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Gli amore d’Apollo e Dafne : Baroque en toc !

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Bruxelles. Kaiitheater. 22-V-2005. Francesco Cavalli (1602-1676) : Gli Amori d’Apollo e i Dafne, livret de Giovanni Francesco Busenello. Mise en scène : Beatriz Catani ; décors et costumes : Mariana Tirantte ; lumières : Alejandro Leroux. Avec : Adriana Mastrangelo, Dafne ; Esteban Manzano, Apollo ; Graciela Oddone, Aurora/Ninfa ; Pablo Pollitzer, Cefalo/Morfeo ; Maria Jesùs Pavan, Procris/Ninfa/Musa ; Sonia Stelman, Amore/Itaton/Musa/Ninfa ; Ana Santorelli, Filena/Ninfa/Musa ; Antonio Seoane, Titane ; Nahuel Di Pierro, Giove/Panto/Peneo/Pastore ; Alejandro Meerapfel, Alfesibeo/sonno/Pastore ; Miguel Maidana, Cirilla/Pastore/Pan ; Rosana Bravo, Venere/Ninfa. Acteurs : Lean Dogodny, Nestor Duca, Hector Magnoli, Rosa Marco, Andrés Martinez, Juan José Schiaffino. Ensemble Elyma, direction : Gabriel Garrido

En mai, le printemps bruxellois s’illumine du Kunstenfestivaldesarts. Une manifestation transdisciplinaire, multiculturelle et bi-communautaire qui instaure un dialogue entre les expressions artistiques. Essentiellement axé sur la danse et le théâtre, le « Kusten » n’en oublie pas pour autant la musique. Dès 1998, le festival avait amorcé un cycle autour des opéras de Monteverdi. On se souvient avec émotion du travail de l’artiste pour il Ritorno d’Ulisse en patria. Devant cet immense succès artistique et musical la direction du festival a décidé de poursuivre l’aventure et d’inaugurer un nouveau projet autour de la figure de Giovanni Francesco Busenello, librettiste de Monteverdi et de Cavalli. Programmé sur trois ans et avec la complicité de l’excellent , ce parcours verra se succéder des metteurs en scènes qui à l’exception du Suisse Marthaler pour un très attendu Couronnement de Poppée (2006), sont étrangers au domaine de l’opéra.

Gli Amori di Apollo e i Dafne est une adaptation, d’après Ovide, de l’histoire de la métamorphose en laurier de la chaste et libre Daphné. Cavalli et Busenello se plaisent à faire éclater les formes et à multiplier l’action à travers l’évolution des couplesformés par Titon et Aurore et Céphale et Procris. Face à cette partition méconnue, s’est retrouvé face à un texte musical lacunaire qui ne mentionnait que la basse continue. Le chef a donc recrée, pour un ensemble, une orchestration qui rend à merveille les émotions. Cependant si l’œuvre apparaît musicalement magnifique et envoûtante, elle connaît certaines limites dans sa structure et son efficacité dramatique : la multiplicité et le parallélisme des histoires débouchent sur un statisme quelque peu ennuyeux. Mais Garrido sait animer le discours et donner à ses troupes toute la vigueur nécessaire pour éviter tout enlisement. Sous sa direction l’ensemble suisse Elyma fait des merveilles. Les chanteurs (sur lesquels le feuillet du festival est curieusement avare en indications) d’origine hispanique sont excellents. Ces voix purement baroques s’avèrent formidablement musiciennes. Relevons quelques noms que l’on espère entendre à nouveau : le ténor Esteban Manzano, formidable Apollon au timbre étincelant et à la musicalité impressionnante ; la mezzo Adriana Mastrangelo, une Dafne du styleou la soprano Sonia Stelman irrésistible en Amour.

Le gros point noir de ce spectacle réside dans la réalisation scénique de l’Argentine Beatriz Catani. Le travail de cette habituée du théâtre expérimental est tout simplement scandaleux. Visiblement la scénographe a consciencieusement bachoté son sujet et elle se plait à nous montrer qu’elle connaît les grands traits de l’histoire de l’opéra baroque en usant jusqu’à l’absurde de symboles « hommages » à la machinerie baroque : une cigale, un cœur mécanique, de l’eau, de la glace … La présentation du spectacle insiste sur la nécessité de « faire entendre les résonances actuelles de cette œuvre ancienne en cherchant des modes de représentations qui la mettent au diapason de notre époque ». Forcément dans cette optique, l’« ancienne » pièce de Cavalli devient un prétexte au fade message de Beatriz Catani sur l’amour et le temps. Dès lors, une pièce dans la pièce, en espagnol, nous montre un groupe de vieillards nous conter leurs amours perdus … La direction d’acteur est affligeante et anti-musicale : les chanteurs stratifiés dans des « aires » symboliques sont accompagnés d’autres personnages qui illustrent l’action. Inutile de dire que ce procédé gène la concentration et détourne de la progression dramaturgique. Tout est lourd et les effets sont téléphonés. D’autant plus que certaines images pseudo-choquantes et ridicules ne font pas long feu : caresses entre filles, séance de pelotage entre deux acteurs vieillissants, copulation avec le sol qui fait pousser des plantes … Inutile de s’attarder sur les décors et les costumes, ils sont à l’avenant! Espérons que Marthaler, directeur d’acteur de génie, puisse apporter un nouvel élan à ce cycle et relever le niveau scénique après ce ratage. Mais on peut légitimement se questionner sur ce qui pousse un musicien aussi exigeant que Gabriel Garrido à cautionner une telle mélasse scénique.

Crédit photographique : © Herman Sorgeloos

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Bruxelles. Kaiitheater. 22-V-2005. Francesco Cavalli (1602-1676) : Gli Amori d’Apollo e i Dafne, livret de Giovanni Francesco Busenello. Mise en scène : Beatriz Catani ; décors et costumes : Mariana Tirantte ; lumières : Alejandro Leroux. Avec : Adriana Mastrangelo, Dafne ; Esteban Manzano, Apollo ; Graciela Oddone, Aurora/Ninfa ; Pablo Pollitzer, Cefalo/Morfeo ; Maria Jesùs Pavan, Procris/Ninfa/Musa ; Sonia Stelman, Amore/Itaton/Musa/Ninfa ; Ana Santorelli, Filena/Ninfa/Musa ; Antonio Seoane, Titane ; Nahuel Di Pierro, Giove/Panto/Peneo/Pastore ; Alejandro Meerapfel, Alfesibeo/sonno/Pastore ; Miguel Maidana, Cirilla/Pastore/Pan ; Rosana Bravo, Venere/Ninfa. Acteurs : Lean Dogodny, Nestor Duca, Hector Magnoli, Rosa Marco, Andrés Martinez, Juan José Schiaffino. Ensemble Elyma, direction : Gabriel Garrido

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