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Beethoven par Herreweghe au Bozar

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 02-VI-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°2 en Ré majeur, Opus 36 et n°6 en Fa majeur Op. 68 « Pastorale » deFilharmonie, direction : Philippe Herreweghe.

Manque d’affinité

Cette troisième étape du cycle de l’intégral des symphonies de Beethoven par « deFilharmonie » (ex-Orchestre Royal Philharmonique des Flandres) dirigée par , avec deux symphonies paires, qu’on pourrait qualifier de « piégeuses », car leur caractère moins entier que celui d’une Ut mineur, en fait des œuvres qu’on ne peut pas se contenter de jouer vite et fort pour emporter l’adhésion. Le premier mouvement de la deuxième symphonie est virevoltant et énergique, le tempo est vif, le chef fait danser son orchestre avec bonhomie, soulignant les angles et soignant le rebond rythmique. Une approche résolument premier degré, mais plutôt réussie malgré certaines raideurs. On tombe de haut pour la suite, dans laquelle le chef semble n’avoir développé que ce qui était potentiellement gênant dans le mouvement initial : la raideur et l’absence de chant. Un Larghetto décousu, sans chaleur ni poésie, aux phrasés hachés et controuvés, un scherzo brutal et austère, sans sourire, ni flamme ni élan, et un finale banal et anecdotique, aux accents mous et fatigués.

La technique de direction du chef, qui multiplie les mouvements incohérents et ressemble souvent à un boxeur en train de s’échauffer, est pour le moins déroutante, l’orchestre fait de son mieux pour la suivre, mais les limites du quatuor se font vite entendre : manque de souplesse, virtuosité collective limitée, sonorité peu avenante. Les bois sont meilleurs, fruités et incisifs, mais les cuivres sont peu sûrs, les cors étant prodigues en « canards » de toutes sortes.

La symphonie pastorale, plus narrative, convient mieux au chef gantois. Sa direction manque encore d’ampleur et de lyrisme dans le chant de louanges final, et la scène au ruisseau après un début raisonnablement poétique et chantant a tendance à tourner en rond, mais les autres mouvements sont bien mieux conduits, moins secs et péremptoires que dans la Symphonie n°2, avec notamment un orage assez impressionnant de vigueur et d’électricité. L’orchestre, aux cordes encore à la limite, s’en tire néanmoins avec les honneurs, grâce entre autres à l’excellente Eliz Erkalp, qui a pris le pupitre de premier corniste pour cette VIe Symphonie et qui fait une très belle impression dans la fête paysanne, de concert avec ses collègues flûtistes et hautboïstes. La battue d’Herreweghe, toujours hétérodoxe, est quand même plus lisible et plus souple, le public ayant enfin l’occasion de voir ses mains plutôt que seulement son dos et ses coudes.

Ce n’était certes pas la version de l’année de la Pastorale, mais le ratage du début de concert est au moins en partie effacé, et on aurait pu quitter la salle sans trop de dépit si Herreweghe et son orchestre n’avaient pas gratifié un public mollement enthousiaste d’un bis pour le moins inattendu : le scherzo de la IIe Symphonie. Pratique curieuse, car nous ne savions pas que Beethoven avait composé les mouvements de ses symphonies pour des exécutions séparées. Coriolan, Les Ruines d’Athènes ou Egmont auraient certainement été préférables, et cette attitude pour le moins désinvolte (Herreweghe se permettrait-il de donner Erbarme dich comme bis après une Passion de Bach?) semble symptomatique du manque d’affinité que ce chef, qui nous a donné tant de joies dans d’autres répertoires, semble entretenir vis à vis de l’univers symphonique de Beethoven.

Crédit photographique : © Miel Pieters

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Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 02-VI-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonies n°2 en Ré majeur, Opus 36 et n°6 en Fa majeur Op. 68 « Pastorale » deFilharmonie, direction : Philippe Herreweghe.

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