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le trio Borsarello par son altiste Jacques Borsarello

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ResMusica a rencontré une figure de l’alto qui manie, chose rare, aussi bien l’archet que la plume. , membre du Trio éponyme, est un homme qui aime la vie et enchaîne les projets pour les faire vivre de toute sa passion. Livres, disques, concerts font partie d’une actualité à laquelle nous sommes conviés…

« Nous sommes trois solistes. »

Resmusica : Outre l’originalité de ce trio fraternel, depuis quand avez-vous décidé de vous produire en public ?

 : Il était évident que nous ferions du trio. Déjà enfants nous improvisions dans la salle de bain! J’ai fait deux ans de médecine …perdues, puis j’ai intégré la classe de Serge Collot, ce qui m’a permis de rejoindre mes frères… Bien que rentré tardivement au Conservatoire (NDLR : CNSM de Paris), j’ai rattrapé le temps perdu car en même temps j’avais intégré le Quatuor Lœwenguth durant quatre ans jusqu’à ce qu’Alfred décède, j’ai obtenu mon C. A. (NDLR : Certificat d’Aptitude, concours nécessaire pour être professeur en conservatoire) et puis j’ai intégré le Quatuor Razumowski. J’ai aussi participé à l’Octuor de France, une expérience sans plus. Nous nous sommes alors concentrés sur nous trois et maintenant le trio existe depuis plus de dix ans.

RM : Y a-t-il une grande différence entre un trio et un quatuor à cordes ?

JB : C’est fondamentalement différent. Nous sommes trois solistes, à tel point que j’ai envie de demander à Jean-Luc (NDLR le violoniste) de jouer debout, et de demander à Frédéric (NDLR le violoncelliste) de jouer sur une estrade. Pour donner à l’auditeur la représentation réelle du rôle de musicien soliste qui existe dans cette formation. Le trio à cordes s’adresse à un public restreint, l’écoute est un petit peu « aride », sinon, c’est avec un plus, flûte, basson, piano etc. La formation de trio, ce n’est pas 20 concerts par mois et un planning chargé à suivre. L’écriture est aussi très difficile. Dans le trio avec piano, l’apport de la polyphonie rend l’écoute plus accessible alors que dans un quatuor certaines parties musicales secondaires ne sont que du doublage, ce qui n’est pas toujours intéressant pour l’instrumentiste, c’est aussi un gros travail personnel pour se fondre dans une formation

RM : Existe-t-il beaucoup de compositeurs contemporains qui écrivent pour cette formation ?

JB : Oui, beaucoup comme Nicolas Bacri, Gérard Pesson, me viennent à l’esprit. Lui aussi a écrit en littérature, nous avons échangé nos livres. Mon frère Frédéric a écrit un article dans « La lettre du Musicien » pour faire effectivement un appel d’offre aux compositeurs. C’est bien beau de les écrire, mais il faut des musiciens pour les jouer et des agents artistiques pour les programmer! Les compositeurs ont répondu « nous ne sommes pas des agents de concerts » et nous avons répondu » nous non plus ». Il faut une grande complicité pour faire exister une création.

RM : Heureusement qu’aujourd’hui une œuvre contemporaine est exigée aux concours des conservatoires, cela permet aux compositeurs de se faire connaître ?

JB : En tant que professeur au Conservatoire National de Région de Versailles, je l’impose dans les programmes de mes 3èmes cycles. Ils en font aussi toute l’année, je les sollicite dans ce sens. Le contemporain demande une maîtrise technique irréprochable. Un contrôle total! même si certains démagogues prétendent vouloir enseigner le contemporain aux débutants, je n’y crois pas, c’est très difficile d’imaginer que Picasso ne soit pas passé par le figuratif! c’est après une technique extrêmement maîtrisée qu’il laisse son expression artistique s’envoler avec une base. Comme en danse! Rien ne peut se faire sans les bases classiques du mouvement, du positionnement du corps et c’est pareil en musique « savante ».

RM : Comment gérez-vous l’osmose musicale entre frères face à la partition ?

