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Antoine Rebstein, Piano Left Hand Recital. Œuvres de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), Johannes Brahms (1833 -1897), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Dinu Lipatti (1917-1950), Alexandre Scriabine (1972-1915), Erwin Schulhoff (1894-1942), Johann Strauss II (1825-1899), Léopold Godowsky (1870-1938). Antoine Rebstein, piano. 1CD Claves Records 50-2502. 2005. DDD. Notice Trilingue. Durée : 79’09.

 

Le boîtier annonce la couleur : voici un enregistrement dédié avant tout à son interprète, . Soit. Après tout, Hélène Grimaud ou Nigel Kennedy en font bien autant. On pourrait d’ailleurs se demander si ce sont de réelles références musicales, mais là n’est pas la question. Un CD dédié aux œuvres pour piano pour la main gauche, voilà qui est alléchant, ou qui tout au moins intrigue. On sait que de telles œuvres existent, certaines, comme le Concerto pour la main gauche de Ravel, font référence dans le répertoire pianistique. La curiosité du mélomane est favorablement éveillée : enfin une occasion d’en découvrir davantage sur un style d’écriture particulier, souvent lié à des histoires ou des légendes qui fascinent. Les histoires de pianistes handicapés définitivement ou provisoirement de la main droite reviennent en mémoire, on se souvient que le fameux concerto de Ravel est réputé tellement difficile que certains concertistes l’interprètent en s’aidant de la main droite. Ce qui ne l’empêche pas d’être sublime.

Les œuvres proposées par sont relativement peu connues : une transcription par de la célébrissime Chaconne de la Partita n°2 en ré mineur pour violon seul de Jean-Sébastien Bach, 6 études (op. 135) de , une sonatine de Dinu Lipatti, un prélude (op. 9 n°1) et un nocturne (op. 9 n°2) de , la suite n°3 de Erwinn Schulhoff, une œuvre de Léopold Godowsky sur des thèmes de Johann Strauss fils (Métamorphoses symphoniques sur les thèmes de la Schatz-Waltzer du Baron Tzigane). Un tel répertoire attise un peu plus la curiosité du mélomane, avide de sonorités inconnues et de découvertes nouvelles.

L’enregistrement est hélas conforme aux impressions laissées par la présentation du CD : quelquefois intéressant, certes, parfois agréable à entendre, mais jamais fascinant, jamais envoûtant … et finalement décevant par son manque de caractère réel.

C’est en écoutant la retranscription que Brahms a faite de la Chaconne de Bach que l’on réalise que le génie de l’œuvre originelle réside en grande partie dans l’utilisation polyphonique du violon : l’écriture harmonique (inhabituelle) confère à la pièce, outre sa beauté largement reconnue, une énergie interne extraordinaire. Retranscrite au piano, elle garde bien sûr ses belles lignes mélodiques et l’écriture vive et bondissante de Bach, mais, contrairement à la version pour violon, n’utilise qu’une infime partie des possibilités et de l’ambitus de l’instrument. Il en résulte un sentiment de frustration, la sensation que l’œuvre est amputée d’une partie d’elle-même.

Est-ce dû aux compositeurs ou à l’interprète? Difficile finalement de se faire une réelle opinion sur ce point. Toujours est-il que certaines pièces de « grands maîtres », à l’image de cette Chaconne, déçoivent par leur absence d’envergure, de contrastes, de force ou de lyrisme. Les études op. 135 de semblent fades et vides de sens, le Prélude et le Nocturne op. 9 de Scriabine laissent parfois espérer une finesse, une sensibilité, qui, on le pressent, pourraient faire frissonner … mais on reste finalement sur sa faim. Pourtant il s’agit de compositeurs connaissant parfaitement bien l’instrument. L’écriture pour la main gauche seule les a-t-elle déstabilisés ou est-ce plutôt l’interprétation qui laisse à désirer? La deuxième hypothèse semble malgré tout plus plausible.

La sonatine de Lipatti et la suite n°3 de Schulhoff, d’une écriture moins romantique, semblent mieux convenir à Rebstein. L’utilisation des dissonances et de rythmes martelés créent une énergie et une nervosité particulières, un élan musical fondé sur la force et le rebond. Enfin de la musique, du caractère … quoique … l’élan s’essouffle, et la jubilation que l’on espérait n’est finalement qu’une simple joie. Déception, là encore.

Reste la dernière pièce de l’enregistrement, les Métamorphoses symphoniques sur les thèmes de la Schatz-Waltzer du Baron Tzigane de Godowsky. Relativement longue par rapport aux précédentes (11 minutes), cette œuvre recèle quelques vrais moments de bravoure, chez le compositeur comme chez l’interprète. Enfin!

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Antoine Rebstein, Piano Left Hand Recital. Œuvres de Jean-Sébastien Bach (1685-1750), Johannes Brahms (1833 -1897), Camille Saint-Saëns (1835-1921), Dinu Lipatti (1917-1950), Alexandre Scriabine (1972-1915), Erwin Schulhoff (1894-1942), Johann Strauss II (1825-1899), Léopold Godowsky (1870-1938). Antoine Rebstein, piano. 1CD Claves Records 50-2502. 2005. DDD. Notice Trilingue. Durée : 79’09.

 
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