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Une exécution sanguine par Mikko Franck

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 12-VI-2005. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 « Tragique » en la mineur. Orchestre National de Belgique, direction : Mikko Franck.

La tragique de

, le directeur musical et chef titulaire de l’, est un chef assez déroutant. Très jeune – il a à peine trente ans – il a été invité par les phalanges les plus prestigieuses, Berliner Philharmoniker, Chicago Symphony Orchestra, Orchestre de Chambre d’Europe, Gewandhaus de Leipzig… et d’autres encore, mais il semble parfois étonnamment routinier et peu impliqué lorsqu’il doit diriger l’ONB, surtout quand il sort de son répertoire de prédilection (Sibelius, Rautavaara, Tchaïkovski, Chostakovitch… ). Quand il est inspiré par contre, ses retrouvailles avec son orchestre, qu’il fait très bien travailler, peuvent faire des étincelles. Cette symphonie n°6 de Mahler, avec ses accents militaires et son côté bestial convient bien au jeune chef finlandais qui en donne une version sanguine, aux contrastes appuyés et à la violence assumée mais très contrôlée.

L’allegro energico initial impressionne par ses brusques changements de climats, entre une marche cinglante et amère, au tempo assez retenu, et un deuxième thème à l’énergie velléitaire. Le développement de ce premier mouvement est bien maîtrisé, malgré quelques baisses de tension dues à certains alanguissements du tempo. Très beau moment d’apaisement lors de l’épisode aux cloches de vaches, avant un accelerando à toute vapeur lors d’une coda triomphante.

Surprise lors du deuxième mouvement : le chef revient à la disposition initialement voulue par Mahler avec l’andante moderato précédant le scherzo. Ce retour au choix de Mahler, de plus en plus répandu, est intéressant car il modifie la perception qu’on peut avoir de cette symphonie, le scherzo devenant, après l’apaisement relatif du mouvement lent, une « rampe de lancement » pour le finale, mais il faudra encore du temps avant que cet agencement semble « naturel » car l’oreille est tellement habituée à entendre le rythme déhanché du scherzo juste après les accents victorieux de la fin du premier mouvement que le début de l’andante sonne bizarrement. Ce mouvement est dirigé avec beaucoup de lyrisme et d’émotion par le chef finlandais qui sollicite très souvent ses cordes, leur demandant toujours plus d’engagement et de chaleur. Scherzo au rythme assez lourd pour suivre, très rustique et relativement peu grinçant, avant un allegro final à la mise en place parfaite, aux épisodes très bien détaillés, d’une énergie farouche et combative, mais qui finira inéluctablement par sombrer devant les coups de marteau d’un destin d’une noirceur implacable.

L’ fait de jolis progrès depuis qu’il a été pris en main par . Celui-ci, excellent violoniste de formation, accorde beaucoup d’attention à un ensemble de cordes remarquablement précises et ductiles, à la sonorité vif-argent. Ce travail sur les cordes semble malheureusement se faire un peu aux dépens d’un ensemble de souffleurs qui sont parfois laissés à eux-mêmes, assez imprécis et instables (dans le mouvement lent surtout), alors qu’ils sont d’habitude d’un bien meilleur niveau. Belle prestation des cors, malgré une grosse faute dans le scherzo, et des cuivres, à la sonorité éclatante.

Crédit photographique : © DR

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 12-VI-2005. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 « Tragique » en la mineur. Orchestre National de Belgique, direction : Mikko Franck.

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