Concerts, La Scène, Musique symphonique

Création de Michel Fourgon par Pascal Rophé

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 22-I-2005. Michel Fourgon (°1968) : La brise du roseau, concert pour clarinette et orchestre (commande de l’OPL, création) ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie N° 10 –Adagio ; Richard Strauss (1864-1949) : Don Quixote, Variations fantastiques sur un thème de caractère chevaleresque, Op. 35. Jean-Pierre Peuvion, clarinette, Pieter Wispelwey, violoncelle, Ning Shi, alto. Orchestre Philharmonique de Liège et de la Communauté Wallonie-Bruxelles, konzertmeister : Endre Kleve, direction : Pascal Rophé.

Dans le cadre de la saison symphonique du Théâtre Royal de la Monnaie au Palais des Beaux Arts de Bruxelles l’OPL a fait entendre la création d’une œuvre commandée au compositeur liégeois . Celui-ci, professeur de composition et d’histoire de la musique au Conservatoire de Liège, a composé un « Concert » pour clarinette et orchestre pour son confrère et ami Jean-Pierre Peuvion, professeur de clarinette et musique de chambre dans ce même conservatoire. Cette dénomination de « concert » a été choisie par le compositeur pour rappeler la musique baroque, et pour souligner la fusion entre clarinette et orchestre, plutôt que l’affrontement que pourrait éventuellement évoquer l’appellation « concerto ». Reprenons les mots du compositeur dans le texte de présentation à propos du choix du titre « La Brise du roseau » : »Il s’agit d’une métaphore de l’instrument soliste, dont l’anche « simple »… est un morceau de roseau qui vibre sur une partie fixe, le bec. C’est le souffle du clarinettiste qui met en vibration l’anche de l’instrument. Le terme « brise » évoque également un vent doux et calme. »

L’œuvre est basée sur une rencontre entre le thème de début de l’Adagio de la 10e symphonie de Mahler et une mélodie traditionnelle palestinienne. Cette confrontation fut inspirée à Fourgon par sa rencontre avec Samir Joubran, grand joueur d’oud (ancêtre arabe du luth) qui a enseigné au Conservatoire de Liège. L’œuvre est une magnifique invitation à la rêverie, dans laquelle le compositeur utilise à l’envi toutes les possibilités instrumentales d’un orchestre symphonique, et même au-delà (guitare électrique, profusion de percussions en tous genres, .. ). manie l’orchestre en chambriste, et, alors qu’on pourrait s’attendre à une démonstration bruyante de puissance orchestrale en voyant les nombreux pupitres déployés sur la scène, on entend plutôt une pièce intimiste aux jeux de timbres séduisants, permettant à la douce clarinette de Jean-Pierre Peuvion de s’intégrer harmonieusement dans ce tissu orchestral diaphane. « La brise du Roseau » semble avoir fasciné le public, d’une discrétion rare lors du concert, mais enthousiaste lors des saluts, et donne envie d’être réentendue, ce qui est assez rare pour être souligné.

On retrouve dans un Adagio de la Dixième de Mahler pris dans un tempo rapide et dans une optique analytique, à la mise en place impeccable, mettant admirablement en évidence la structure de la partition. Cette approche, pour intéressante qu’elle soit, ne nous parait pas totalement convaincante, il manque en effet de la chaleur, de l’émotion à cette interprétation froide et clinique. Il semble qu’en voulant éviter le piège de l’histrionisme, volonté tout à fait louable, Rophé soit tombé dans l’excès inverse, celui d’une certaine non-interprétation. Pourtant l’orchestre, magnifique de cohésion, est irréprochable, avec ces cordes précises, à la sonorité ronde et pleine, il suffirait d’un peu de liberté, d’un peu de chaleur, d’une légère sollicitation de la partition pour faire de cette exécution une prestation mémorable.

La deuxième partie est consacrée au Don Quixote de Richard Strauss, œuvre dont l’esprit distancié et pince sans rire convient nettement mieux au style de direction de . Le chef français en donne une lecture idéale, vive et acérée, en parfaite complicité avec ses solistes, confondant d’aisance, et un excellent Ning Shi, chef de pupitre des altos de l’OPL. L’orchestre réalise une prestation sans failles, montrant une fois encore le niveau exceptionnel auquel il est parvenu depuis l’arrivée de Louis Langrée au poste de directeur musical. Cordes superlatives, menées par le magnifique konzertmeister Endre Kleve, instruments à vent aux timbres frais et aux attaques incisives, cuivres royaux aux sonorités pleines et homogènes, l’enchantement est permanent. Le public ne s’y trompe pas, réservant une ovation à tous les interprètes de ce Don Quixote fougueux et passionné.

Au programme de l’OPL ces prochaines semaines : du 19 au 25 février, tournée en Allemagne (Ulm, Karlsruhe, Stutgartt, … ). Du 07 au 13 mars à Liège, Festival « Génération Debussy ».

Crédit photographique : © Katie Vandyck

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 22-I-2005. Michel Fourgon (°1968) : La brise du roseau, concert pour clarinette et orchestre (commande de l’OPL, création) ; Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie N° 10 –Adagio ; Richard Strauss (1864-1949) : Don Quixote, Variations fantastiques sur un thème de caractère chevaleresque, Op. 35. Jean-Pierre Peuvion, clarinette, Pieter Wispelwey, violoncelle, Ning Shi, alto. Orchestre Philharmonique de Liège et de la Communauté Wallonie-Bruxelles, konzertmeister : Endre Kleve, direction : Pascal Rophé.

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