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Aïda au festival St Margarethen : chevaux, éléphants mais pas de raton-laveurs !

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Aïda. Mise en scène : Robert Herzl. Chorégraphie : Alexandra Frankmann. Costumes : Casa d’Arte Fiore, Milan. Avec : Eszter Sümegi, Aïda ; Cornelia Helfricht, Amnéris ; Kostadin Andreev, Radamès ; Pièr Dalàs, Ramphis ; Igor Morosow, Amonasro ; Janusz Monarcha, il Re. Chœur, orchestre et ballet du théâtre national de Brno, direction : Ernst Mäzendorfer. Réalisation télévisée : Rudi Dolezal et Hannes Rossacher. Filmé aux carrières romaines de St Margarethen, juillet-août 2004. 1 DVD EuroArts 2054059.

 

Il existe des ratages lyriques attendrissants, des productions tellement kitch qu’elles en deviennent légendaires, que certains même en collectionnent les captations, comme on peut conserver avec un amusement mêlé d’affection les enregistrements de Florence Foster-Jenkins. Tout respire le kitch dans cette Aïda du festival St Margarethen, hélas, la production se prend désespérément au sérieux, il y manque la petite étincelle de second degré ou d’enthousiasme foutraque qui transforme le simplement mauvais en légende, et l’abus de prétention fait très rapidement tourner l’indulgence en irritation. Les décors, faits pour impressionner, collectionnent toute l’Egypte ancienne, un vrai bric-à-brac de chats, de faucons, de hiéroglyphes, de têtes de sphinx gigantesques, et malgré la profusion d’éléments, rien n’évoque l’Egypte des pharaons. On évolue dans le spectacle de masse, ne laissant aucune place à la musique et à la poésie, et ce n’est même pas joli à regarder.

Le morceau de bravoure est forcément le triomphe de Radamès à la fin du deuxième acte. Afin d’en jeter plein la vue, on convoque des chevaux et des éléphants, une immense statue dorée de Horus brinquebalée sur un brancard, des monceaux de figurants dressant un salut quasi hitlérien. Foin d’esclaves maures ici ou plus tôt dans les appartements d’Amnéris, mais des ballerines sur pointes dans une chorégraphie sans imagination. Notons toutefois que le danseur étoile meurt sacrifié sous le couteau de la prêtresse, nous transportant brutalement de l’Egypte ancienne au pays des Aztèques! On parvient même à nous infliger le feu d’artifice de rigueur pendant l’entracte, tout cela n’a absolument aucun intérêt.

L’orchestre, sous la direction de Ernst Märzendorfer sonne plein d’enthousiasme à défaut de justesse (que de couacs des célébrissimes trompettes!) et souvent trop fort (effet pervers de la prise de son?) Il est difficile de juger de la prestation des chanteurs, tous inconnus, forcément sonorisés en extérieurs et dans un espace aussi vaste, d’ailleurs on voit distinctement les micros collés avec un sparadrap sur leur front, on entend d’une façon générale des grosses voix sans grâce, telles qu’on a coutume de définir les voix de l’Est, plus préoccupées de produire du volume que du raffinement ou de l’émotion. Leur italien sonne exotique et sans consonnes. Pas un seul ne possède un joli timbre, pas même les épisodiques et aériennes voix féminines du début du deuxième acte. Dans ce contexte, on peut estimer qu’Aïda, à la voix aigre mais décrochant sans problème les aigus de l’air du Nil, sans les pianissimi, tout autant qu’Amnéris, à la distinction plus proche de la marchande de poisson que de la princesse égyptienne, assument les difficultés de leurs rôles, des rôles vocalement écrasants et pour lesquels il existe de moins en moins de titulaires. On dira beaucoup moins de bien du bêlant Radamès aux bruyantes prises de respiration toutes les trois mesures, ainsi que d’Amonasro, Ramfis restant au bout du compte le plus intéressant vocalement.

La captation vidéo procure les meilleurs moments de sourire grâce aux gros plans, non prévus dans une production faite pour être vue du fin fond de carrières romaines qu’on devine immenses : hors les micros sur le front des chanteurs déjà mentionnés, on remarque les fermetures éclairs des costumes couleur chair des danseuses semi-nues (ou du moins censées l’être), les soutien-gorges des chanteuses par l’échancrure de leur robe, et, cerise sur le gâteau, le slip noir du danseur étoile sous un pagne blanc! (à noter que celui-ci arbore également des baskets argentées…). Un véritable défilé de sous vêtements!

En vacances lors d’une belle soirée d’été, après un dîner dans un restaurant typique et une visite de la ville, la majesté du site, la magie des flambeaux dans la nuit étoilée, la musique de Verdi peuvent distiller un plaisir parfait. Mais était-il nécessaire de montrer cette production sur un support destiné à être vu et revu dans la tranquillité d’un salon ? On dit que le DVD est le sauveur du marché du disque classique en pleine chute, mais est-ce au point de publier tout et n’importe quoi? La poule aux œufs d’or toute neuve de l’industrie du DVD ne risque-t-elle pas de mourir à terme, étouffée par la profusion d’enregistrements sans intérêt?

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