Concerts, La Scène, Musique symphonique

Standardisation de l’interprétation

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Paris, Théâtre Mogador. 29-IX-2005. Osvaldo Golijov (né en 1960) : Last Round pour double orchestre à cordes (création en France). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 en mi bémol majeur op. 107. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur op. 36. Natalia Gutman, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Miguel Harth-Bedoya.

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se présente comme un successeur d’Astor Piazzolla par sa volonté d’unifier musiques populaire et savante. Last Round, composé en 1992 en hommage au maître du Nuevo Tango qui venait de décéder n’est qu’une pâle copie de l’esthétique du génial bandéoniste argentin… la remarquable exécution de l’, réglée au millimètre près par , ancien assistant d’Esa-Pekka Saalonen au Los Angeles Philharmonica, ne sauve pas l’œuvre de sa vacuité.

Cette même précision, ce même souci du détail, de la justesse et de la plastique sonore sont une constante de ce jeune chef, au détriment… de la musicalité! On ne saurait imaginer pire mariage que celui de la carpe et du lapin entre lui et dans le Concerto n°1 de Chostakovitch. La célébrissime violoncelliste tire de son instrument dans le premier mouvement des sons rauques, grinçants, déchirants. Elle répand littéralement cette ironie dépressive propre au compositeur soviétique, tandis que derrière elle l’orchestre joue un accompagnement on ne peut plus standard, bien léché certes, mais plat, sans relief et sans vie. L’impression laissée est celle d’une superposition malheureuse entre une instrumentiste engagée et un chef uniquement préoccupé d’être en rythme et non en phase avec elle. Heureusement la Cadenza (3ème mouvement) et deux bis extraits des Suites de Jean-Sébastien Bach laissent loisir au public d’apprécier le jeu ineffable de Natalia Gutman.

L’entracte passé, Mogador s’est en partie vidé… Grande tradition parisienne de ne venir qu’applaudir le soliste du concerto! Mais ce soir on ne saurait donner tort aux déserteurs : la Symphonie n°4 de Tchaïkovski n’a jamais autant été si standardisée. n’est pas à proprement parler un « mauvais » chef. Il sait tenir un orchestre, le faire sonner, exiger de lui une certaine qualité sonore. Mais est-ce à cause du trac ou d’un manque de maturité, cette symphonie interprétée avec clinquant et brio n’a plus rien de romantique ni de russe.

Crédit photographique : © Arto Tulima

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Paris, Théâtre Mogador. 29-IX-2005. Osvaldo Golijov (né en 1960) : Last Round pour double orchestre à cordes (création en France). Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Concerto pour violoncelle et orchestre n°1 en mi bémol majeur op. 107. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur op. 36. Natalia Gutman, violoncelle. Orchestre de Paris, direction : Miguel Harth-Bedoya.

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