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Hommage à André Fleury (1903 – 1995) – Œuvres de Fleury, Tournemire, Vierne, Duruflé, Escaich – Orgue : Christophe Simon, Hervé Désarbre, Thierry Escaich, François Lemanissier, Jean-Pierre Millioud, Amaury Sartorius – Enregistrement partiel de deux concerts publics en la cathédrale Saint Louis de Versailles les 11 & 12 décembre 2003 – 1 CD Integral Classic INT 221. 140 Durée 73’15 – livret bilingue – © 2004

 

S’il est un artiste qui mérite le nom de soliste, c’est bien l’organiste : sa solitude est multiple. Due à son installation géographique dans un lieu de culte et, dans ledit lieu, souvent en tribune ; dans le répertoire, puisque l’instrument se prête difficilement à la musique d’ensemble et au style concertant ou s’il s’y prête les compositeurs ont rarement trouvé comment ; particularité supplémentaire, il se trouve rarement d’instruments jumeaux : les œuvres pour orgue furent et sont encore composées pour un instrument donné ; enfin, l’aspect liturgique de l’instrument comme des œuvres se prête difficilement à l’exécution et plus encore à l’audition hors contexte.

Combien de salles de spectacles ou auditoriums disposent-ils d’orgue digne de ce nom? A de rares exceptions dont probablement « la plus exceptionnelle des exceptions », les compositeurs d’orgue sont des organistes n’ayant écrit ou quasiment écrit que pour leur instrument.

Un monde à part

C’est dire l’atypisme de l’organiste dans le monde de la musique et l’aspect assez confidentiel du monde de l’orgue. La preuve en est que de grands artistes demeurent totalement ignorés du grand public et même du public plus restreint et théoriquement mieux informé des mélomanes. est de ceux-là. Interprète hors de pair, créateur d’œuvres des plus grands compositeurs tel Franck, ou ses contemporains Messiaen, Milhaud et Vierne, il est aussi compositeur et, spécialité si difficile et rarement mise en valeur, improvisateur. « Fleury s’est classé comme l’un des plus grands viroses de ce temps », écrivit de lui  ; « sa technique instrumentale est formidable ; il se joue, sans le moindre effort apparent, des pires difficultés, et interprète le grand répertoire en artiste consommé ». Il est logique que ses disciples aient souhaité rendre hommage à leur maître en ces deux concerts partiellement gravés ici. Œuvres et interprètes ont été intelligemment choisis, les disciples de Fleury interprétant ses propres pièces, mais aussi celles de ses maîtres et amis auprès de qui il trouva inspiration et forma son talent. Cependant, si intellectuellement le principe de ces choix est mieux que judicieux pour le concert, il révèle un manque de cohérence musicale préjudiciable au disque.

Et vint

Un brin de conformisme dans l’ordre des pièce néanmoins : à ce « ma fin est mon commencement », on eût préféré que le disque se terminât non en refermant le livre mais sur une ouverture : par la plus intéressante des pièces, dans la plus pure tradition de l’orgue, une improvisation sur le nom de…. développe un immense talent au moins égal à celui de son maître sur les prénom et nom duquel il improvise, bien sûr. Cette Improvisation sur le nom a-n-d-r-é-f-l-e-u-r-y de presque 15 minutes est la pièce la maîtresse du programme. Elle est d’une passionnante richesse rythmique et harmonique, faite de tension parfois douloureuse. Une registration d’une intelligente et pertinente finesse soutient une lente progression : à un immense crescendo ininterrompu de près de 5 minutes, succède un passage méditatif dont la progression chromatique, que souligne une basse tout en contre-temps, fait naître une sourde angoisse. Sans aucune interruption ni fracture, un troisième mouvement reprend le crescendo initial pour terminer en apothéose, elle aussi dans la plus pure tradition de l’orgue à savoir qu’après les audaces harmoniques, la coda reprend un bel air modal pour terminer sur une grande cadence plagale.

Le plus bel hommage à rendre à un maître n’est-ce pas de montrer que son disciple le dépasse?

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Hommage à André Fleury (1903 – 1995) – Œuvres de Fleury, Tournemire, Vierne, Duruflé, Escaich – Orgue : Christophe Simon, Hervé Désarbre, Thierry Escaich, François Lemanissier, Jean-Pierre Millioud, Amaury Sartorius – Enregistrement partiel de deux concerts publics en la cathédrale Saint Louis de Versailles les 11 & 12 décembre 2003 – 1 CD Integral Classic INT 221. 140 Durée 73’15 – livret bilingue – © 2004

 
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