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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : une symphonie imaginaire. Suite orchestrale extraite des opéras et ouvrages scéniques : Zaïs, Castor et Pollux, Les Fêtes d’Hébé, Dardanus, Le temple de la gloire, Les Boréades, La Naissance d’Osiris, Platée, Concert N°6 en sextuor  » la Poule « , Hippolyte et Aricie, Naïs et Les Indes Galantes. Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski. 1 CD Archiv Produktion Super audio cd réf. 00289 477 5578. Enregistré au théâtre de Poissy, salle Molière, juin 2003. Durée : 56’25.

 

Rameau symphoniste ? Historiquement incorrect ! Musicalement pertinent. C’est certainement en fin connaisseur de la musique du Dijonnais que le chef ose exprimer ici ce que tout juste mélomane et familier des opéras du génie français du XVIIIe siècle, reconnaît par évidence. revendique pour la musique et l’orchestre un statut nouveau, premier, incontestable. Et même s’il a composé des opéras, presque uniquement des opéras, -et quels ouvrages lyriques-, grâce à lui, le musicien égale voire supplante le poète dans l’expression des passions humaines. Des couleurs inédites, des mélodies et des alliages de timbres jamais entendus, des trouvailles inimaginables, surtout des résonances impérieuses qui revisitent danses et divertissements, et surtout les genres imposés depuis Lully pour la grande machine tragique : tempêtes, sommeils, airs infernaux… On lui a souvent reproché l’inconsistance des livrets dont il choisissait pourtant l’auteur ; il est certain que son théâtre est plus musical que vocal. Il est indiscutable que son génie s’est principalement dévoilé dans la fosse. En théoricien, il s’est imposé sur l’arène française. Et après lui, il n’y aura guère qu’un Berlioz capable de l’égaler. Coloriste, harmoniste, contrapuntiste, mélodiste, alchimiste des rythmes, il a excellé sur tous les registres de l’invention orchestrale. Alors pourquoi n’a-t-il pas composé logiquement des symphonies ? Mais il l’a fait ; encore fallait-il en déceler les divers éléments au sein de ses opéras justement. Un travail de sélection et de recomposition dont le directeur des nous invite à entendre les fruits dans le présent album.

Minkowski a abordé le théâtre de Rameau avec le succès et l’intelligence que l’on sait : de Platée (Erato), Hippolyte et Aricie, à Dardanus (Archiv), – entre autres – il s’est taillé une solide réputation sur le propos ramiste, imposant cette sonorité ronde et fruitée, incisive et mordante dont il tient la science et la sensibilité de son expérience de bassoniste vécue dans la fosse avant de la diriger. Habile directeur, il s’ingénie à ressusciter le génie coloriste et pictural d’un Rameau autant orfèvre que fresquiste. Qu’il s’agisse de la lisibilité de chaque nuance de timbres (hautbois et bassons, flûtes et cors), de la nervosité explosive des rythmes, qu’il s’agisse tout autant de la clarté mélodique, de l’architecture des plans instrumentaux, voici l’orchestre de Rameau dans sa splendeur retrouvée.

Cette « symphonie imaginaire » convainc par la cohérence artistique de son propos. C’est qu’à l’époque de Rameau justement les premiers symphonistes émergent au Concert Spirituel. Il est donc légitime d’inventer cette symphonie à laquelle l’imagination et l’ambition du musicien, compositeur lyrique et théoricien, donnent matière et légitimité. De fait, ses opéras regorgent de pages purement instrumentales qui font de son théâtre, l’un des plus orchestraux qui soient… avant Wagner et Berlioz. En cinquante six minutes, se succèdent les pages les plus inspirées du musicien, du Chaos fracassant de Zaïs, au paysage funèbre de Castor et Pollux, sans omettre l’épisode presque abstrait des Boréades (Prélude, plage 10) et cette nouvelle orchestration de la Poule, à l’origine pièce pour clavecin que Rameau reprit et adapta pour ses Concerts en Sextuor. L’expert des rythmes de danses n’est pas omis et l’on ne saurait discuter ici du choix opportun de l’entrée de Polymnie des Boréades ni de la Chaconne finale extraite de l’entrée des Sauvages des Indes Galantes. Sans les voix, l’orchestre semble gagner en profondeur et en justesse poétique et le génie de Rameau paraît même plus éloquent. Les suites de danses d’après les opéras de Rameau ont diversement inspiré les chefs ramistes. Nous tenons dans cet opus, la proposition la plus aboutie avec celle que Nicholas Mc Gegan a dirigé d’après Platée (DHM).

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Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : une symphonie imaginaire. Suite orchestrale extraite des opéras et ouvrages scéniques : Zaïs, Castor et Pollux, Les Fêtes d’Hébé, Dardanus, Le temple de la gloire, Les Boréades, La Naissance d’Osiris, Platée, Concert N°6 en sextuor  » la Poule « , Hippolyte et Aricie, Naïs et Les Indes Galantes. Les Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski. 1 CD Archiv Produktion Super audio cd réf. 00289 477 5578. Enregistré au théâtre de Poissy, salle Molière, juin 2003. Durée : 56’25.

 
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