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Charleroi. Palais des Beaux-Arts. 12-II-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple concerto pour piano, violon et violoncelle en ut majeur opus 56 ; Symphonie n°3 « Eroica » en mi bémol majeur opus 55. Tatiana Samouil, violon, Justus Grimm, violoncelle, Florian Wiek, piano. Ensemble Sinfonietta, direction : Etienne Rappe.

Palais des Beaux Arts

Difficile de trouver œuvres plus dissemblables de caractère malgré la proximité de leur période de composition que les deux œuvres présentées lors de ce concert au Palais des Beaux Arts de Charleroi. En effet, alors que la célèbre symphonie « Héroïque » marque, par son ampleur inhabituelle, ses audaces structurelles et stylistiques une véritable révolution musicale et le début symbolique de la symphonie en tant que pièce de résistance d’un concert, le Triple concerto est une pièce de circonstance, exemplaire d’un genre finissant qui fit fureur à l’époque galante, celui de la sinfonia concertante. Il suffit d’ailleurs d’examiner les dédicaces respectives de ces œuvres, le concerto à l’Archiduc Rodolphe et la symphonie « à la mémoire d’un grand homme » pour mesurer la différence de portée de ces deux compositions. Ceci dit, ne dénigrons pas ce Triple concerto, qui est une œuvre agréable et énergique, facile à appréhender et qui ne pose pas de problèmes insurmontables à ses exécutants. En somme, c’est l’œuvre idéale pour un orchestre de débutants, ce qui est précisément le cas de l’Ensemble Sinfonietta, dont l’objectif est de favoriser les débuts professionnels des élèves des conservatoires en leur permettant de se familiariser avec le travail d’orchestre. Pour les épauler dans cette tâche, les jeunes musiciens ont pu compter sur un trio de solistes de haut niveau, ainsi que sur quelques musiciens expérimentés qui sont venus renforcer certains pupitres.

Les solistes du trio se connaissent bien, étant konzermeister et violoncelliste solo de l’orchestre symphonique de la Monnaie. Ce dernier ayant remporté le concours Maria Canals de Barcelone avec le pianiste . Complicité et plaisir de jouer ensemble sont donc les maîtres mots de cette interprétation sage et équilibrée, qui séduit plus particulièrement par l’accompagnement efficace de l’orchestre et par le phrasé à l’élégance princière de la violoniste. Les choses se corsent pour l’orchestre avec la symphonie « Eroica », et si on n’y entend évidemment pas l’une des prestigieuses philharmonies européennes, on est quand même frappé par la cohésion d’un ensemble qui se défend remarquablement bien. Les cordes se distinguent par leur jeu précis, leurs attaques franches et nettes et une sonorité assez séduisante. Certaines intonations de la petite harmonie sont plus hasardeuses et on sent de la disparité entre les pupitres. Belle prestation des cuivres, notamment des cors qui malgré un ou deux couacs se sont montrés dignes de leur tâche. La direction d’Etienne Rappe, professeur de piano au conservatoire de Liège et fondateur de l’Ensemble Sinfonietta, vive et légère, est bien adaptée à la petite taille de l’orchestre, mais elle manque un peu de tension, ce qui a tendance à rapprocher cette symphonie héroïque de la symphonie classique plutôt que d’en traduire l’aspect provocateur de manifeste de la musique nouvelle. Cette option qu’a prise le chef ne convainc pas toujours dans les deux premiers mouvements, la marcia funebre par exemple est prise dans un tempo trop allant, ce qui la rend plutôt prosaïque et extérieure. Scherzo (la fanfare des cors dans le trio est savoureuse) et Finale sont par contre bien plus intéressants, malgré quelques petites chutes de tension dans dans ce dernier mouvement.

Ce concert qui se révèle finalement d’un très bon niveau musical est malheureusement gâché par les interventions d’un trio d’acteurs venant déclamer des textes révolutionnaires de Saint-Just, Robespierre ou André Chénier. Que ces comédiens haranguent le public au début des œuvres, passe encore, mais qu’ils le fassent également entre les mouvements de la symphonie brise l’élan musical et perturbe gravement l’attention du public. Leur talent n’est pas en cause, ils disent leurs textes avec beaucoup de conviction, et ceux-ci sont forts beaux, mais de peu de poids face à la musique de Beethoven qui n’a évidemment pas besoin de mots pour se faire comprendre. Espérons donc que ce genre d’initiatives anti-musicales ne se reproduira pas trop souvent à l’avenir car nous avons eu la preuve ce soir qu’elles peuvent parasiter de très honorables prestations musicales.

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Charleroi. Palais des Beaux-Arts. 12-II-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple concerto pour piano, violon et violoncelle en ut majeur opus 56 ; Symphonie n°3 « Eroica » en mi bémol majeur opus 55. Tatiana Samouil, violon, Justus Grimm, violoncelle, Florian Wiek, piano. Ensemble Sinfonietta, direction : Etienne Rappe.

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