Création Mondiale de Angels in America au Châtelet

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre du Châtelet. 28-XI-2004. Péter Eötvös : Angels in America Création Mondiale. Livret de Mari Mezei. Mise en scène : Philippe Carvario. Décors : Richard Peduzzi. Costumes : Jon Morrell. Chorégraphie : Sophie Letellier. Lumières : Bertrand Couderc. Ingénieur du son : Mark Grey. Avec : Daniel Belcher, Prior Walter ; Barbara Hendricks, L’Ange/La voix ; Julia Migenes, Harper Pitt/Ethel Robinson/l’Ange Antartica ; Roberta Alxander, Rabbi Chemelwitz/Henry/Hannah Pitt/l’Ange Asiatica ; Topi Lehtipuu, Louis Ironson/L’Ange Oceania ; Omar Ebrahim, Jœ Pitt/Prior 2/l’Ange Europa ; Donald Maxwell, Roy Cohn/Prior 1/ l’Ange Australia ; Derek Lee Ragin, Monsieur Bobards/la Femme du Bronx/Belize/l’Ange Africani. Ensemble composé de 3 vocalistes et 16 solistes, direction : Péter Eötvös.

angel_hendrix-300x427Angels in America opéra de sur un livret de Mari Mezei d’après la pièce de Tony Kushner, vient d’être créé, pour quatre représentations seulement, au Théâtre du Châtelet qui l’a commandé et dont c’est la seconde création cette saison, avec un énorme succès public.

Écrite en 1987 par le jeune dramaturge new-yorkais Tony Kushner, Angels in America, fantaisie gay sur des thèmes américains créée à San Francisco en 1991 est un diptyque dont les deux parties sont Le Millénaire approche et Perestroïka. La pièce, qui eut un succès mondial, remporta le Prix Pulitzer et le Tony Award, fut jouée en France au Festival d’Avignon en 1994 et fit l’objet d’une adaptation pour la télévision américaine luxueusement distribuée avec Al Pacino, Emma Thompson et Meryl Streep, récompensée par cinq Golden Globes et onze Emmy Awards, qui débarque en France simultanément ces jours ci sur Canal Plus et Pink TV. Précisément au moment de la création mondiale au Châtelet qui est le commanditaire de ce troisième opéra du compositeur d’origine hongroise a qui l’on doit une superbe adaptation lyrique de Trois sœurs de Tchekhov (créé à Lyon en 1998) et d’une du Balcon de Jean Genet, moins convaincante, à l’édition 2002 du Festival d’Aix-en-Provence. Très engagée politiquement dans une charge anti-reaganienne, la pièce de Kushner est une fresque hautement allégorique qui traite autant du sida, du conservatisme, de l’homosexualité, de la culpabilité, des relations sociales et inter-religieuses dans la mégalopole new-yorkaise, de l’intrusion du divin dans la vie quotidienne, de la compassion, des anges, des ancêtres et revenants et des prophètes. Tous ces temps se croisent en un vaste patchwork, ce qu’a parfaitement intégré Eötvös à sa partition qui révèle une écriture orchestrale très riche composée pour un ensemble de seize solistes assez peu typique d’un orchestre de fosse dans son instrumentation (flûtes, clarinettes, saxophones, trompette, trombone, claviers, percussions, guitares sèche et électrique, violon, alto, violoncelle, contrebasse), utilisant des rythmes très variés, beaucoup de références à la culture musicale américaine (pop, jazz, folk), des bruitages et des tonalités très adaptées aux lieux, aux circonstances et aux personnages.

À cela se rajoute trois vocalistes, chanteurs assis à la gauche du chef dont les interventions, qui ne sont pas sans rappeler les prouesses des Swingle Singers, sont mêlées à l’orchestre tel un instrument supplémentaire ou viennent souligner les interventions des solistes. Le traitement de la voix est, hormis le rôle de l’Ange au traitement très lyrique voisin du gospel, plus proche du parlé-chanté que du langage traditionnel ceci ayant l’avantage d’une intelligibilité totale. L’amplification des voix permet des jeux de scènes plus naturels et aussi parfois un traitement déformant utilisé de façon dramatique. Bien que la direction d’acteurs de soit irréprochable, juste et pleine de tact, trouvant de bonnes solutions aux difficiles problèmes posés par les scènes partagées, procédé de la pièce conservé dans l’opéra, le dispositif scénique mobile de un peu réducteur dans son décalage par rapport au lieu et au temps de l’action laisse souvent les acteurs flotter sur une scène assez vide. C’est, avec le gommage de l’aspect proprement politique du propos, un affaiblissement par rapport à l’original. Il n’en reste pas moins que c’est un spectacle d’une grande force qui repose en grande partie sur la qualité de ses interprètes, une distribution anglophone tenant la difficile gageure de jouer presque tous plusieurs rôles, comprenant des personnalités scéniques anglo-américaines comme , Julia Migenes, , , Daniel Belcher, et le jeune ténor finlandais . Péter Eötvös, qui dirigeait lui-même l’excellent ensemble recruté pour ce spectacle, a été acclamé à juste titre par un public enthousiaste.

Ce spectacle a été enregistré pour une reproduction vidéo ainsi qu’une télédiffusion sur Pink TV le 1er décembre Journée mondiale contre le Sida et ultérieure sur France 3. Retransmission sur France-Musique le 25 décembre à 19h.

Crédit photographique : © M.N. Robert

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