JB : Nous avons trois caractères complètement différents mais entre frères on n’hésite pas à pousser des « engueulades » sans que cela prête à des considérations abracadabrantes. Jean-Luc est placide et réservé, réfléchi, à la recherche d’une esthétique, il est peintre aussi. Frédéric est sensible et réagit toujours très vivement, peut-être trop. Moi, j’ai toujours été le petit dernier qui écoute ses grands frères et essaye de temporiser, même si je participe aussi aux empoignades… En fait ça donne un bon équilibre.

RM : Dans le répertoire y a-t-il des œuvres que vous aimez particulièrement ?

JB : J’aime autant le Divertimento de Mozart ou celui de Schnittke, que nous jouons très proche du texte, que celui de Jean Françaix. On a enregistré les trios de Bach en 2000, ces adagios baroques passent très bien aussi sur des instruments modernes. Ce n’est pas que nous ayons des préférences, car on aime tout le répertoire, mais on ne joue jamais ce que nous n’aimons pas. A l’étranger on nous demande particulièrement la musique française, comme Roussel ou Jean Françaix. Darius Millaud en a écrit mais ce n’est pas notre tasse de thé, Jean Cras est intéressant. On est un des rares trios à cordes à exister en France depuis plus de 10 ans, notre répertoire est vraiment représentatif et complet, enfin presque…

RM : Que faites-vous quand vous n’êtes pas au conservatoire ou en tournée ?

JB : J’ai souvent travaillé en tant que professeur de stage avec Michel Maunas qui à l’époque était le chef de l’orchestre de Pau et directeur du Conservatoire du 6ème arrondissement de Paris aujourd’hui, mais depuis la disparition de sa femme, Monique Braûn, soprano, tout a été stoppé. J’aime cette région et je voulais y réorganiser un stage. Il se trouve qu’avec mon ami peintre et sculpteur Jean-Bernard Baucou, nous avons pu le réaliser à Navarrenx, dans le Béarn. « Alto en Béarn » est un stage « plastique » pluridisciplinaire. Nous y exposons les toiles de Raymond de Longueuil, décédé malheureusement l’année dernière, et bien sur les toiles de mon frère Jean Luc. Une de mes élèves d’alto viendra proposer une pièce de théâtre. Nous avons deux sections, pour les mineurs, en classe avec moi, et qui feront aussi du modelage, pour apprendre à mettre les mains dans la terre et la modeler, et un stage pour majeurs pour des cours d’alto et de musique de chambre. Nous l’avons mis en place en août dernier et cela c’est vraiment bien passé. L’art est ouvert et je ne veux pas le restreindre à la pratique instrumentale, c’est peut-être aussi pour cela que j’ai écrit mes nouvelles.

RM : Justement, comment vous est venue cette idée d’écrire des nouvelles ?

JB : Cela fait très longtemps. Je crois que lorsque je venais en stage à Navarrenx, j’y songeais déjà, dans les années 92/94. Certainement en réaction de certaines situations vécues. Ma première idée a été de faire un genre de « que sais-je » du musicien, puis en fait j’ai trouvé ça lourd en me disant que personne n’achèterait ça, et lors d’un voyage en Allemagne, une nuit d’insomnie, j’ai écrit ma première nouvelle en quatre heures, la Violoncelliste. De fil en aiguille, de cette nouvelle sont nées les autres en voulant développer un détail ou un évènement ouvrant des portes et des tiroirs que je voulais développer. J’ai fait lire tout cela à mes proches, des amis et ils m’ont encouragé à continuer. La fille d’un ami, Sophie Dumaire, agrégée de lettre et nouvelliste elle-même, qui passe son doctorat cette année, m’a incité à poursuivre et a fait une première lecture de mes épreuves avant qu’elle ne passe entre les mains magiques de Isabelle Françaix, la correctrice officielle de Symétrie. Sophie Dumaire m’a d’ailleurs commandé une nouvelle, déterminante, sur ma jeunesse. Le résultat l’a enchanté et Realtor B est né, c’est ce qu’elle attendait.

