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Toulouse. Halle aux Grains. 17-III-2005. Fabio Vacchi (né en 1949) : Canti d’ombre (création française) ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°4 en sol majeur opus 58 ; symphonie n°5 en ut mineur opus 67. Nelson Freire, piano. Orchestre National du Capitole direction : Roberto Abbado.

Orchestre National du Capitole

Quelles sont les qualités qui font un grand pianiste ? Certainement pas la maîtrise technique, à notre époque où Edwin Fischer serait sans doute refusé par la moindre école de musique, mais peut-être est-ce justement ce qui fait que nous l’écoutons toujours aujourd’hui : cette capacité rare à raconter une histoire et nous entraîner dans son univers, qui lui permet de se faire entendre sans jamais hausser le ton. Au-delà de différences nettes de conception musicale, cette comparaison d’Edwin Fischer avec n’est pas innocente. On retrouve chez lui cette liquidité d’un toucher extrêmement raffiné, cette absence de dureté, même dans les dynamique forte et, par, dessus tout, cet esprit du phantasieren, ce que Freud appelait le rêve éveillé et le jeu des représentations imaginaires, cette capacité dionysiaque à recréer un univers poétique par la songerie créatrice.

nous entraîne loin dans l’œuvre, donnant sans cesse l’impression de la réinventer devant nous, sans, cependant, jamais rien de gratuit ou d’hasardeux, au contraire une folie parfaitement maîtrisée, une vision tout à la fois prégnante et structurée sous les apparences de l’improvisation et de la simplicité. Et quelle beauté de son ! Malheureusement, la direction de semble ne jamais retrouver tout à fait le tactus du pianiste et l’orchestre, toujours derrière, parfois devant, sans cesse décalé, et joue plus à côté qu’avec le soliste. Mais on n’a d’oreilles, de toute façon, que pour ce jeu si peu impérieux dans le ton et pourtant si présent dans son économie.

, il est vrai, semble ne pas avoir du tout la même conception de Beethoven que son pianiste, si l’on en croit son interprétation de la symphonie n°5. Dans un tempo sans cesse fluctuant, Abbado invente des oppositions de passages lyriques et dramatiques qu’il justifie d’une permanente instabilité de la pulsation. Cassant sans cesse l’influx rythmique qui innerve l’œuvre, le chef se partage ainsi entre maniérismes et dynamisme soudain, d’où l’impression curieuse qu’il recherche de façon manifeste une lecture volontairement « différente » d’une symphonie dont le sens profond semble lui échapper. Rien de routinier dans cette interprétation, et peut-être certains seront-ils convaincus par cette approche. On peut aussi la juger gratuite et bien souvent artificielle, Roberto Abbado réécrivant le texte au gré de son bon vouloir, comme dans l’Andante con moto où les phrasés indiqués par Beethoven sont curieusement malmenés. Tout cela est singulier, mais à vrai dire pas très touchant ; on guette la surprise à venir sans être jamais ému ou pris par l’œuvre et la gradation dynamique et émotionnelle de l’ensemble échappe totalement à une direction qui n’est, finalement, que séquentielle.

Imaginez, maintenant, chers lecteurs, le calvaire du critique assis confortablement à une très bonne place et se demandant comment il va justifier sa présence en trouvant quelque chose d’intelligent à dire sur l’œuvre de Fabio Vecchi. Après tout, n’est-il pas là pour ça ? Il se triture les méninges, s’écartèle le cervelet, s’écarquille les oreilles à les faire saigner… Et puis, rien. Alors, tant pis, autant écrire quelque chose de bête. De la non-musique, non-descriptible, non-intéressante, non dénuée de prétentions, bref de la musique pour le non-anniversaire du Chapelier fou d’Alice. Bien sûr, il y a toujours la peur, chez le critique bien intentionné, de voir dans quelques siècles son nom rejoindre le grand bêtisier de l’histoire : « Oyez, oyez, braves gens, lisez les mots ridicules et terribles de celui qui n’a pas aimé en son temps le génie précurseur de Vecchi ». Mais, en fait, ce serait le comble du rigolo, la seule gloire posthume du critique. On ne se souvient, en général que de ceux qui ont conspué Mozart, dénigré Beethoven, haï Debussy, sifflé Stravinsky… Alors, tant pis, prenons le risque !

Crédit photographique :© DR

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Toulouse. Halle aux Grains. 17-III-2005. Fabio Vacchi (né en 1949) : Canti d’ombre (création française) ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n°4 en sol majeur opus 58 ; symphonie n°5 en ut mineur opus 67. Nelson Freire, piano. Orchestre National du Capitole direction : Roberto Abbado.

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