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François Couperin : Pièces de Viole

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François Couperin (1668 – 1733) : Première et deuxième Suites – La Sultane – Dixième, douzième et treizième Concerts. Lorenz Dufschmid, Ulrike Becker, basses de violes ; Andreas Pilger, Ulrike Fischer, violons ; Bob van Asperen, clavecin – 1CD inséré dans un beau triptyque cartonné doté d’une belle iconographie et d’un livret trilingue D, F, GB – Durée : 75 mn 18 – Pan Classics -Sound Arts – PC10174 – © 2004.

 

De l’audace! Mais quelle intelligence, surtout! Quelle pertinence dans le choix de ces six pièces de le Grand! l’intime dont le génie se plaît dans les formes minimales à 2 ou à 3 avec, ou mieux, sans continuo.

Les 3 Concert royal sont de la deuxième série de pièces de ce type réunies sous le titre Les Goûts réunis tant Couperin est également fils d’Italie que de Paris. Son génie s’y déploie sans réserve. La Sultane, pièce moins retenue également, est œuvre d’un Couperin plus jeune (vers 1695). Quant aux deux Suites pour Violes elles sont ses œuvres ultimes, les plus abouties peut-être, celles dont on dirait en tout cas qu’écrire après elles est devenu inutile : on a l’impression qu’il n’y a plus rien ; que la musique comme l’homme va s’éteindre définitivement, dans une note, dans un souffle.

Toute l’œuvre de Couperin donne l’impression qu’il n’écrit que ce qu’il veut, sans contrainte de commande, de mode, d’exigence de Cour. Cette fin de XVIIe siècle n’est guère prolixe de talents fulgurants ; ils se sont éteints avec le rayonnement du Monarque. Couperin a laissé à d’autres les grandes architectures démonstratives d’église ou de théâtre propres à satisfaire Louis le grand en sa jeunesse et sa plénitude pour se consacrer à l’essentiel, au plus grand peut-être, c’est à dire au plus petit, avant que naisse le siècle de Louis le bien aimé et un XVIIIe à nouveau fort agité. Couperin y marque une pause. C’est ce Couperin-là que nous offre Lorentz Dufschmid, portrait presque trop intime qu’il dessine avec une exquise finesse de la pointe de son archet.

« J’avouerai de bonne foi que j’aime beaucoup mieux ce qui me touche que ce qui me surprend » .

Trois groupes de pièces de caractères sensiblement différents à travers lesquelles il dévoile tout en pudeur un Couperin déjà sans fard. La pudeur : c’est ce qui caractérise l’intimité de ces pièces. Tout en retenue, jamais démonstratifs, Dufschmid et ses compagnons aussi talentueux que lui (Ah! La réalisation de van Esperen!) font preuve d’un art accompli, réfléchi. On sent une interprétation empreinte d’un savoir et d’une grande familiarité avec ce répertoire sans jamais que la science vienne bousculer l’art. Ils nous entraînent ainsi dans un monde d’extrême sensibilité où tout est dit avec presque rien. Dans les Concerts et La Sultane, ils communiquent un plaisir du jeu ensemble, du partage et de l’échange. Le sommet de l’enregistrement est certainement cette pure merveille de Pompe funèbre qui est bien tout sauf funèbre : presque dix minutes de merveilleuses dissonances, de délicieux frottements ; toute une pièce basée essentiellement sur les retards et leurs résolutions audacieuses, ce qui permet à Dufschmid de nous faire avancer dans un tempo d’une lenteur magique vers l’indicible, où l’harmonie est aussi complexe que la mélodie est simple, comme dans certaine illustre Sarabande. Peu de notes, jamais d’emportement, encore moins de précipitation comme si quitter chaque son, chaque note était une difficulté supplémentaire, une rythmique d’une régularité sans faille qu’amplifie une dynamique d’une rare puissance. Ici, la musique n’a pas commencé comme elle ne s’arrêtera pas. Elle continue au-delà des quelques notes que le livret, belle élégance, nous offre à lire et contempler.

Ce disque est une nécessité.

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François Couperin (1668 – 1733) : Première et deuxième Suites – La Sultane – Dixième, douzième et treizième Concerts. Lorenz Dufschmid, Ulrike Becker, basses de violes ; Andreas Pilger, Ulrike Fischer, violons ; Bob van Asperen, clavecin – 1CD inséré dans un beau triptyque cartonné doté d’une belle iconographie et d’un livret trilingue D, F, GB – Durée : 75 mn 18 – Pan Classics -Sound Arts – PC10174 – © 2004.

 
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