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Don Pasquale : Salsa americana y mariachis

La Scène, Opéra, Opéras

Montréal. Opéra de Montréal Salle Wilfrid-Pelletier. Place des Arts. 29-I-05. Représentations : 29 et 31 janvier et les 3, 5 et 9 février 2005 à 20h. Don Pasquale, opéra buffa en trois actes de Gaetano Donizetti, livret de Giovanni Ruffini et du compositeur, d’après celui d’Angelo Anelli pour Ser Marcantonio de Stefano Pavesi. Créé au Théâtre-Italien à Paris le 3 janvier 1843. Don Pasquale, Kevin Glavin (basse). Norina, Nathalie Paulin (soprano). Ernesto, Shawn Mathey (ténor). Docteur Malatesta, Stephen Powell (baryton). Le Notaire, Étienne Dupuis (baryton). Décors et costumes du San Diego Opera, Tony Fanning (décors) et Helene Rodgers (costumes). Concepteur d’éclairages, Mark McCullough. Pianiste-répétitrice, Esther Gonthier. Mise en scène, David Gately. Chœur de l’Opéra de Montréal et l’Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction de Jean-Marie Zeitouni.

Donizetti aussi Outre Atlantique

© Yves Renaud

Don Pasquale fut créé au Théâtre-Italien à Paris en 1843 et connut un triomphe qui ne se démentit jamais. Cet opéra bouffe renouvelle en quelque sorte le miracle du Barbier de Séville de Rossini par différents aspects – jeux de crescendos, accélération du rythme dans les ensembles, débit extrêmement rapide dans certains airs et duos – et si par tous ces éléments, Donizetti se réclame de l’art rossinien, Don Pasquale marque sans trop exagéré, le sommet d’un genre et la fin d’une époque dans la tradition napolitaine. Dans la vie du compositeur, ce grand succès populaire coïncida à un début de dérèglement mental qui le conduisit quelques années plus tard à son internement à Ivry, puis à Bergame sa ville natale pour y mourir. Il fallut attendre exactement un demi-siècle avant que Verdi, chatouillé par la muse comique, donne vie à Falstaff, le dernier chef-d’œuvre du maître italien.

Le canevas de l’opéra rappelle la commedia dell’arte avec ses personnages à peine transformés. Il s’agit de Don Pasquale, un riche propriétaire terrien, toujours célibataire malgré ses soixante printemps bien sonnés. Il refuse de léguer sa fortune à son neveu Ernesto, seul héritier légitime qui n’a d’yeux que pour la belle Norina, une jolie veuve désargentée, au lieu de lui préférer, comme lui suggère son oncle, quelque bon parti à l’escarcelle bien remplie. Le vieux barbon, non seulement s’oppose-t-il à toute mésalliance entre la coquine Norina et le benêt Ernesto mais il déshérite ce dernier. Le docteur Malatesta, un vieil ami de la famille, lui présente sa sœur Sofronia, tout droit sortie du couvent. C’est la perle rare, «Bella siccome un angelo», humble, soumise et travaillante. Don Pasquale se sent rajeuni de vingt ans à la seule idée de convoler en juste noce cette jeune femme si réservée. La lèvre bien pendue à l’hameçon, il réclame et obtient le mariage sur-le-champ. Mais aussitôt le contrat signé, la gentille dame à la timidité exemplaire, se change en véritable harpie, capricieuse, dépensière et même volage ! On l’aura compris, le complot fomenté par le docteur Malatesta a réussi, et la lunatique Sofronia n’est nulle autre que Norina déguisée, tous deux de connivence avec Ernesto, pour donner le change à Don Pasquale. Celui-ci acceptera afin de se sortir de ce guêpier, de marier les amoureux. On ne se lasse pas de rire de la mauvaise fortune du vieillard cupide et abusif qui goûte à la médecine d’une soubrette rusée et délurée.

