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Vladimir Jurowski dirige le LPO, la situation est sous contrôle

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 21-VI-2005. Olivier Messiaen (19081992) : l’Ascension, quatre méditations pour orchestre. Alban Berg (1885-1935)  : concerto pour violon et orchestre « à la mémoire d’un ange ». Piotr Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur « pathétique ». Elisabeth Batiashvili, violon. London Philharmonic orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

Projeté très rapidement sous les feux de la rampe, , fils du chef d’orchestre Michael Jurowski, s’imposa comme l’une des jeunes baguettes à suivre. Directeur musical du festival de Glyndebourne et premier chef invité du London Philarmonic, il accumule les invitations prestigieuses : Metropolitan Opera, Opera National de Paris, Orchestre symphonique de la radio bavaroise…Le nombreux public du Palais des Beaux-arts était donc impatient de l’entendre dans cet ambitieux programme. Notons tout d’abord que le London Philarmonic est apparu sous un jour un peu pâle. Certainement fatigué par une mini tournée placée en plein festival de Glyndebourne où il assure les services de fosse, il n’a pas été à la hauteur de sa réputation : des cuivres neutres et assez brutaux et des cordes qui manquent de galbe et d’homogénéité… Seuls les excellents bois nous ont livré une prestation d’intérêt. Sans être scandaleuse ni déshonorante, la performance de l’orchestre gâche un peu notre bonheur.

L’Ascension d’ est une partition de jeunesse écrite en 1932 et créée en 1934. Elle témoigne déjà d’une maîtrise du langage harmonique et d’une grande science de l’orchestration. Sorte de petit concerto pour orchestre, elle permet aux différents pupitres de se mettre en valeur. Alors qu’ est curieusement assez absent du répertoire des chefs d’orchestres russes, se lance dans une lecture efficace et sensuelle de la partition. Il tire des timbres transparents des trois premières parties, alors que la prière du « Christ montant vers son père » prend des accents plus sombres et russes. Cependant, on pouvait espérer une interprétation plus mystique de cette œuvre.

La jeune violoniste Elisabeth Batiashvili, moins médiatique que ses camarades Hilary Hahn ou Julia Fischer présente pourtant un pedigree prestigieux : second prix du concours Sibelius en 1995 et prix Léonard Bernstein du Festival du Schleswig-Holstein en 2003. Assez connue en Grande-Bretagne, elle se produit avec les grands orchestres anglais, américains et japonais. En 2001, le public bruxellois l’avait déjà entendue dans un fort décevant concerto de Sibelius. Assurément le langage plus pessimiste et plus intériorisé d’ lui convient mieux. L’interprétation, très tendue, se révèle d’une surprenante fragilité et d’une touchante humanité. Dans une œuvre où toute démonstration de froide technique est à bannir, cette approche est particulièrement convaincante d’autant plus que Jurowski, attentif à la moindre inflexion, lui offre un superbe écrin.

Morceau de bravoure du programme, la symphonie pathétique se devait d’être le sommet de ce concert. Dès l’adagio initial, la maîtrise affichée par le chef d’orchestre est impressionnante. Dans des tempi larges, chaque moment, chaque phrase, est pensé et réfléchi. Le chef ménage de ténébreux silences entre les thèmes et les déchirements intérieurs à l’Allegro non troppo explosent avec d’autant plus de force. La Valse est faussement optimiste et l’Allegro molto vivace particulièrement âpre. Entamé dans un tempo assez rapide, l’Adagio lamentoso final se situe un peu en retrait, faute d’un orchestre qui ne se lâche pas assez en dépit des efforts du musicien. Sans atteindre le niveau de Gergiev et de Muti qui peuvent être incendiaires dans cette œuvre, la vision personnelle de Jurowski est une grande réussite. Avec un orchestre plus docile et moins de contrôle intellectuel sur le discours, le jeune russe pourra se hisser au niveau de ses prestigieux aînés.

Crédit photographique : © Sheila Rock

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Bruxelles, Palais des Beaux-Arts. 21-VI-2005. Olivier Messiaen (19081992) : l’Ascension, quatre méditations pour orchestre. Alban Berg (1885-1935)  : concerto pour violon et orchestre « à la mémoire d’un ange ». Piotr Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°6 en si mineur « pathétique ». Elisabeth Batiashvili, violon. London Philharmonic orchestra, direction : Vladimir Jurowski.

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