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Maite Beaumont, mezzo de cœur

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Alors qu’elle chante Melibea dans le Voyage à Reims de Rossini au théâtre de La Monnaie de Bruxelles, la jeune mezzo espagnole reçoit ResMusica.

« Chanter, j’aime beaucoup, mais jouer sur scène, j’adore ! »

ResMusica : Hambourg, Paris, Salzbourg, Barcelone… Votre parcours pour une jeune chanteuse est déjà fort impressionnant. Avez-vous voulu devenir chanteuse depuis votre plus jeune age ? 

 : Non! Je suis issue d’une famille très musicienne. Ma mère a été chef de chœur et mon père est un chanteur amateur. J’ai toujours étudié la musique mais c’est à partir de 20-22 ans que j’ai vraiment décidé de devenir une chanteuse professionnelle. Chanter, j’aime beaucoup, mais jouer sur scène, j’adore ! Alors j’ai commencé à faire des concours et puis j’ai obtenu une bourse d’étude. Ma sœur aînée (la mezzo Francisca Beaumont) était partie étudier à Cologne, je me suis également dirigée vers l’Allemagne. A Hambourg, j’ai suivi des cours au conservatoire, j’ai ensuite intégré l’Opern-Studio et puis la troupe de l’opéra. Tout s’est fait de manière assez automatique!

RM : Est-ce que quitter l’Espagne est une nécessité quand on veut faire une carrière de chanteur ?

MB : Non, ce fut une décision personnelle. Dans notre famille, il est plutôt naturel d’aller étudier à l’étranger. Pour ma sœur et moi, c’est un grand enrichissement de découvrir une autre culture où la musique occupe une place prépondérante. Les chanteurs y sont très considérés et il y a de nombreuses possibilités de travailler. Il est bien sur envisageable de faire une carrière en Espagne. Madrid et Barcelone sont de grands centres musicaux, et il y a actuellement un essor incroyable de la musique dans la péninsule. Des nouvelles salles sont construites un peu partout, même à Pampelune ma ville natale! Et les gens sont demandeurs de musique!

RM : Quelles sont les personnalités qui vous ont marqué lors de vos études ? Par extension, quels sont les chanteurs ou les chanteuses que vous appréciez particulièrement ? 

MB : Hanna Schwartz ! C’est une chanteuse formidable et une personnalité extraordinaire. J’ai énormément appris d’elle et même maintenant, dès que je dois aborder un nouveau rôle nous le travaillons ensemble. C’est aussi pour rencontrer un professeur de ce niveau que je suis partie à l’étranger. J’ai confiance en elle et elle sait me conseiller pour mes choix de rôles. Sinon, j’aime énormément Leontyne Price dont le timbre est un modèle absolu, Julia Miguenes et Anne-Sofie Von Otter pour la musique baroque.

RM : Quand on regarde votre parcours, vous chantez beaucoup de baroque et de Mozart. Est-ce qu’il s’agit d’une « spécialisation » voulue ou d’un hasard ?

MB : Je ne chante pas que ces compositeurs : à Hambourg, j’ai fait Mercedes (Carmen), Flora (Traviata) et d’autres rôles, mais le baroque, Mozart et Rossini sont des compositeurs qui conviennent bien à ma voix. J’ai aussi participé à une création de l’opéra Das Fest im Meer de Jörn Anercke en 2003 (rôle de Ninon). J’aimerai beaucoup refaire des créations.

RM : Vous chantez dans la troupe de l’opéra de Hambourg. Quels sont les avantages pour une jeune chanteuse de se produire dans un tel ensemble ?

MB : Les avantages sont très nombreux. Tout d’abord, c’est une très bonne éducation musicale pour une jeune chanteuse. Au conservatoire, l’apprentissage est de très haut niveau mais on manque de pratique et c’est cette pratique que l’on trouve dans une troupe. Un autre intérêt, c’est l’entraînement, on chante une dizaine de fois par mois, et toutes sortes de rôles : des petits, des moyens, des grands. Il est bien plus formateur se produire dix fois par mois qu’une seule fois. Enfin, on peut côtoyer des chanteurs renommés, les observer, et étudier leur manière de chanter.

