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Mélodies inédites de Jules Verne en 1ere mondiale

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Aristide Hignard (1822-1887) et Alfred Dufresne (1822-1863) : Mélodies sur des poèmes de Jules Verne. Françoise Masset, soprano ; Emmanuel Strosser, piano. 1 CD Mirare MIR001. Enregistré en 2004. Notice bilingue. Durée totale : 40’

 

Les Clefs ResMusica

A l’occasion du centième anniversaire de la mort de Jules Verne, le label Mirare que dirige René Martin – génial créateur de la Folle Journée de Nantes – édite le premier enregistrement mondial des mélodies de Jules Verne et de son ami le compositeur . Si cette œuvre mérite une attention toute particulière, c’est tant par l’originalité de son contexte (jeunes étudiants à Paris, Verne et Hignard ont composé ces chansons en 1848 alors qu’ils étaient voisins de palier et membres de la joyeuse société de célibataires Onze-sans-femme). Que par l’alliance de la poésie et de la musique de ces années 1850, mal connue à tort et très peu enregistrée jusqu’à aujourd’hui. Les manuscrits de ces partitions étaient conservés à la Bibliothèque Municipale de Nantes et au Musée dédié à Jules Verne. Grâce à l’Académie de Bretagne et des Pays de Loire et à René Martin, cet enregistrement est un bonheur qu’il faut écouter toutes affaires cessantes. Longtemps, Jules Verne cru que son avenir serait sur les scènes de théâtres. Il confia à son ami , nantais comme lui, le soin de mettre en musique ses livrets d’opéra-comique ce qui assura quelque peu la gloire du compositeur puisqu’un immense écrivain lui avait confié des textes.

A Paris, en 1845, Hignard est élève du Conservatoire dans la classe de composition d’Halévy. Second grand prix de Rome en 1850, il crée en 1851 Le Visionnaire opéra comique en un acte. Verne, lui, poursuit ses études de droit à Paris en 1847 et se passionne pour le monde littéraire et théâtral de la capitale. Secrétaire du Théâtre Lyrique en 1853 il commence à écrire des pièces sous des noms d’emprunt et, le 28 avril 1853, Le Colin-Maillard, opéra-comique écrit en collaboration avec Michel Carré et mis en musique par Hignard voit le jour. C’est ensuite Les Compagnons de la Marjolaine, une œuvre créée le 6 juin 1855 puis L’Auberge des Ardennes présentée le 1er septembre 1860. Hignard et Verne signeront encore Monsieur de Chimpanzé présenté aux Bouffes Parisiens le 17 février 1858. Avec le succès de 5 semaines en ballon en 1862, Verne abandonne définitivement l’écriture lyrique et les chansons. Hignard qui deviendra professeur au conservatoire, notamment de Chabrier, continuera d’écrire des valses concertantes ainsi qu’un grand nombre de mélodies et de chansons.

Nous sommes à l’époque de la grande mélodie française. Nos deux amis Verne et Hignard écrivent entre 1848 et 1862 pour voix de femme, ces trésors de musicalité, de poésie et d’amitié. Ils nous offrent la grande aventure maritime, l’appel de la mer, les horizons lointains, les brumes du grand large avec Les Gabiers (seule chanson écrite pour baryton mais chantée ici par la soprano ), la Chanson scandinave, les Souvenirs d’Ecosse, la Chanson turque, La Tankadère (chanson chinoise). On est touché par la nostalgique et lyrique Berceuse évoquant l’amour de la mère pour son enfant qu’elle tient dans ses bras formant un berceau. Tout simplement est un délicieux rondo d’amour élégant et pudique. Chez Verne et Hignard, les chansons d’amour évoquent un sentiment profond, empreint de pudeur et de discrétion, loin de toute exaltation romantique. La nature est aussi très présente comme dans les Deux Troupeaux, subtile évocation des amours paysannes, très style XVIIIe siècle.

Hignard écrit une musique d’une grande finesse, rayonnante et lumineuse pour Notre Etoile, tendre message d’espoir qui fait quelque peu penser à un lied de Schubert. Son style est simple, fluide, élégante, poétique, loin de toute mélancolie. Séduisante, elle cherche avant tout à accompagner les textes de son ami Verne. Hignard privilégie le charme, l’élégance, la tendresse. Il sait aussi que ces courtes pièces seront chantées en société, dans les salons parisiens.

La soprano et le piano d’Emmanuel Strosser nous invitent au voyage dans le ton et l’imagination du génial Jules Verne et en donnent une interprétation subtile et sensible qui est un régal absolu. La soprano joue sur toutes les nuances poétiques des textes avec une élégance et un raffinement vocal enchanteurs. Quant à Emmanuel Strosser, il est à l’unisson de la musique de Hignard et accompagne avec une délicatesse, une musicalité et une finesse de couleurs qui enveloppent l’auditeur d’un charme délicieux.

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Aristide Hignard (1822-1887) et Alfred Dufresne (1822-1863) : Mélodies sur des poèmes de Jules Verne. Françoise Masset, soprano ; Emmanuel Strosser, piano. 1 CD Mirare MIR001. Enregistré en 2004. Notice bilingue. Durée totale : 40’

 
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