C’est dans un Far West de fantaisie, que le metteur en scène américain campe l’action, plus précisément dans un hôtel de passe en Arizona, tenu par le vieil immigré italien Don Pasquale. Ce lieu de perdition a tous les attributs d’une auberge espagnole. On aurait pu déplorer qu’une telle adaptation nous prive de son appellation d’origine et dérape dans le n’importe quoi, mais force est de reconnaître une mise en scène habile et vivante qui se joue des lieux communs – le Grand Hôtel avec son saloon, la clientèle et sa faune bigarrée, le serviteur chinois adepte du kong-fu, ses petites femmes, ses mexicains «occupés» invariablement à faire la sieste, jusqu’au cheval sur roulettes, grandeur nature enfourché par Ernesto et à la toute fin par Don Pasquale lui-même, – et en rajoute par quelques trouvailles heureuses dans ce western italien. Les mariachis au troisième acte, dans un décor qui rappelle le jardin de quelque hacienda, accompagnent la sérénade et donnent une couleur locale d’une drôlerie irrésistible, lors du rendez-vous des deux amoureux. La scène au deuxième acte avec une baignoire où «trempe» Ernesto mais en gardant ses bottes de cowboy, est tout aussi hilarante. Une mise en scène inventive où tout est permis avec des changements de décors multiples, où les scènes se succèdent et l’action se précipite dans un jeu bien rodé.

© Yves Renaud

En général, les voix sont bonnes et tous savent jouer sur scène, les seules réticences vont au ténor vocalement limité, et parfois gauche dans ses déplacements. Son air, «Corchero lontana terra» est correct sans plus, c’est davantage la situation où il se trouve – précisément dans la baignoire – qui provoque le rire du public plus que l’adhésion du mélomane. Sa cabalette «E se fia che ad altro oggetto» est un peu trop sobre et tombe à plat. En outre, il lui manque ce qui fait le suc d’une interprétation donizettienne : les couleurs, les variations. Un certain engourdissement le laisse dans l’ombre tout au long de la représentation. La sérénade «Com’è gentil» toutefois est charmante ainsi que le duo du troisième acte. Don Pasquale de Kevin Glavin est excellent. «Aspetta, aspetta cara sposina» donne la pleine mesure et il en rajoutera tout au long de la soirée. Avec son regard à la Falstaff, il a le physique de l’emploi.

Le Docteur Malatesta de donne une interprétation brillante, il campe un personnage roublard comme il se doit. Voix homogène, il devient en quelque sorte la conscience qui manque à Don Pasquale. La reprise de la fin de leur duo à rideau fermé est un plaisir renouvelé. en Notaire, jolie voix de baryton, qui semble se spécialiser dans les petits rôles à l’Opéra de Montréal, s’en sort plutôt bien. La soprano acadienne ne fait qu’une bouchée de sa Norina. Excellente soprano, dès son air d’entrée, «Quel guardo il carriere» – «So anch’io la virtu magica» nous convainc que la soirée sera fort agréable en sa compagnie. Elle est à l’aise sur scène, elle change de caractère comme de costume, passant de la timide Sofronia à la tyrannique épouse de Don Pasquale, mais avec les yeux de l’amante toujours fixés sur Ernesto. Elle dispose d’une voix riche en harmoniques, techniquement parfaite pour ce rôle. Le duo avec Malatesta «Vade, carro al gran cimento» est exquis. Partout où elle se trouve, il y a du bonheur. , pour une première à la direction d’orchestre de l’Opéra de Montréal, s’est montré un chef attentif aux chanteurs, à l’écoute d’une partition qui révèle quelques secrets, exigeant de l’OSM de déployer ses ors qu’il déverse sans parcimonie.

Une bonne production qui prouve par la transposition qui en est faite, que les hommes ont tous les mêmes désirs, les mêmes fantasmes, qu’ils soient de l’Ancien ou du Nouveau Monde.

Crédits phoptographiques : © Yves Renaud

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