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Sublimissime Marilyn Horne dans Orlando Furioso !

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Antonio Vivaldi (1678-1741) Orlando Furioso. Mise en scène et décors : Pier Luigi Pizzi. Costumes : Jennifer Green. Lumières : Thomas J. Munn. Avec : Marilyn Horne, Orlando ; Susan Patterson, Angelica ; Kathleen Kuhlmann, Alcina ; Sandra Walker, Bradamante ; Jeffrey Gall, Ruggiero ; William Matteuzzi, Medoro ; Kevin Langan, Astolfo. Chœur et orchestre de l’Opéra de San Francisco (chef de chœur : Ian Robertson), direction : Randall Behr. Réalisation Brian Large. Enregistré en 1989 à l’Opéra de San Francisco. Sous titrage en allemand, français, italien, espagnol. 1DVD Arthaus Music 100210. Zones 2, 5. 147 minutes

 

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Dès le lever de rideau, on reconnaît immédiatement la patte de Pier Luigi Pizzi : décors somptueux, colonnes blanches. Nous sommes à San Francisco, il faut que le spectateur en aie pour son argent, qu’il soit épaté, qu’il pousse des oh! et des ah! d’admiration. Marilyn Horne porte une inévitable tunique longue et un casque à panache, costume qui ne l’a jamais fait ressembler à un chevalier du moyen âge, mais qui est plus ou moins l’uniforme de travesti dans lequel nous l’avons adulée tant de fois : Arsace, Tancredi… Les autres protagonistes arborent d’ailleurs le même genre de casque à plumes, ou alors d’énormes diadème, et de somptueux costumes flashy, couleur stabylo boss : rose tendre pour Ruggiero, vert prairie pour Bradamante, jaune et violet pour Alcina…

C’est que Pizzi, en très grande forme, n’a pas cherché à rendre crédible cette histoire qui survole les situations tirées du poème épique de l’Arioste, que les spectateurs de l’époque connaissaient par cœur, qui ne nécessitait donc pas pour eux de longues explications de texte. Bradamante se promène librement dans le palais de la magicienne Armida sans que personne ne s’en aperçoive? Aucune importance, le public connaissait les tenants et les aboutissants de ses allées et venues, le principal étant que son cœur soit brisé par la trahison de Ruggiero, et qu’elle l’exprime par le chant. Pour le spectateur moderne, la situation est plus délicate. L’œuvre de l’Arioste est bien lointaine, et même s’il connaît l’Alcina de Haendel ou le Roland de Lully, sa connaissance est suffisamment parcellaire pour que toutes ces entrées et ces sorties sans raisons lui paraissent suspectes.

C’est probablement pour cette raison que Pizzi opte pour la distanciation ironique dans la direction d’acteurs, la surenchère dans le faste des décors et des costumes, l’abus de carton-pâte dans les scènes d’action. C’est extrêmement réussi, on a l’impression d’être vraiment transporté à Venise au temps des castrats, quand la réalité dramaturgique importait peu et que seuls comptaient les fastes de la scène et les splendeurs vocales.

Et si nous sommes servis au plan du faste des décors : chevaux ailés tout dorés, statues vivantes, gondoles, etc. Nous le sommes tout autant au plan des splendeurs vocales. Dès son entrée dans le célébrissime « Nel profondo », Marilyn Horne est anthologique, la plus expressive, la plus véloce, la plus inventive dans les variations, la plus belle de timbre, la meilleure. Scènes de folie du IIe et du IIIe acte encore supérieurs, s’il est possible, dans les parties de récitatifs que d’ariosos. Non pas du grand art, mais de l’art, tout simplement. Malgré cette personnalité écrasante, les autres protagonistes tiennent fort bien leur partie, à commencer par la belle Alcina de Kathleen Kuhlmann, qui connaît tout aussi bien que sa partenaire le sens du mot belcanto, et la Bradamante au beau timbre de Sandra Walker. Susan Patterson en Angelica na démérite pas, tout au plus aurait-on aimé une voix un peu moins acide, un peu moins soubrette. Jeffrey Gall n’a pas le plus beau timbre du monde, et il émet parfois des sons un peu douteux. Depuis 1989, date de cette production, les contre-ténors ont réalisé beaucoup de progrès technique, et une nouvelle génération possédant des voix plus suaves et plus puissantes a vu le jour. Jeffrey Gall était, à l’époque, le meilleur choix possible. William Matteuzzi est un chanteur surtout à l’aise dans les vocalises débridées et les suraigus extravagants. Pas de chance, l’air qui lui est dévolu est plutôt de caractère élégiaque, et ne met pas ces qualités en valeur. Il se rattrape en ornementant délicatement et savamment la reprise.

L’orchestre de l’Opéra de San Francisco, sous la direction de Randall Behr, est tout simplement impeccable, flûte et violon solo montant sur scène, en costume, pour accompagner les arias qu’ils accompagnent. Un DVD dont tout amoureux de Vivaldi ou de Marilyn Horne ne saurait se passer.

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Antonio Vivaldi (1678-1741) Orlando Furioso. Mise en scène et décors : Pier Luigi Pizzi. Costumes : Jennifer Green. Lumières : Thomas J. Munn. Avec : Marilyn Horne, Orlando ; Susan Patterson, Angelica ; Kathleen Kuhlmann, Alcina ; Sandra Walker, Bradamante ; Jeffrey Gall, Ruggiero ; William Matteuzzi, Medoro ; Kevin Langan, Astolfo. Chœur et orchestre de l’Opéra de San Francisco (chef de chœur : Ian Robertson), direction : Randall Behr. Réalisation Brian Large. Enregistré en 1989 à l’Opéra de San Francisco. Sous titrage en allemand, français, italien, espagnol. 1DVD Arthaus Music 100210. Zones 2, 5. 147 minutes

 
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