Hommage à Claude Helffer et Yves Haguenauer

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Orangerie de Sceaux, 14/07/2005 à 17h30 : Claude Debussy (1862 – 1918) : Sonate pour violoncelle et piano, Images, livre II  ; Henri Dutilleux (1916) : 3 strophes sur le nom de Sacher ; Pierre Boulez (1925) : 12 notations ; Maurice Ravel (1875 – 1937) : Miroirs (extraits) ; Isaac Albeniz (1860 – 1909) : Iberia, livre I  ; Piano : Roger Muraro ; violoncelle : Philippe Muller.

36e Festival de l’Orangerie de Sceaux

Si les Parisiens ont commencé à déserter la capitale en cette période de grandes transhumances vacancières, un public nombreux et passionné était au rendez-vous de ce 36ème Festival de l’Orangerie de Sceaux qui s’est ouvert ce 14 juillet. Un Festival incontournable qui continue sur sa lancée grâce au dynamisme et à la générosité sans faille de l’équipe menée par Jacqueline Lœwenguth qui a fait de cette manifestation musicale de musique de chambre la meilleure de l’Ile de France. L’exigence de qualité des programmes et le choix d’interprètes au talent unanimement reconnu et apprécié continuent de faire les belles heures de Sceaux. « Comme à l’accoutumée, piano et musique de chambre se partagent un large répertoire plongeant ses racines aux sources du classicisme, avec Marcello et Bach, pour s’épanouir au siècle romantique et se prolonger jusqu’à notre temps, auprès d’. Et bien entendu, l’instrument par excellence qu’est la voix humaine n’est pas pour autant laissé de côté. Pas d’autre thème, ici, que celui de l’éclectisme et de la liberté, du bonheur de partager des moments d’émotion », explique , musicologue et ancien directeur de France Musique.

Cette année, le 22 juillet, une master class de chant sera donnée par , professeur à l’Ecole Normale de Musique de Paris. Ce premier concert était dédié à , membre du comité musical, pianiste talentueux disparu et à Yves Haguenauer, Vice-président du festival depuis sa fondation et lui aussi récemment disparu. Pour mémoire, il convient de rappeler que , humaniste, analyste hors pair et riche d’une technique brillante, jouait un répertoire qui s’étendait avec une grande élégance de Mozart à Ravel en passant par Beethoven, Debussy, Schœnberg, Bartok. C’était un déchiffreur hors normes qui comprenait le texte à la note et à la nuance près et auquel les plus grands compositeurs contemporains ont confié et dédié leurs œuvres. Il fut l’interprète de Boulez avec qui il travailla au « Domaine Musical », de Xenakis (Erikhton, 1974), de Jolas (Stances, 1978), d’Amy (Epigrammes, 1965), de Boucourechliev (Concerto, 1975), de Manoury (Chryptophonos, 1974), de Pablo (1er Concerto, 1980), de Jarrell et tant d’autres. Ses premières auditions françaises de Berio, Evangelisti, Serocki, Stockhausen font référence.

Ce concert d’ouverture a été une réussite et a prouvé l’excellence des choix et des engagements de Jacqueline Lœwenguth et de son équipe. Le violoncelliste , l’un des plus grands professeurs de violoncelle du CNSM, et l’excellentissime au piano ont donné une interprétation lumineuse et éblouissante de la Sonate pour violoncelle et piano de Debussy. Leur jeu limpide, d’une finesse extrême témoigne de la poésie qui inonde l’œuvre. Le pianiste accompagne, comme le voulait Debussy, un violoncelle éclatant de brillance, de virtuosité, de noblesse et de chant. Suivent trois extraits d’Images (Livre II) de Debussy : Cloches à travers la feuilles, et la Lune descend sur le temple qui fut, Poissons d’or. Le piano de est éblouissant. Le pianiste fait chanter son instrument avec un jeu clair, souple et velouté, un phrasé d’une grande poésie. Il y a la beauté de la mélodie, l’amplitude harmonique et les couleurs subtiles de Et la lune descend sur le temple qui fut. On retrouve la virtuosité étourdissante voulue par Debussy dans Poissons d’or, une pièce dédiée à Ricardo Vinès.

En présence du compositeur, interprète Les 3 Strophes sur le nom de Sacher pour violoncelle d’ écrites en 1976 à la demande de Rostropovitch à l’occasion des 70 ans du grand chef suisse Paul Sacher. , ovationné par le public, est touché par l’archet magique de Philippe Muller… comme le public conquis par la brillance subtile de la première strophe, la mélancolie délicate de la seconde, la rapidité, la sérénité, la virtuosité brillante de la troisième.

Retour de Roger Muraro avec les 12 notations de écrites en 1945 et révélées au public en 1980. Le pianiste a fait passer avec maestria, intelligence et limpidité cette étonnante série de douze tons que le compositeur fait varier au cours de ces douze courtes pièces. Suivent Iberia, livre I d’Albeniz et les extraits de Miroirs deMaurice Ravel qui sont de purs enchantements transcendés par la noblesse et la beauté de l’interprétation de Roger Muraro. On sent l’âme espagnole, ardente et sensuelle qui enveloppe Iberia. On retrouve l’impressionniste ravélien de Miroirs, ce mouvement des apparences et des évocations avec un lyrisme délicat. Tout au long de ce concert, il a magnifiquement fait chanter son piano, tirant des sonorités et des couleurs enveloppantes de poésie, de virtuosité discrète et de lumière musicale. Ce répertoire sied comme un gant à ce pianiste généreux et humain, à la richesse musicale exceptionnelle. Si l’on ajoute à ce concert remarquable de bout en bout, l’acoustique sans faille de l’Orangerie, on ne peut qu’imaginer un bonheur total.

Crédit photographique : © Acanthe 2002

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