José Van Dam, une renommée au service de la jeunesse

JVDFidèle à sa réputation d’affabilité, l’immense baryton-basse a accepté de répondre aux questions de Resmusica à l’occasion des Journées romantiques du Vaisseau Fantôme.

« Le public parisien est très gâté. »

ResMusica : Vous êtes l’invité d’honneur des « journées romantiques du Vaisseau Fantôme ». Quand un artiste de votre renommée prête sa notoriété à de tels évènements, c’est généralement qu’il leur porte un intérêt particulier ?

 : Tout à fait, ce festival a été créé par mon accompagnateur et ami Maciej Pikulski, et il est important à mes yeux car il a pour but de faire connaître de jeunes talents. Je ne suis plus tellement un jeune talent mais j’aime beaucoup aider les jeunes, et j’ai donc décidé de participer cette année à ce festival pour essayer d’attirer l’attention du public. Vous savez, le public parisien est très gâté, il peut entendre régulièrement de grands solistes, de grands chanteurs, de grands orchestres, et il ne fait pas toujours attention à ces évènements, qui sont pourtant importants car on peut entendre de très grands talents dont on parlera sûrement dans les années à venir.

RM : Ce festival est-il vraiment romantique ? On y programme du Scarlatti, du Chostakovitch, du Grieg ?

JVD : Pour les autres concerts, peut-être, mais j’interpréterai ce soir les amours du poète de Schumann, c’est très romantique, et puis des mélodies de Duparc, qui sont, elles déjà post-romantiques, mais on n’est pas quand même dans la musique moderne.

RM : Et le fantôme de la péniche? On dit sur le site internet qu’il terrorise les chanteurs qui ont le malheur de ne pas lui plaire ?

JVD : Ah bon? Il y a vraiment un fantôme? Il faut que j’aille voir, mais vous savez, depuis le temps que je chante Le Vaisseau Fantôme, c’est une vieille connaissance!

RM : A l’occasion de ces journées, le film « le maître de musique » a été diffusé au cinéma MK2 tout proche. Que pensez-vous de ce film ?

JVD : Vous savez, c’est difficile de donner son avis sur un film auquel on a soi-même participé, mais je pense que c’est un bon film. Gérard Corbiau est un réalisateur qui adore la musique, il a fait beaucoup de films ayant la musique pour sujet, y compris pour la télévision, il a reçu un prix européen pour un documentaire qui s’appelait A la recherche de S, S étant Stravinsky. Et c’est un film dans lequel on ne parle pratiquement pas, il n’y a que de la musique et une parole de temps en temps, et c’est très beau. Je pense que le maître de musique est un bon film, la preuve c’est qu’on le donne régulièrement alors qu’il a presque vingt ans, qu’il a toujours du succès, c’est presque devenu un classique du cinéma, parce que c’est un film qui sort un peu de l’ordinaire. Il a été fait avec un très petit budget, et c’est déjà une chose remarquable.

RM : Ce film est effectivement un film-culte pour beaucoup amateurs d’art lyrique, qui l’ont vu un nombre incalculable de fois, mais qui en ont un peu honte, gênés qu’ils sont par certaines invraisemblances. Par exemple quand le chanteur-rival perd définitivement sa voix pour avoir émis un seul couac…

JVD : Une dame m’a demandé hier à la sortie de la projection si de tels duels vocaux existent. Or ils ont existé au XVIII° siècle, et on peut craquer une note, ça arrive à tout le monde! En l’occurrence le personnage est tellement sous le choc d’avoir craqué cette note qu’il reste sans voix. Mais je suppose qu’après il la retrouve!

RM : Vous êtes un des rares chanteurs d’opéra connus du grand public. Est-ce qu’on vous reconnaît dans le métro ? Et est-ce dû en particulier, justement, à ce film ?

JVD : Ça m’est déjà arrivé, en effet, pas dans le métro, mais dans la rue. C’est peut-être dû au maître de musique, ou bien au Don Giovanni de Joseph Losey. Et ce qui me plaît dans ce genre d’expérience, c’est que non seulement des mélomanes se déplacent pour aller voir ces films, mais aussi un autre public, qui n’aime pas particulièrement la musique et qui va voir le film, je dirais, pour aller simplement au cinéma. J’ai vu ainsi pas mal de jeunes qui sont venus vers moi et qui m’ont dit « j’ai vu le maître de musique, et ça m’a donné envie de chanter ». D’autres qui disent, même phénomène qu’après la sortie d’Amadeus : « la musique du film est très bonne » et on leur répond que la musique est de Mozart, alors ça peut les attirer vers l’opéra, et c’est une victoire.

