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Bruxelles, Conservatoire Royal. 03-XI-2005. Felix Mendelssohn-Bartoldy (1809-1847) : Ruy Blas, ouverture op. 95 ; Benjamin Britten (1913-1976) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op. 15  ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°1 en sol mineur op. 13 « Rêves d’hiver ». Liviu Prunaru, violon. Symfonieorkest Vlaanderen, direction : David Angus.

Symphonieorkest Vlaanderen

Le Symphonie Orkest Vlaanderen (SOV) a l’excellente habitude de composer des programmes qui sortent de l’ordinaire en choisissant des œuvres peu jouées de compositeurs célèbres. Cette saison, aux côtés de quelques « tubes » comme la Symphonie n°1 de Brahms ou la Pastorale de Beethoven, on entendra donc par exemple le Concerto n°1 de Rachmaninov, la Symphonie n°5 de Dvorak, le Concerto pour violon de Schumann ou encore la Symphonie n°2 de Saint-Saëns. Les concerts du SOV sont donc l’occasion de changer ses habitudes, et d’échapper à la Sainte Trilogie Mozart-Mahler-Chostakovich qui a quelque peu envahi les programmations cette saison dans nos contrées.

Passionnée, énergique, l’ouverture Ruy Blas est un début de concert tout à fait propice avant un Concerto pour violon de Britten marqué par un faux départ, Liviu Prunaru cassant une corde de son Guarnerius après quelques mesures. Deux, trois minutes d’interruption pour remonter l’instrument, et on peut enfin entendre ce concerto aux rythmes simples et entêtants, à l’atmosphère inquiétante, pré-orageuse, reflet de l’état d’esprit de Britten et de la population européenne à l’époque de la composition, veille de la Seconde Guerre Mondiale. Liviu Prunaru, deuxième lauréat du Concours Reine Elisabeth 1993, est un soliste au lyrisme intense, à la sonorité puissante et généreuse, il se régale des traits de virtuosité du Vivace central et de sa difficile cadence, et fait honneur par cette lecture concentrée et grave à une œuvre que plus de violonistes auraient intérêt à mettre à leur répertoire, sortant ainsi du sempiternel concerto de Tchaïkovski.

C’est justement Tchaïkovski qui clôt en beauté ce programme, avec sa Symphonie n°1, bien moins célèbre que les autres, notamment la Pathétique n°6. Cette œuvre ne manque pas de qualités. Le compositeur russe, pas encore âgé de trente ans, y a insufflé toute sa verve mélodique et son tempérament romantique, produisant une œuvre élégante et racée. Le SOV et David Angus, son chef honoraire, en livrent une version classique et bien en place, mais qui manque de flamme et d’emportement. Le premier mouvement est conduit avec naturel et énergie, à un tempo assez sage mais souple. L’orchestre se défend bien : les cordes font preuve de discipline et de vivacité, mais leur sonorité est assez rêche, et elles manquent de puissance et de mordant. Les bois sont très bons, fruités et gracieux, avec une légère tendance à jouer trop fort, couvrant les cordes, tandis que les trompettes sont assez timides. Le climat du deuxième mouvement, mélancolique et mystérieux, est très bien rendu. Les violoncelles chantent avec beaucoup d’éloquence, et flûte et hautbois offrent de splendides solos, de même qu’un somptueux pupitre de cors, qui fait de la seconde partie de cet adagio un merveilleux moment de rêverie. On se réjouit d’entendre ces cornistes dans quelques mois dans le Konzerstück pour quatre cors de Schumann. Les choses se gâtent dans le troisième mouvement, brouillon et mou, pas suffisamment dansant, plombé par un timbalier assez pataud. Le dernier mouvement pose lui aussi problème, son introduction est sombre à souhait, presque glauque, à juste titre puisqu’elle est indiquée andante lugubre, mais la suite est timide et poussive. Le chef semble avoir cherché dans cet allegro maestoso, certainement la partie la moins intéressante de cette symphonie, des subtilités qui n’y sont pas, plutôt que de jouer la carte du spectaculaire et de la jubilation, ce qui aurait beaucoup mieux convenu à ce final un peu grossier.

Un beau concert, au programme stimulant et à l’interprétation de qualité, qui se termine par un bis : une danse slave de Dvorak.

Prochain programme du  : Roméo et Juliette, Fantaisie-ouverture de Tchaïkovski, Symphonie n°1 de Sibélius, et concerto n°1 de Rachmaninov, avec au piano le solide Vitaly Samoshko.

Crédit photographique © DR

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Bruxelles, Conservatoire Royal. 03-XI-2005. Felix Mendelssohn-Bartoldy (1809-1847) : Ruy Blas, ouverture op. 95 ; Benjamin Britten (1913-1976) : Concerto pour violon et orchestre en ré mineur op. 15  ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°1 en sol mineur op. 13 « Rêves d’hiver ». Liviu Prunaru, violon. Symfonieorkest Vlaanderen, direction : David Angus.

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