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La spontanéité de la soprano Magali Léger

JeanBaptisteMillotCharmante, joyeuse et spontanée, a répondu aux questions de ResMusica à l’occasion des représentations du Roi malgré lui à Lyon.

« Ma voix devient plus lyrique, tant mieux, elle ira naturellement vers d’autres choses. »

ResMusica : Toutes nos félicitations pour cette Minka que nous venons d’entendre. Vous avez dit en sortant de scène que c’était un rôle qui nécessitait deux voix ?

 : Oui, parce qu’il y a des passages extrêmement légers, d’agilité, et ensuite on est vraiment dans un registre de soprano lyrique large, avec un orchestre fourni, ça se situe à la fin de l’opéra, c’est à dire à un moment où on est en général un peu plus fatiguée, et ce n’est pas évident à gérer.

RM  : Vous pensez que votre voix est en train de changer, de se corser ?

ML  : En général, les voix de soprano léger se corsent quand elles suivent tranquillement leur évolution. Ma voix devient plus lyrique, tant mieux, elle ira naturellement vers d’autres choses.

RM  : Et si votre voix devenait effectivement plus lyrique, quels rôles aimeriez-vous aborder ?

ML  : J’aime bien le répertoire français du XIXe siècle. Je viens de chanter les Pécheurs de perles en version de concert, j’ai adoré ça, j’ai fait l’Elixir d’amour, qui sont des rôles un peu plus lourds que mes emplois habituels.

RM  : Il existe une écriture typiquement française pour certaines voix de femme aiguës et agiles : Lakmé, Philine, Ophélie, Olympia…Pensez-vous que c’est précisément votre type de voix ?

ML  : Je ne m’écoute jamais, c’est un défaut et je devrais le faire, mais…non, je ne sais pas. On parle parfois à l’étranger de voix françaises, et c’est un peu péjoratif, on sous-entend une voix pointue et acide. Pourtant, il y a eu des chanteuses françaises merveilleuses, comme Christiane Eda-Pierre. Le répertoire français me vient naturellement, et Philine, Ophélie, me correspondent bien au plan vocal.

RM  : Vous chantez du Rameau, du Offenbach, et aussi les Pécheurs de perles, Le Toréador, Le roi malgré lui, et un enregistrement de votre Sophie dans Werther avec Andrea Boccelli va bientôt paraître. Pensez-vous que le répertoire français revienne à la mode ?

ML  : Oui, je pense. On ne peut pas toujours proposer les mêmes choses, et dans le répertoire français, il y a des œuvres vraiment extraordinaires. Ce Roi malgré lui est splendide, en décembre prochain, je chanterai dans l’Etoile à Nantes, et cette musique est vraiment fabuleuse. Il y a réellement des découvertes à faire, et j’ai l’impression qu’il arrive une nouvelle génération de metteurs en scène qui a envie d’innover avec des œuvres différentes, tout ça apporte un peu de nouveauté. Cette Etoile se fera avec une jeune metteure en scène, une chorégraphe, enfin, tout cela sera passionnant. J’aime participer à ce genre de projet. Et puis le répertoire français, c’est le mien, et il faut le défendre.

RM  : Justement, parlons de votre répertoire. Il varie actuellement de Rameau à Schœnberg, et même une création de Michèle Reverdy ?

ML  : Et pourquoi pas ? (rires)

RM  : C’est un choix ?

ML  : Non, ça se présente comme ça. Enfin, oui, il s’agit d’un choix car pour moi, c’est important d’essayer de balayer, dans la mesure de mes possibilités vocales, l’ensemble du répertoire. Quand on me propose du Schœnberg, et là, c’était vraiment extrême, il s’agissait de l’Echelle de Jacob, c’est incontestablement très difficile, mais c’était une occasion unique, je me suis dit que si je ne faisais pas ce répertoire, je perdrais une occasion, car nous ne sommes pas des pièces de musée, n’est-ce pas? Quant à Rameau, c’est un de mes compositeurs préférés, je dis oui dès qu’on m’en propose!

RM  : On n’en finit pas de découvrir Magali Léger. D’abord en 1999 au Châtelet dans La Belle Hélène, en 2001 au même endroit dans un superbe concert Offenbach avec Anne-Sofie von Otter dont il existe une captation DVD, en 2003 à l’Opéra-Comique dans un excellent Toréador, et, excusez du peu, Blonde (de l’Enlèvement au Sérail) au festival d’Aix-en-Provence en 2004, ce qui, dans une carrière, n’est pas rien! Et pourtant, vous êtes toujours considérée comme un espoir du chant français…

ML  : Je suis assez discrète. On me découvre sans arrêt? Tant mieux! (rires) Je ne sais pas comment on me perçoit. J’ai l’impression d’être toujours en chantier, en constante évolution, et de n’être jamais arrivée quelque part. Ce soir, il y a plein de choses dont je n’étais pas contente et que je voudrais améliorer. Et comme je ne me sens pas arrivée, je ne m’estime pas du tout méconnue, car j’ai toujours l’impression qu’il y a des chanteurs beaucoup plus formidables que moi. J’essaie de faire mon métier du mieux possible, ensuite, au niveau médiatique, si on peut parler de médiatisation pour l’opéra, ça m’est vraiment égal.

RM : Mais ça ne vous ennuie pas d’entendre quand on parle de vous « j’ai entendu une nouvelle chanteuse formidable », après toutes ces années de carrière ?

ML  : Mais, non, pas du tout! J’entends « chanteuse formidable », alors ça fait plaisir! (rires)

RM  : Vous avez été nommée aux Victoires de la Musique classique en 2002. Cela ne vous a-t-il pas apporté une certaine notoriété ?

ML  : Ça ne reste pas un bon souvenir. C’était la première fois qu’ils faisaient ces enregistrements distribués gratuitement pour que les auditeurs puissent voter. Il ne s’est pas passé dans de bonnes conditions, j’étais très mécontente du résultat et je déteste ce disque. Savoir qu’il a été distribué à un million d’exemplaires m’a rendu malade! Ça a été une épreuve car je suis très perfectionniste et ce disque a été une torture. J’espère que tout le monde a oublié et que ces CD sont tous passés à la poubelle!

Crédits photographiques : © Jean-Baptiste Millot

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