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La Clef des Chants

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Tourcoing. Théâtre Municipal. 21-I-2005. Charles Gounod : (1818-1893) Le Médecin malgré lui, Opéra comique en 3 actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Molière. Production de la Clef des Chants. En coproduction avec le Théâtre Municipal de Tourcoing et le Grand Théâtre de Reims. Mise en scène, chorégraphie, décors et costumes : Alain Germain, Lumières : Allain Vincent, Maquillages : Elisabeth Delesalle. Sganarelle : Arnaud Marzorati. Jacqueline : Karine Godefroy. Géronte : Matthieu Lécroart. Martine : Christine Tocci. Léandre : Cyril Auvity. Valère : Vincent Billier, Lucinde : Isabelle Fallot, Lucas : Thierry Cantero, Mr Robert : Johann le Roux. Chef de chant : Elisabeth Brusselle. Orchestre du Grand Théâtre de Reims Direction : Bruno Membrey.

Médecin malgré lui ?

C’est au Théâtre Municipal de Tourcoing que « La Clef des Chants », association de décentralisation lyrique de la région Nord-Pas-de-Calais, a commencé une ambitieuse tournée française avec un opéra comique bien peu présent sur les scènes lyriques aujourd’hui, Le Médecin malgré lui de . Le moins que l’on puisse dire est que cette association s’est donnée les moyens de ses ambitions pour ce spectacle, convoquant une équipe d’excellents jeunes chanteurs français, un metteur en scène imaginatif, un orchestre de bon niveau et un chef dynamique et précis. Notons que le Théâtre Municipal de Tourcoing et le Grand Théâtre de Reims sont co-producteurs de ce spectacle. En entendant cette œuvre, difficile de comprendre pourquoi elle n’est pas plus souvent montée, alors qu’elle bénéficie des vers de Molière et d’une musique pleine de grâce et de séduction, grâce au génie mélodique de Gounod. L’œuvre regarde avec insistance vers le XVIIIe siècle, au point qu’elle fait souvent penser à Mozart, quel contraste en tout cas avec Faust, qui fut composé par Gounod à la même époque. La distribution est dominée par le Sganarelle absolument hilarant d’Arnaud Morzaroti, acteur comique formidable, mélange de Louis de Funès pour l’énergie scénique et de Michel Galabru pour l’insistance pleine de sous-entendus qu’il donne à chacune de ses paroles, il brûle les planches avec une aisance confondante, et de surcroît chante magnifiquement, grâce à son beau timbre de baryton, à sa diction mordante et à sa musicalité jamais prise en défaut.

Le rôle de son épouse Martine est confié au beau mezzo de Christiane Tocci, qui se montre excellente actrice également. Karine Godefroy, très beaux aigus, projection et volume convaincants, se tire avec les honneurs du rôle de la nourrice, elle gagnerait toutefois à discipliner une ligne de chant assez anarchique.

fait un très beau Léandre, dans une sérénade du II magnifiquement tendre son beau timbre très personnel fait des merveilles. Son deuxième air, plus tendu, le met par contre en difficulté, il en loupe assez spectaculairement les aigus, trac de la première sans doute.

Les petits rôles sont bien distribués dans l’ensemble, avec une mention spéciale pour Mathieu Lécroart qui fait un Géronte très convaincant. Les deux valets sont , basse-baryton confortable, et Thierry Cantero, ténor obligé de prendre un accent improbable, ce qui lui pose quelques difficultés. campe une Lucinde au timbre agréable, mais avare de projection et aux aigus difficiles.

Soulignons encore que toute l’équipe a une diction française impeccable, ce qui participe grandement au succès de la production car on n’est pour une fois pas obligé d’avoir l’oreille perpétuellement aux aguets pour comprendre ce qui se passe.

L’, en grande forme, aux bois très sûrs, réagit avec grâce et entrain à la baguette vive et précise du chef Bruno Membrey, qui sait aussi ménager ses chanteurs en ne les couvrant jamais et en ralentissant le tempo aux moments opportuns. Alain Germain signe mise en scène, chorégraphie, décors et costumes, lourde responsabilité donc, qu’il assume avec brio en proposant un spectacle à la fois beau pour les yeux (très joli décor), vivant, dynamique, et coloré, et surtout qui ne prétend pas réinventer le monde en nous révélant quelque hypothétique sens caché à la pièce. On ne s’ennuie jamais tout au long de ces trois actes menés tambour battant, les gags s’enchaînent avec frénésie, à tel point qu’après un acte I tout à fait idéal, dans le II, et surtout le III on a parfois envie de crier « Assez! Laissez-nous respirer », Sganarelle poursuivant un Géronte courant de fauteuil en fauteuil ne semble par exemple pas vraiment nécessaire. Ce bémol ne cependant doit pas faire oublier les qualités d’un spectacle plein de vie et d’humour (un peu vulgaire parfois cependant).

Terminons en félicitant le public, composé en grande partie d’enfants, qui est resté respectueux jusqu’au bout, et très peu bruyant, sauf lors de ses nombreux éclats de rires, et citons quelques paroles de ces enfants entendues lors des entr’actes, « Génial! Super! Trop bien! ». On ne peut rêver d’approbation plus précieuse.

Prochaines dates de la tournée : le 27 au Phénix de Valenciennes, les 29, 30 et 31 janvier 2005 au Grand Théâtre de Reims, le 05 février à Boulogne sur Mer, les 12 et 13 à l’Opéra de Massy, le 27 à l’Opéra de Vichy et les 12 et 13 mars au Grand Théâtre de Tours.

Crédit photographique : © Frédéric Iovino

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Tourcoing. Théâtre Municipal. 21-I-2005. Charles Gounod : (1818-1893) Le Médecin malgré lui, Opéra comique en 3 actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après Molière. Production de la Clef des Chants. En coproduction avec le Théâtre Municipal de Tourcoing et le Grand Théâtre de Reims. Mise en scène, chorégraphie, décors et costumes : Alain Germain, Lumières : Allain Vincent, Maquillages : Elisabeth Delesalle. Sganarelle : Arnaud Marzorati. Jacqueline : Karine Godefroy. Géronte : Matthieu Lécroart. Martine : Christine Tocci. Léandre : Cyril Auvity. Valère : Vincent Billier, Lucinde : Isabelle Fallot, Lucas : Thierry Cantero, Mr Robert : Johann le Roux. Chef de chant : Elisabeth Brusselle. Orchestre du Grand Théâtre de Reims Direction : Bruno Membrey.

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