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Delirio, Une agonie amoureuse

À emporter, CD, Musique d'ensemble

« Delirio ». Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Delirio amoroso HWV 99. Cantata a tre de Aci, Galatea e Polifemo HWV 72. Mi palpita il cor HWV 132b. Natalie Dessay, soprano. Le Concert d’Astrée, direction et clavecin : Emmanuelle Haïm. Enregistré en juin, juillet et août 2005. 1CD + 1 DVD (30’) Virgin Classics 438 422-3. 62’02″.

 

Plus qu’à un délire amoureux, c’est à une agonie amoureuse à laquelle et nous invitent dans leur nouvel album de cantates italiennes de Haendel composées à l’époque de la prohibition de l’opéra à Rome. Ce que nous offrent les deux artistes françaises paraît ne pas être du même compositeur que celui que Cecilia Bartoli proposait récemment (voir notre article). Et pourtant. Il s’agit bien du même Haendel qui traînait ses guêtres dans la Ville Sainte et d’œuvres écrites par les mêmes cardinaux mécènes qui avaient donné leurs oratorios à Caldara et Scarlatti.

Comparaison n’est pas raison. Mais tout de même! La musique du jeune « Caro Sassone » devait certainement bondir plus que cet enterrement de première classe auquel nous convient nos deux vedettes françaises de la musique baroque (et autres). Nul doute que les inconditionnels de soient satisfaits d’entendre la voix de leur idole dans une forme convenable. Les craintes qu’avaient laissé paraître ses ennuis vocaux à répétition trouvent ici un certain démenti sur l’état de son instrument. La voix est encore là. Si les aigus sont présents et leur justesse intacte, ils ne sont plus aussi éclatants que par le passé, la voix a blanchi (peut-être pour l’occasion). Privé des superbes harmoniques qu’on lui connaissait, le vibrato est souvent absent. chante, c’est certain. Elle chante même très correctement, mais est-ce bien suffisant? Ce qui frappe l’auditeur, c’est la disparition de la joie qui se dégageait de son chant, le génie qu’elle imprimait aux mélodies, l’enthousiasme de ses pyrotechnies. Et si a décidé d’accompagner ces cantates dans un esprit intimiste, c’est tant mieux, parce que la puissance vocale de la soprano semble aussi s’être envolée. À relever toutefois que si les coloratures de Natalie Dessay ne sont pas aussi époustouflantes que celles de Cecilia Bartoli, elles ont une musicalité plus raffinée que celle de la mezzo romaine.

On sait Natalie Dessay actrice. Mais malheureusement, ici elle se borne à réciter. Pourquoi n’a-t-elle pas profité de l’occasion de cet accompagnement léger et discret pour exacerber sa théâtralité, et soigner sa diction? Bien sûr, on entend qu’elle chante en italien, mais on ne comprend qu’un mot sur trois. Dommage, parce que ce qui se raconte dans les poèmes de ces cantates sont comme de véritables petits opéras.

Champion de l’aseptisation de la musique, d’ est un modèle du genre. Pas une mèche qui dépasse, tout est joué impeccablement, dans un souci d’effacer toutes les aspérités musicales qu’un interprète pourrait être tenté d’exprimer. Un baroque d’hôpital. De la crème… sans sucre! De la musique de chambre à ne jamais jouer trop fort de crainte de déranger les voisins.

Dans la version « luxe » du CD, un DVD d’une trentaine de minutes permet d’assister aux répétitions, à l’enregistrement du CD. Chacune des deux protagonistes y va de son discours explicatif sur le sens de ces chants. L’explication est imagée, sympathique, décontractée. Mais pourquoi diantre expliquer tout cela si ni l’une, ni l’autre ne fait ce qu’elle dit vouloir exprimer?

En conclusion, tout cela est très joli, très propret, très frais mais très ennuyeux!

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