Bernard Mouton, directeur artistique du Printemps baroque du Sablon

ResMusica : Pouvez-vous nous rappeler brièvement votre parcours et l’évolution du festival depuis votre prise de fonction?

 : Mes premières expériences d’organisation commencent en 1990 avec une série de concerts dans la petite chapelle du XVIIe de Rochefort, région d’où je suis originaire. A la même époque, j’ai fait des études de musicologie ainsi qu’un an de dramaturgie à La Monnaie et qu’un début de collaboration avec le Festival d’été de Bruxelles et les Académies musicales de Saintes (France) pour les publications. En 2001, je succède à François Emmanuel de Wasseige à la direction artistique du festival des Midis-Minimes à Bruxelles et en 2002 à Martine Dumont-Mergeay à la direction artistique du festival du Printemps baroque du Sablon. J’aime le côté temporel d’un festival ce qui me laisse du temps pour mes autres activités de musicien.

RM : Pour son Xe anniversaire, nous retrouverons une Foire reconstituée, un repas baroque qui s’annonce gargantuesque ainsi que du théâtre. Est-ce une nouvelle orientation du festival ou simplement une occasion de sortir des sentiers battus ?

BM : A l’occasion de cet anniversaire, j’ai voulu organiser un événement qui soit tourné vers un public beaucoup plus large, mettre en valeur le coté festif du festival, monter une reconstitution historique. Les foires parisiennes du XVIIIe siècle étaient des foires commerciales mais nous intéressent surtout par les spectacles qui s’y développèrent et donnèrent naissance à l’opéra-comique. L’intrusion du théâtre parlé et chanté dans la programmation du festival est donc directement liée à la reconstitution de la foire. Dans celle que nous organisons, nous trouverons le répertoire forain avec le spectacle Polichinelle Woltche-Roland ainsi qu’un Molière qui n’a rien à voir avec le milieu des foires mais qui est le garant du classicisme du théâtre de l’Académie française et enfin Marivaux, successeur fortement inspiré par le répertoire des foires. L’intégration du théâtre pourrait être une nouvelle orientation mais je pense qu’il faut considérer la future orientation du festival dans un contexte global des arts baroques tout en conservant une idée de qualité dans la programmation et en essayant de toucher un public plus large.

RM : A l’occasion de cet anniversaire, L’Ensemble vocal et instrumental du Petit Sablon a été créé, avez-vous l’ambition de faire perdurer cet ensemble ?

BM : Je ne suis pas à la source de cet ensemble. C’est Thibaut Lenaerts, habitué de la programmation du festival, qui a refondu l’ensemble « La Chapelle Baroque » pour donner ce nouvel ensemble. Je considère que le rôle d’un festival est de soutenir de telles initiatives.

RM : Comment décrivez-vous la situation de la musique et particulièrement la musique baroque aujourd’hui, quelles sont les grandes lignes de force que vous retiendriez?

BM : Nous avons une première génération composée des Kuijken, Herreweghe, Leonhardt, qui ont débroussaillé le terrain, guidés par une démarche musicologique de reconstitution. Ces artistes ont formé une nouvelle génération d’interprètes qui doivent explorer de nouveaux répertoires pour se démarquer de leurs aînés et se caractérisent souvent par une interprétation originale, renouvelant l’univers sonore baroque. Des formations ont été constituées dans les conservatoires, ce n’est plus une expérience marginale mais la constitution d’un répertoire de plus en plus large et de plus en plus original. La démarche musicologique est toujours présente mais n’est plus la raison première.

RM : Que nous réserve le Festival dans les années à venir ? 

BM : Revenir à une thématique extra-musicale mais qui joue un rôle important dans l’histoire dans la musique et qui va nous permettre d’aborder des styles qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, avec un fil conducteur. L’idée est toujours de placer la découverte au centre de la programmation.

RM : Comment qualifiez-vous le public qui se rend au festival ?

BM : Un public de passionnés, de connaisseurs et de curieux.

RM : N’y a-t-il pas une ou deux grandes œuvres que vous rêvez de monter dans le futur ? 

BM : Il y a un projet d’opéra qui est en cours mais vu les budgets nécessaires et la structure actuelle, je préfère le garder secret pour l’instant.

RM : A propos des artistes actuels, lesquels ont toutes les grâces à vos yeux ? 

BM : La plupart des ensembles qui sont sur le marché sont intéressants mais je citerais Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre, et l’Ensemble Matheus de Jean-Christophe Spinosi.

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Crédits photographiques : © D.R.

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