RM : Vous avez fait vos débuts au festival de Salzbourg dans Cosi fan Tutte, une production des Hermann. Dans ce spectacle Dorabella et Fiordiligi sont au courant du pari de leurs soupirants dès le début de l’opéra ce qui n’est pas dans le livret. Vous vous êtes aussi produite dans une production hambourgeoise de la Clemenza di Tito mise en scène par Peter Konwitschny. Cette scénographie a fait grand bruit pour des options scéniques d’un goût douteux. Que pensez-vous de ces mises en scène actualisées ? 

MB : J’ai beaucoup aimé le spectacle de Salzbourg car la place des femmes devient plus centrale. Dans le livret original, les hommes peuvent faire ce qu’ils veulent et les femmes sont renvoyées à un rôle secondaire. Dans cette version des Hermann, je trouve très intéressant que les femmes soient au courant du pari. Travailler avec ces metteurs en scène fut une grande satisfaction, ils aiment la musique et les chanteurs. Aimer les chanteurs est une qualité de plus en plus rare chez les scénographes actuels. Et puis, il y avait la philharmonie de Vienne sous la direction d’Adam Fischer, un excellent musicien qui laisse beaucoup de liberté aux chanteurs. Peter Konwitschny c’est différent, ce n’est pas la même personnalité que les Hermann, mais je trouve ses options scéniques très musicales.

RM : Qu’est ce que vous a apporté la participation à cette production Salzbourgeoise ?

MB : Ce fut une très belle aventure qui m’a fait connaître en Espagne. J’ai chanté à Barcelone, mais l’essentiel de ma carrière se passe en Allemagne. Des journalistes espagnols sont venus et ils ne savaient pas que j’étais l’une de leurs compatriotes car » Beaumont » est plus un nom français qu’espagnol. L’impact en Espagne a été très important pour moi et ma famille.

RM : Vous allez chanter la Marchesa Melibea dans cette production du voyage à Reims de Rossini. Quelle est votre vision du personnage ?

MB : Melibea est une femme de caractère dont le mari a servi dans l’armée, elle est très militaire et rude dans ses comportements. Il y a un duo entre Melibea et son amoureux le conte russe Libenskof, c’est le plus beau moment de ce rôle. La mise en scène de Luca Ronconi est très traditionnelle et les costumes et le maquillage sont très classiques. C’est très intéressant de passer de scénographies modernistes à des productions respectueuses du livret.

RM : Vous avez enregistré un récital de cantates et d’airs d’opéra issus de la bibliothèque musicale du château de Sonderhausen. Pourquoi un tel programme et une telle sélection ? 

MB : C’est Wolfgang Katschner, le chef d’orchestre de l’ensemble Lautten Compagney qui m’a demandé si j’étais intéressée pour faire des airs et des cantates qu’il avait trouvé à Sonderhausen. Je suis toujours très curieuse pour découvrir des partitions méconnues. Nous avons cherché ensemble les pièces qui convenaient le mieux à ma voix et à ma tessiture. Je suis très contente du résultat et ce baroque italien est magnifique.

RM : Quels sont vos projets ?

MB : Je vais faire Alcina et Cherubino à Hambourg en janvier puis Idoméneo à Barcelone en mars pour chanter Idamante, ce sera une prise de rôle. En septembre 2006, il y aura Cherubino et Dorabella à Amsterdam lors d’une nouvelle trilogie Mozart-Da Ponte au Nederlandse Opera. Il y a des concerts dont Pulcinella de Stravinsky à Paris avec l’Ensemble Intercontemporain. Au niveau discographique, le label Virgin vient de publier un enregistrement de Radamisto de Haendel sous la conduite d’Alan Curtis, un chef dont j’apprécie la manière de faire de la musique. J’y chante Zenobia, la femme de Radamisto, un rôle de souffrance.

Crédits photographiques : © Kirsten Nijhof

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