’Enfants. Stefan Kisielewski (1911-1991) : Trois scènes de Tempêtes. Janusz Olejniczak, piano.

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