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Les ailes de Los Angeles

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Sur les ailes du chant. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Auf Flügeln des Gesanges. Edvard Grieg (1843-1907) : Ich liebe dich. Johannes Brahms (1833-1897) : Wiegenlied. Anton Dvorak (1841-1904) : Als die alte Mutter. Martini (1741-1816) : Plaisir d’amour. Reynaldo Hahn (1875-1947) : L’énamourée. Léo Delibes (1836-1891) : Les filles de Cadix. Xavier Montsalvatge (1912-2002) : Cinco canciones negra ; Irish lullaby. Geni Sadero (1886-1961) : Era la vo. Sebastian Yradier (1809-1865) : La Paloma. Jaime Ovalle (1894-1955) : Azulao. Pablo Luna (1880-1942) : De Espana vengo. Ruperto Chapi (1851-1909) : Carceleras. Joaquim Rodrigo (1902-1999) : Cuatro madrigales amatorios. Victoria de Los Angeles, soprano, Sinfonia of London & Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, direction Rafaël Frühbeck de Burgos. Enregistré entre 1961 et 1964. 1CD EMI 476 799-2. 60’36.

 

Au début de cette année s’éteignait, à l’âge de 82 ans, la voix de . Quoique ayant marqué le chant d’une empreinte indélébile, sa disparition n’aura été que très peu commentée si ce n’est en raison du tragique de sa fin.

Étrange coïncidence, (Victoria Gómez Cima) est née la même année qu’une autre inclassable cantatrice, Maria Callas. Si leurs deux voix ne se comparent pas, elles ont toutes deux profondément marqué le théâtre lyrique. La prédominance scénique a avantagé Maria Callas par rapport à sa consœur, mais cet enregistrement mesure combien la « starification » de la soprano grecque a regrettablement étouffé la valeur musicale de la discrète soprano espagnole.

Néanmoins cette compilation d’enregistrements réalisés entre 1961 et 1964 arrive à point nommé pour retrouver l’une des plus belles voix de l’opéra. De l’opéra? Peut-être même, l’une des plus belles voix absolues. Car, et ce disque en est une preuve incontestable, la voix de Victoria de Los Angeles donne à penser qu’elle s’exhale d’un instrument plus encore que de la gorge d’une chanteuse. Comme si pour émettre ses notes, la soprano d’origine andalouse possédait des touches, des positions animées par les pressions qu’on opère sur les « mécaniques » d’un instrument. Au-delà de l’instrument, le chant de la soprano est d’une évidence bouleversante. Plus qu’une voix, c’est une âme qui chante.

Ressentir l’amour qu’elle exprime dans chacune des quelque vingt-deux plages de cette compilation est un pur bonheur. Habitée par ses musiques, Victoria de Los Angeles offre la légèreté d’une voix aérienne à des mélodies qui, chez tant d’autres cantatrices, n’ont jamais dépassé le niveau de la rengaine pour midinettes. Une parfaite diction couchée sur une voix sans reproche et cette banale mélodie de salon, ce Plaisir d’amour devient un hymne glorieux. Que ses notes subtiles s’infiltrent dans la qualité de son phrasé (dont feraient bien de s’inspirer plus d’une de nos récitalistes actuelles), que le soleil dont elle insuffle Les filles de Cadix de Léo Delibes fait éclater la chaleur estivale d’un après-midi andalou. Et que sa douceur et son authenticité vocales recouvrent les mots du célébrissime Als die alte Mutter d’Anton Dvorak, et c’est l’émotion débordante d’une enfant se souvenant des chants que lui apprenait sa mère qui nous renvoie à nos propres souvenirs !

Souvent comparée (voir opposée) pour ses similitudes vocales à Elisabeth Schwarzkopf, dans cette réédition, Victoria de Los Angeles efface définitivement ce faux débat. Alors que le chant souvent trop sophistiqué de la cantatrice allemande a beaucoup vieilli, celui de la chanteuse espagnole n’a pas pris une ride. Un chant si impressionniste qu’il semble pouvoir se passer des mots tant les notes racontent. Dans ce document, Victoria de Los Angeles touche au chant essentiel. L’unicité vocale.

Comme une réhabilitation tardive, cet album est un véritable « disque pour île déserte ». Nous ne pouvons que recommander à chacun de se procurer ce superbe exemple de beau chant. Les albums disparaissent des bacs des disquaires aussi vite qu’ils y viennent et, nous ne serions pas surpris que cet album (pourtant indispensable) n’ait qu’une imméritée mais courte vie.

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Sur les ailes du chant. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Auf Flügeln des Gesanges. Edvard Grieg (1843-1907) : Ich liebe dich. Johannes Brahms (1833-1897) : Wiegenlied. Anton Dvorak (1841-1904) : Als die alte Mutter. Martini (1741-1816) : Plaisir d’amour. Reynaldo Hahn (1875-1947) : L’énamourée. Léo Delibes (1836-1891) : Les filles de Cadix. Xavier Montsalvatge (1912-2002) : Cinco canciones negra ; Irish lullaby. Geni Sadero (1886-1961) : Era la vo. Sebastian Yradier (1809-1865) : La Paloma. Jaime Ovalle (1894-1955) : Azulao. Pablo Luna (1880-1942) : De Espana vengo. Ruperto Chapi (1851-1909) : Carceleras. Joaquim Rodrigo (1902-1999) : Cuatro madrigales amatorios. Victoria de Los Angeles, soprano, Sinfonia of London & Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire, direction Rafaël Frühbeck de Burgos. Enregistré entre 1961 et 1964. 1CD EMI 476 799-2. 60’36.

 
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