Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Emmanuel Pahud et Eric Le Sage, élégance et style

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Bruxelles. Conservatoire Royal de Musique. 17-IV-2005. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Sonate pour flûte et piano ; Bohuslav Martinu (1890-1959) : Sonate pour flûte et piano ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour flûte et piano ; César Franck (1822-1890) : Sonate en la majeur pour violon et piano (transcription d’Emmanuel Pahud). Flûte : Emmanuel Pahud, ; piano : Eric Le Sage.

Pour le concert de ce soir, ces deux artistes proposent un programme consacré à des sonates pour flûte et piano, de compositeurs français (Poulenc et Franck) et tchèques (Schulhoff et Martinu), pour qui l’expérience parisienne fut un tournant dans leur manière de composer. En effet, Poulenc, Schulhoff et Martinu ont suivi là une importante formation musicale ; ils ont été directement confrontés à la vie culturelle de la capitale française, où on pouvait entendre des musiques d’horizons divers. Tout en s’exilant dans la Ville-Lumière, les deux compositeurs tchèques n’ont jamais renié leurs racines, reconnaissables dans leur musique. Ce répertoire fait honneur à la musique française avec ses trois monuments du répertoire pour flûte, mais aussi par la transcription de la sonate pour violon de Franck, chère à Marcel Proust (même si d’autres hypothèses existent). Toute personne qui lit Proust ne peut oublier la « petite sonate de Vinteuil » qui obsède constamment Swann, lors de ses visites chez les Verdurin, témoin, ce passage, extrait de « à la recherche du temps perdu : «Cette soif d’un charme inconnu, la petite phrase l’éveillait en lui, mais ne lui apportait rien de précis pour l’assouvir. De sorte que ces parties de l’âme de Swann où la petite phrase avait effacé le souci des intérêts matériels, les considérations humaines et valables pour tous, elle les avait laissées vacantes et en blanc, et il était libre d’y inscrire le nom d’Odette. Puis à ce que l’affection d’Odette pouvait avoir d’un peu court et décevant, la petite phrase venait ajouter, amalgamer son essence mystérieuse. »

On peut considérer comme un des très grands flûtistes de la génération actuelle. Il mène, parallèlement à sa carrière à l’Orchestre Philharmonique de Berlin, une vie musicale riche en récitals, et s’affirme également en tant que chambriste réputé. Durant tout le concert, livre une prestation de très haut niveau. Il possède une technique et une justesse parfaites ; il projette sa sonorité, riche et puissante, avec une aisance que beaucoup de flûtistes lui jalousent. Son phrasé est souple et aucune phrase mélodique n’est le fruit du hasard. Même dans les nuances extrêmes, il conserve sa précision et parvient même à simuler, dans la sonate de Franck, le vibrato du violon. Accompagner une personnalité telle que celle-ci n’est pas chose facile, et, malgré une prestation correcte, Eric Le Sage reste en retrait, se réfugie dans son rôle d’accompagnateur. Le répertoire de ce soir est loin d’être réducteur pour le piano ; Eric Le Sage aurait pu s’affirmer un peu plus et s’élever au même niveau que le flûtiste. Dans la sonate de Martinu, on regrette également le très dérangeant accompagnement du talon du pianiste, qui marque avec beaucoup d’insistance les contre-temps. Il ne s’agit pourtant pas d’une sonate pour flûte, piano et accompagnement de claquettes!

La très attendue sonate de Franck pourrait presque convaincre le public qu’elle ait été composée pour flûte, et non pour violon. Certains effets restent toutefois beaucoup plus convaincants avec des cordes frottées, mais le style élégant et raffiné d’ nous fait vite oublier ces reproches de puristes.

Crédit photographique : © DR.

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Bruxelles. Conservatoire Royal de Musique. 17-IV-2005. Erwin Schulhoff (1894-1942) : Sonate pour flûte et piano ; Bohuslav Martinu (1890-1959) : Sonate pour flûte et piano ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour flûte et piano ; César Franck (1822-1890) : Sonate en la majeur pour violon et piano (transcription d’Emmanuel Pahud). Flûte : Emmanuel Pahud, ; piano : Eric Le Sage.

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