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Gidon Kremer et le KREMERata Baltica

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 18-IV-2005. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violon et piano op. 134 (arr. pour violon, cordes et percussion)  ; Béla Bartók (1881-1945) : Musique pour cordes, percussion et célesta, Sz. 106 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Adagietto extrait de la 5e Symphonie ; Leonard Bernstein (1918-1990) : Serenade for Violin and Orchestra. Gidon Kremer : Violon ; Ensemble KREMERata Baltica, Amsterdam Sinfonietta, direction : Gustavo Dudamel.

Une musique d’ensemble, pleine de rage et de haine…

Le Bozar nous convie ce soir à un concert réunissant Gidon Kremer, le digne descendant de David Oïstrakh, accompagné de son ensemble KREMERata Baltica et l’Amsterdam Sinfonietta, sous la direction de Gustavo Dudamel. Seulement 2 ans après être entré dans la classe de David Oistrakh au Conservatoire de Moscou, Gidon Kremer devint troisième lauréat au Concours Reine Elisabeth, complétant ainsi son palmarès du Concours Tchaïkovski à Moscou et Paganini à Gênes. Son nom est associé à de nombreux compositeurs, tels Alfred Schnittke, Arvo Pärt, Sofia Gubaïdulina, dont il a créé les œuvres. Il donna ainsi une impulsion importante à la musique contemporaine.

Il faut beaucoup de temps à l’orchestre pour créer l’ambiance sinistre du premier mouvement de la sonate de Chostakovitch, composée peu de temps avant la Quatorzième symphonie consacrée au thème de la Mort, et de son expérience personnelle de l’agonie à laquelle Chostakovitch a été confronté tout au long de sa vie. L’orchestre, peu sûr et convaincu, donne l’impression de ne pas savoir où aller et coupe l’herbe sous le pied du soliste qui faisait preuve d’une grande maîtrise technique et tirait le meilleur de son Guarneri del Gesù.

L’Allegretto, conçu comme une sorte de lutte dialoguée entre le soliste et l’orchestre, donne l’avantage à l’orchestre, alors que, dans la version avec piano, c’est au violon que revient cet avantage. C’est une musique méchante, pleine de rage et de haine : le thème banal de rengaine est successivement présenté dans tous les registres, et vacille sur des assises tonales incertaines, se pare de couleurs criardes ; C’est un néant qui se donne des airs d’importance. L’interprétation est sans complaisance, ni pour les goûts du public, ni pour un idéal esthétique, quel qu’il soit. Seule la vérité d’une expérience amère et empreinte de fureur a force de loi.

Le troisième mouvement est tout à fait différent, avec son thème de onze mesures qui sert de base à 24 magistrales variations ostinato. Le très beau passage en pizzicato de la partition n’offre pas l’effet escompté qu’on retrouve pourtant, dans la version pour piano.

Cet arrangement de Michail Zinman et Andrei Pushkarev dénature cette sublime sonate dédicacée à David Oïstrakh et lui ôte toute subtilité. Les couleurs des cordes n’arrivent pas à créer ce climat pesant et perturbent l’équité sonore en faisant, trop souvent, passer le soliste en arrière-plan. On regrette de voir, à de nombreuses reprises, les musiciens battre la mesure du pied ou s’échanger des sourires durant des passages inspirant pourtant le plus grand recueillement.

Pour la suite du concert, s’ajoutent les musiciens de l’Amsterdam Sinfonietta dirigés par le chef vénézuélien Gustavo Dudamel. Sa présence donne une toute autre dimension à la formation et insuffle une nouvelle énergie, l’orchestre se sent plus impliqué, plus sûr de lui, beaucoup plus réactif, nous offrant un Bartók mêlant rigueur et poésie, très bien restituées par les musiciens.

Ceux qui jugent le choix de l’adagietto de Mahler, parmi le programme de ce soir, trop facile en regard des autres œuvres programmées, devraient bien examiner la partition, et voir le soin et le raffinement apportés à chaque ligne mélodique, cette sensation d’apesanteur, en évitant d’introduire dans les deux premières mesures la note fondamentale de l’accord et la série de retards à la fin du morceau – comme si chaque note hésitait à redescendre et retrouver sa place au sein de l’accord parfait. Malgré la très belle inspiration dont fait part l’orchestre, nous regrettons, dès le début, cette sensation très nette d’une mesure trop démultipliée, quelques problèmes de justesse et un timbre disparate. Nous sommes surpris d’être déjà arrivés à la fin de l’œuvre après un morendo bien trop court et assez inégal.

Pour terminer la prestation, Gidon Kremer nous offre la très jolie Sérénade de Bernstein, une œuvre personnelle inspirée du Banquet de Platon. L’enfant terrible du violon met son style fantasque et coloré au service de la pensée moderne du compositeur qui, même si son orchestration est parfois un peu stéréotypée ou facile, donne un sens à l’idée d’une musique américaine.

Crédits photographiques : © Knud Rauff pour Gidon Kremer et Wolfgang Roloff pour le KREMERata Baltica.

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 18-IV-2005. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Sonate pour violon et piano op. 134 (arr. pour violon, cordes et percussion)  ; Béla Bartók (1881-1945) : Musique pour cordes, percussion et célesta, Sz. 106 ; Gustav Mahler (1860-1911) : Adagietto extrait de la 5e Symphonie ; Leonard Bernstein (1918-1990) : Serenade for Violin and Orchestra. Gidon Kremer : Violon ; Ensemble KREMERata Baltica, Amsterdam Sinfonietta, direction : Gustavo Dudamel.

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