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Paris. Auditorium du Louvre, 13-IV-2005, 20h30, Chants liturgiques monodiques et polyphoniques de l’Espagne médiévale ; Agnus dei Christi miseracio ; Flavit auster ; Maria Virgo virginum ; Eterni numinis ; Belial vocatur ; Resurgentis Domini ; Plange Castella misera ; Ovibus pastoris/Pro ovibus ; Dominus gloriae/Domino quoniam ; Gloriose matris Dei ; Por dereito ten a Virgen ; Cedit frigus hiemale ; Fluminis/O Domina/ De Fluviis ; Cuncti simus concanentes. Ensemble Alia Musica, Direction : Miguel Sánchez ; avec la participation de l’Institut Cervantès.

Al-Andalus, à la croisée des traditions musicales

C’était le premier concert à Paris de l’ensemble Alia Musica. Fondé en 1985, il a pour objectifs principaux l’interprétation du répertoire musical du Moyen Age, aussi bien profane que liturgique, ainsi que l’étude et l’interprétation de la musique judéo-espagnole. Ce second répertoire est un mélange de la musique juive médiévale et de la tradition hispanique, influencé par le système musical arabe aussi bien que par la tradition balkanique. Alia Musica utilise ses propres analyses musicales et les apports de la musicologie la plus récente dans son domaine. Il enregistre en exclusivité pour Harmonia Mundi. Cet ensemble composé de trois chanteuses et six chanteurs parmi lesquels trois d’entre eux jouent également du luth, de la vielle à archet, des flûtes et de l’organetto (orgue miniature) ont offert un élégant concert d’œuvres anonymes du Moyen Age espagnol retrouvées dans les grandes bibliothèques et monastères de la péninsule Ibérique.

La liturgie judéo-espagnole est fondée sur les textes des plus emblématiques poètes hispano-juifs de l’ère médiévale. Elle a emprunté, surtout depuis le XVIe siècle, certains éléments au système makam (ou maqâm, structure modale de la musique savante arabe) de la musique ottomane classique en ce qui concerne les échelles, les ornementations, la micro-intonation et les structures rythmiques propres à ce système, qui reposait sur les cercles cabalistiques séfarades afin de parvenir au recueillement religieux et à la communication entre l’homme et Dieu ; c’est une musique vocalement très élaborée au service de ce mouvement mystique. Intégrée dans le calendrier hébreu des événements festifs du cycle annuel, la liturgie musicale séfarade, au moyen des prières quotidiennes, des poèmes liturgiques et du rayonnement de sa mystique, plonge l’auditeur dans les sonorités de l’âme et se met au service d’un profond sentiment religieux.

Pour les spécialistes et aficionados de la musique du Moyen Age, il convient de préciser qu’une partie des œuvres de ce concert provient du monastère de Burgos. Ce sont : Agnus dei Christi miseracio (consacré à l’Ordinaire de la Messe), Flavit auster, Maria Virgo, Eterni numinis (proses monodiques et polyphoniques, Belial vocatur (conductu-motete à quatre voix), Resurgentis Domini (Benedicamus à quatre voix) et Plange Castella misera (chant funèbre dédié à la mort de Sancho III). Une autre partie est issue du codex de Madriddont : Ovibus pastoris/Pro ovibus pour laquelle le ténor se base sur l’Alleluia Surrexit pastor bonus et le motet à deux voix Dominus gloriae/Domino quoniam reprenant le ténor du « gradual » Hec dies. Dans la Bibliothèque de l’Orfeo Català de Barcelone, on trouve dans un manuscrit provenant du Monastère de Tarragon de Scaladei et comportant des pièces polyphoniques du XIIIe siècle : Gloriose matris Dei. Enfin, dans un manuscrit conservé à la et provenant du monastère de Ripoll, on trouve le conductus Cedit frigus hiemale. En contrepoint à la polyphonie liturgique, l’ensemble Alia Musica a interprété une cantiga du roi , puis un motet en trois parties de l‘Ars Nova, Fluminis/O Domina/ De Fluviis avant d’achever ce très beau et rare concert par une danse sacrée Cuncti simus concanentes extraite du Llibre Vermell, manuscrit du XIVe siècle écrit à l’usage des moines et prédicateurs qui accueillaient les pèlerins affluant à l’un des grands centres de pèlerinage médiévaux : l’Abbaye de Montserrat.

L’ensemble Alia Musica ne se contente pas seulement d’une passionnante exploration de la musique moyenâgeuse ibérique. Il en offre une interprétation a capella solide, empreinte d’une grande spiritualité. Les voix sont très belles, parfaitement posées et la cohésion entre les chanteurs parfaite. Flavit auster chanté par deux femmes aux voix lumineuses et aériennes est ravissant de finesse, de grâce et d’élégance ainsi que l’entrée des instruments (luth, vielle à archet et flûtes) pour le superbe Por dereito ten a Virgen, chant issu des manuscrits du Palais de l’Escorial. Plange Castella misera est un beau moment d’émotion et de lumière tant spirituelle que vocale. Ce concert a offert un grand raffinement vocal et un équilibre à la limite de la perfection entre les voix masculines et féminines.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Auditorium du Louvre, 13-IV-2005, 20h30, Chants liturgiques monodiques et polyphoniques de l’Espagne médiévale ; Agnus dei Christi miseracio ; Flavit auster ; Maria Virgo virginum ; Eterni numinis ; Belial vocatur ; Resurgentis Domini ; Plange Castella misera ; Ovibus pastoris/Pro ovibus ; Dominus gloriae/Domino quoniam ; Gloriose matris Dei ; Por dereito ten a Virgen ; Cedit frigus hiemale ; Fluminis/O Domina/ De Fluviis ; Cuncti simus concanentes. Ensemble Alia Musica, Direction : Miguel Sánchez ; avec la participation de l’Institut Cervantès.

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