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Measha Brueggergosman : concert bancal

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Montréal, Centre Pierre-Péladeau, Salle Pierre-Mercure. 25-IV-2005. Maurice Ravel (1875-1937) Shéhérazade ; Henri Duparc (1848-1933) L’invitation au voyage, Chanson triste, Élégie et La vie antérieure ; Joseph Marx (1882-1964) Selige Nacht, Und gestern hat er mir Rosen gebracht, Waldseligkeit, Hat dich die liebe berührt  ; Xavier Montsalvatge (1912-2002) Cinco canciones negras ; Arnold Schœnberg (1874-1951) Brettl-Lieder (Extr. ) ; William Bolcom (né en 1938) Cabaret Songs (Extr. )  ; Measha Brueggergosman, soprano  ; J. J. Penna, piano.

Concours Musical International de Montréal

Measha Brueggergosman fut la première lauréate à obtenir le Premier Prix lors de l’édition du Concours de chant de Montréal en 2002. Ce fut une belle victoire bien méritée. Nous avions suivi son parcours lorsqu’elle rata de peu le Premier Prix au Concours des Jeunesses Musicales du Canada (JMC) ravi par la contralto Marie-Nicole Lemieux avant que celle-ci remporte un autre Premier Prix, celui du Concours Reine Elisabeth de Belgique en 2000.

Soirée de retrouvailles pourrait-on dire avec la jeune soprano de 27 ans, originaire du Nouveau-Brunswick, qui nous a offert un concert fort inégal au choix contestable. Les moyens sont impressionnants : il faut souligner la voix plus forte que raffinée, plus vaste que bien éduquée, plus profonde que réellement inspirée, dans un répertoire, du moins en partie, peu fait pour elle. L’artiste cherche et parvient à établir un lien avec le public. Mais du point de vue strictement vocal, tout n’est pas parfait dans ce concert. Nous restons amarré au port avec les trois mélodies de Ravel, son interprétation étant trop éloignée du style exigé, nous la prenons trop souvent en défaut dans une déclamation française approximative et facticement scandée et «l’immense oiseau de nuit» a bien du mal à déployer ses ailes et à prendre son envol «dans le ciel d’or». Cela devient caricatural dans la dernière mélodie, L’indifférent, où elle s’appuie sur chaque syllabe et fait un sort à chaque note. On reste ancré les deux pieds bien au sol, loin de l’aérienne et voluptueuse légèreté créé par Ravel. Ce n’est tout simplement pas son univers. Le Duparc manque d’intensité et d’intériorité. Sait-elle seulement ce qu’elle chante ? C’est le piano de J. J. Penna qui répond en partie à cette lacune, lui ravissant la vedette par une appoggiature descendante tandis que la chanteuse renvoie une plainte monochrome puis gonfle sa voix à l’échelle d’un tintamarre assourdissant. Cet autre univers fait de subtilité et de finesse lui est totalement étranger. Moins probants que les mélodies de Duparc, les quatre lieder de Joseph Marx appellent les mêmes réserves. Partout, il faut bien le reconnaître, Measha Brueggergosman ne fait pas dans la dentelle. Il est vrai que le public fort enthousiaste, trop friand d’applaudir après chaque mélodie ou lied empêchait sans doute la concentration que nécessitent ces pièces. On se serait cru par moment dans la salle paroissiale de quelque village éloigné. On applaudit à tout rompre sans attendre la fin du cycle. Réjouissances pour les uns, manque de goût flagrant pour les autres. Enfin, on retrouve l’artiste mieux inspirée et beaucoup plus à l’aise dans les Cinco canciones negras de Montsalvatge, où elle donne une vision moins forcée de l’œuvre, passant à un univers tout empourpré de sensualité latine aux milles facettes, évoquant avec justesse ses appétences naturelles. Autre monde, celui du «cabaret» avec les Quatre lieder tirés des Brettl-Lieder d’Arnold Schœnberg. Tendresse, ironie, sensualité caractérisent ces compositions. On reste pantois, dans un univers parallèle avec les Quatre Cabaret Songs de William Bolcom, plus près de la dérision ou du n’importe quoi. L’humour bon enfant de la soprano qui joue la grosse fille joufflue et espiègle fait fondre le peu de réserve (s’il en reste) du public, à la condition bien sûr, d’apprécier la blague insipide du compositeur américain. D’ailleurs, elle a participé à l’enregistrement des Songs of Innocence and Experience de William Bolcom (chez Naxos) sous la direction de Leonard Slatkin.

Retenons que la jeune soprano est en début de carrière. Que nous réserve-t-elle ? Le concert du 25 avril n’inspire rien de bon. Il s’agit d’une artiste véritable qui pourrait nous surprendre par sa grande capacité d’adaptation. Se cherche-t-elle un créneau ? Pourtant, Measha Brueggergosman s’est déjà produite au Kennedy Center de Washington et au Carnegie Hall à New York. Elle a fait ses débuts remarqués avec l’Orchestre symphonique de San Francisco dans la Messe glagolitique de Janacek sous la direction de Michael Tilson-Thomas et avec l’Orchestre symphonique allemand de Berlin dans les Quatre derniers lieder de Richard Strauss. Elle a enfin enregistré Les Nuits d’été de Berlioz et des airs de Massenet avec l’Orchestre symphonique de Québec sous la direction de Yoav Talmi. Le CD SRC-CBC devrait paraître tout prochainement.

Crédit photographique : © DR

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Montréal, Centre Pierre-Péladeau, Salle Pierre-Mercure. 25-IV-2005. Maurice Ravel (1875-1937) Shéhérazade ; Henri Duparc (1848-1933) L’invitation au voyage, Chanson triste, Élégie et La vie antérieure ; Joseph Marx (1882-1964) Selige Nacht, Und gestern hat er mir Rosen gebracht, Waldseligkeit, Hat dich die liebe berührt  ; Xavier Montsalvatge (1912-2002) Cinco canciones negras ; Arnold Schœnberg (1874-1951) Brettl-Lieder (Extr. ) ; William Bolcom (né en 1938) Cabaret Songs (Extr. )  ; Measha Brueggergosman, soprano  ; J. J. Penna, piano.

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