RM : En 1992, lors d’une interview à la défunte émission « le rideau écarlate » sur France Musique, reprise dans les colonnes d’Opéra International, vous parliez d’un projet d’école de chant dans le sud de la France. Ce projet n’a jamais vu le jour, pourquoi ?

JVD : Ça a failli se faire à Marseille. Le problème, c’est qu’il est difficile de réaliser quelque chose sur un terrain très politisé. Je ne sais pas si c’est pareil dans tous les pays, mais en France notamment, pour ouvrir une école de musique, ce que je ne savais pas, c’est qu’il faut l’accord de la Ville, l’accord du Département, l’accord de la Région, et l’accord de l’Etat pour avoir les subsides nécessaires. A l’époque, le maire de Marseille avait commencé à voter un budget pour la Ville, mais il y a eu entre temps des élections qu’il a perdues et le projet a été abandonné. En revanche, depuis l’année passée cette école de chant existe, mais dans le sud…de la Belgique, à Waterloo, de triste mémoire pour les français, à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, il y a trois disciplines, le violon chapeauté par , le piano par et moi je m’occupe du chant. C’est une école supérieure de musique, et elle a très bien démarré.

RM : Dans cette même interview, vous déclariez « je préfèrerais qu’on dise que c’est dommage que José Van Dam ne chante plus, plutôt que c’est dommage que José Van Dam chante encore ». Est-ce toujours vrai, treize ans après ?

JVD : Oui, c’est toujours vrai. J’espère que les gens n’ont pas encore changé d’avis! Maintenant je chante depuis longtemps, quarante ans, et je commence à me consacrer beaucoup plus à l’enseignement. Et voilà, c’est une sorte de porte qui s’ouvre et une autre qui va se refermer.

RM : Avez-vous une opinion sur le piratage ? Je ne parle pas bien sûr de celui qui consiste à copier un disque du commerce, mais de celui qui consiste à enregistrer un concert, comme celui de ce soir, et le mettre ensuite à la disposition de tous sur internet ?

JVD : Je dirai que personnellement, ça m’est un peu égal. Par exemple je ne vois pas pourquoi le concert de ce soir, où il y aura environ une centaine de personnes, ne pourrait pas être entendu par d’autres. Je fais ce récital pour aider Maciej, et je suppose que le fait qu’il soit sur internet l’aidera aussi, d’une autre façon, parce que ça contribuera à le faire connaître. Par contre le piratage cause de grands préjudices aux firmes de disques, et certaines d’entre elles, notamment celle avec laquelle j’enregistrais beaucoup, Forlane, qui était française, n’a pas pu suivre le rythme à cause de ces piratages, et ça c’est dommage. C’est un modernisme pas toujours positif.

RM : On parle beaucoup d’un projet de Huguenots au Châtelet en 2007, pour lequel vous seriez pressenti. Ce serait pour le rôle de Marcel ou pour celui de Saint-Bris ?

JVD : Le projet a capoté. C’est dommage, c’est une œuvre très intéressante. On en avait parlé pour 2007, puis pour 2008, et puis on a abandonné l’idée. On m’avait demandé de faire Saint-Bris, je n’ai jamais chanté Marcel, le rôle est trop grave pour moi.

RM : C’est une très mauvaise nouvelle, surtout pour les amoureux de Meyerbeer, dont cet opéra n’a plus été représenté à Paris depuis 1936.

JVD : Tony Poncet était très petit. Je chantais Saint-Bris, et ce que j’avais fait lui avait plu. Alors il m’avait dit (prenant l’accent) « C’est bien ce que tu fais, petit, tu peux m’appeler Tony » C’était quelqu’un d’assez sympathique…et Andrée Esposito, mon Dieu, et Julien Haas, belge aussi, son mari, il a eu le même professeur que moi…

RM : Aucun d’entre eux ne chante plus, mais vous, vous êtes toujours là ?

JVD : Il faut dire que j’ai commencé très jeune. J’ai débuté à Paris, j’avais vingt ans. Au début de ma carrière, j’étais très souvent le plus jeune dans une distribution, et aujourd’hui je suis le plus…expérimenté !

RM : A quoi attribuez-vous votre longévité? A la technique, à la sagesse dans le choix du répertoire, à la chance ?

JVD : Disons à 70% à la technique, qui est le plus important, et puis comme vous dites au choix du répertoire, c’est un conseil que je donne toujours aux jeunes, d’avoir de la patience au départ et d’être sage dans le choix de son répertoire.

Crédits photographiques : © rtbf

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