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Défense de la musique tchèque

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Liège, Salle Philharmonique. 19-XI-2005. Leos Janacek (1854-1928) : Trois Danses Lachiennes (extraits) ; Bohuslav Martinu (1890-1959) : Concerto pour quatuor à cordes et orchestre H 207 ; Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°7 en ré mineur op. 70. Quatuor Thaïs, Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Jean-Pierre Haeck.

Quatuor Thaïs, Orchestre Philharmonique de Liège

Les concerts du premier chef invité de l’Orchestre Philharmonique de Liège, , ne proposent pas le tout-venant : Symphonie n°1 de Gounod, Concerto pour cor de Glière, Requiem de Duruflé, l’Ascension de Messiaen, toutes ces œuvres rares sont prévues dans les prochains mois. Le concert de cette matinée suit ce principe de diversité, proposant un très beau et original programme de musique tchèque.

Avec les Danses Lachiennes, Janacek passionné par la musique populaire de sa région natale, suivait les célèbres exemples de Brahms, Dvorak et Grieg, mais ses harmonisations des chants du patrimoine morave, réalisées dans les années 1890, ont dû attendre la fin de sa vie pour être enfin créées, et elles n’ont jamais réussi à acquérir la popularité des Danses Slaves de son compatriote Dvorak. C’est assez logique car la musique est moyennement attrayante, assez lourde et pompeuse (Starodavn’y) et pas très entraînante. a malheureusement choisi de ne diriger que les trois premières, ce qui nous prive de la délicieuse Celadensky, un petit bijou de délicatesse, certainement la partie la plus intéressante de cet ensemble de danses.

Commande du quatuor belge Pro Arte, le Concerto pour quatuor à cordes de Martinu date de 1931, époque à laquelle le compositeur commençait à explorer les voies du néo-classicisme en insérant le langage moderne dans les formes de la musique ancienne. On entend donc un concerto grosso, dont le ripieno est spectaculairement élargi aux dimensions d’un orchestre symphonique, de structure parfaitement orthodoxe, structure dans laquelle s’épanouissent dissonances et liberté rythmique d’allure très moderne. Ce mélange assez improbable a priori fait une musique à la fois passionnante et déroutante, d’une grande fraîcheur de ton, et qui gagne beaucoup à être entendue en concert : structure, opposition solistes-tutti étant beaucoup mieux perceptibles qu’au disque. On peut par exemple  » voir  » de façon très nette certains thèmes, certaines phrases, passer d’un instrument du quatuor à un autre, ou aller rebondir du coté de l’orchestre. L’œuvre étant rarement jouée, on se contentera du disque avec la très belle version du Quatuor Brandis et de l’Orchestre National de France dirigé par James Conlon chez Erato-Apex. La direction de Jean-Pierre Haeck est très analytique et fouillée, présentant l’œuvre avec une grande clarté et un souci manifeste de faire entendre le mieux possible la rigueur formelle de la partition ainsi que ses audaces expressives. Les jeunes musiciennes du Quatuor Thaïs se distinguent par leur engagement et leur fougue, et par la cohésion de leur jeu d’ensemble.

Avec la Symphonie n°7 de Dvorak, on est en terrain beaucoup plus connu, l’orchestre ayant d’ailleurs enregistré l’œuvre sous Pierre Bartholomée en 1989 (Adda). Jean-Pierre Haeck aborde l’œuvre avec une retenue très calculée avant de libérer l’orchestre dans un mouvement initial à l’atmosphère suffocante et orageuse. Changement de décor ensuite, avec un Poco adagio doux-amer, dans lequel les vents et les cors rivalisent de finesse et de délicatesse, donnant un petit côté sérénade nostalgique à leurs dialogues. Le scherzo est un modèle d’élégance et de souplesse distinguée avant un final spectaculaire, flamboyant et tendu à l’extrême.

L’OPL trouve dans la musique tchèque un magnifique terrain d’expression à ses qualités : souplesse et vivacité des cordes (un mordant exemplaire dans la courte introduction du premier mouvement), tranchant des bois, aux sonorités authentiques et non aseptisées, sûreté des cors (de magnifiques solos dans le mouvement lent) et des cuivres. Un très beau concert, un peu trop court, qui aura permis au public de faire une belle découverte alliée à un cheval de bataille du répertoire magnifiquement défendu.

Crédit photographique : © DR

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Liège, Salle Philharmonique. 19-XI-2005. Leos Janacek (1854-1928) : Trois Danses Lachiennes (extraits) ; Bohuslav Martinu (1890-1959) : Concerto pour quatuor à cordes et orchestre H 207 ; Anton Dvorak (1841-1904) : Symphonie n°7 en ré mineur op. 70. Quatuor Thaïs, Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Jean-Pierre Haeck.

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