J’en ai plusieurs autres de prêtes pour un deuxième recueil : Essart, je donne la parole à un alto. En effet, quand j’étais tout jeune, je donnais des cours à Jean-Louis Prochasson, violoniste amateur, durant un ou deux ans. Un jour il m’annonça qu’en fait, il était luthier. Je me dis, encore un amateur, « amène-moi un jour un alto, on verra bien » et il m’apporta un instrument. Je fus immédiatement subjugué et depuis on s’est toujours suivi. J’ai économisé durant quelques années et je lui ai commandé un alto qu’il m’a fait comme je le voulais. Suite à cette aventure, j’ai voulu raconter comment on fabriquait un instrument, je me suis dit qu’il fallait écrire là dessus et que le bois prenne la parole. J’en ai commencé une actuellement, sur un métronome, qui donne cette notion du temps, qui se fait remplacer par l’électronique …

RM : Comment trouve-t-on votre livre ?

JB : J’ai un éditeur extraordinaire, lui et sa femme m’ont accueilli les bras ouverts. Ils sont fous de musique, lui Pierre-Yves Pruvot est baryton-basse professionnel et sa femme Hjördis Thébault est soprano. Pierre-Yves est aussi informaticien, trompettiste, pianiste, il est rentré au CNSM de Lyon et plus tard a crée ses éditions Symétrie et aussi un site de vente de partitions sur Internet « Foliomusic », il a cent idées à l’heure. Pour lui tout est possible si le projet est bon et qu’on a la volonté de le réaliser.

Les systèmes de distributions, sortis des grands Majors, sont assez nébuleux, on peut le trouver dans certaines librairies spécialisées, mais pas dans toutes les FNAC … Par Internet, sur des sites de vente directe, comme Fnac. com ou Foliomusic. com mais les circuits sont multiples. La diffusion est malheureusement très restreinte. Bien que j’ai eu l’honneur de certains journaux qui m’ont décerné par exemple au Canada des distinctions d’or, en Belgique aussi sur Ramification. com. Pour toucher les médias français c’est un cauchemar. Alors dès que nous faisons un concert, un stage je deviens mon propre représentant! Et ils partent comme des petits pains. Mais je ne suis pas diffuseur, je suis altiste moi (sourire).

RM : Vous avez de multiples activités, parlez-nous de votre associationalto en ligne ?

JB : Nous avons voulu créer une nouvelle association plus réactive et vivante que les autres et uniquement sur Internet où nous mettons l’accent sur la réactualisation fréquente du site. Nous avons pris en charge le département Alto du concours de L’UFAM (NDLR : Union Française des Artistes Musiciens) et nous sommes soutenus par des sponsors pour offrir des lots intéressants aux lauréats. Citons la Spedidam, Bam, Corelli, Les Luthiers du Quatuor et bien sûr Symétrie. Nous annonçons les places qui sont proposées dans les orchestres ou les conservatoires pour les professionnels et nous réalisons actuellement un grand projet : enregistrer les 41 caprices de Campagnoli par 36 adhérents de l’association pour mettre à la disposition des élèves cette nouvelle richesse. Nous avons un forum et une tribune libre, très actifs, entre adhérents qui se refusent à la langue de bois (sourire).

RM : Vos disques ?

JB : Malheureusement pour le dernier, la maison de production a fait faillite, mais nous avons le Master pour le proposer à un autre diffuseur. Je lance un appel… Sinon le prochain se fera en 2006 pour l’année Mozart chez Syrius, avec le fameux Divertimento. Nous enregistrerons aussi en janvier un CD avec Omar Benamara, Baryton à l’Opéra de Paris. Omar, qui est d’origine algérienne, a eu l’idée de mélanger des airs connus du répertoire lyrique italien à des airs traditionnels andalous. Il a effectué un travail de fourmi. Cela s’appellera « Convergences lyriques ». Je suis sûr que le résultat va surprendre. Le trio fait partie de l’aventure, plus deux progénitures violoniste (Mathilde) et hautboïste (Frédérique) de la famille et aussi Thierry Vaillant au clavecin.

Crédits photographiques : ©

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