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Dernières œuvres, le chant du cygne de Tchaïkovski

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 25-XI-2005. Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture fantaisie op. 18 ; Concerto pour piano et orchestre en mi-bémol majeur, op. 75 ; Symphonie n° 6 en si mineur op. 74 « Pathétique ». Katia Skanavi, piano. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Cycle Tchaïkovski, , et l’ONF

Pour ce dernier concert consacré au cycle Tchaïkovski, et l’ nous proposaient, ce vendredi soir, les pages les plus tragiques du compositeur. La soirée débutait avec Roméo et Juliette, œuvre sous-titrée ouverture-fantaisie par le compositeur, laissant suggérer ainsi qu’il s’agissait là de l’essence du drame de Shakespeare. C’est avec beaucoup de vivacité que l’orchestre a traduit les tumultes de cette partition, nous faisant pénétrer l’univers fiévreux de son créateur. Un choix judicieux en guise d’introduction au chant du cygne de Tchaïkovski.

Si les thèmes du concerto n°1 ont une place dans l’oreille de chacun, peu d’entre nous sont en mesure de donner ceux du concerto n°3. Œuvre ultime du compositeur, ce poème était destiné, au départ, à devenir une symphonie. Puis, Tchaïkovski entreprit d’en faire un concerto dont il ne put achever qu’un seul mouvement. En conséquence, le piano a une place singulière dans cette œuvre : à l’exception de la coda, le soliste se fond parmi les autres instrumentistes de l’orchestre. Ce soir-là, c’est la jeune qui se chargeait de l’interprétation de cette page fougueuse. Cette pianiste peu médiatisée fait partie de ces talents discrets et néanmoins très brillants. nous a séduit par sa très forte personnalité, son écoute, sa réflexion sur l’interprétation. Si le son de son piano pouvait paraître un peu dur quelquefois, son interprétation témoignait d’une grande maîtrise de l’instrument, offrant ainsi au public une coda éblouissante dans laquelle la pianiste cumulait les plans sonores. Chaque ligne mélodique était toujours pensée de manière intensément délicate, reflétant ainsi sa très grande intelligence musicale. Ainsi avions-nous pour regrets, après l’écoute de cette dernière partition, celui de ne pas avoir entendu la jeune soliste dans une page mettant plus en exergue le piano. Mais nos attentes ont été vite satisfaites grâce au nocturne en do dièse mineur de Chopin que la pianiste nous a offert en bis, confirmant pleinement ses talents pianistiques, une réflexion sur l’œuvre des plus intenses, un pianissimo des plus subtil nuancé par des trilles délicieux et on ne peut plus personnels.

La seconde partie de ce concert fut consacrée à la dernière symphonie de Tchaïkovski dont l’argument reste encore mystérieux : « j’ai eu l’idée de composer une autre symphonie, à programme cette fois, mais un programme qui doit rester une énigme pour tous – qu’ils essayent de deviner! » confie le compositeur surpris par la mort neuf jours après la représentation de la symphonie. Kurt Masur et l’ ont joué sur les silences, sur le pathos, dès le premier mouvement placé sous le signe de la fatalité. Comme pour la Symphonie n°4 donné quelques jours auparavant, les contrastes étaient toujours de rigueur ce vendredi soir. L’étrange valse à cinq temps figurant le deuxième mouvement contenait la juste touche de légèreté qu’accordait la partition. Le caractère majestueux de l’orchestre, sa splendeur laissait croire à la poursuite d’un certain bonheur avant de sombrer dans la fin tragique que porte cette symphonie. Et c’est peut-être pour ne pas laisser la soirée se conclure sur l’adagio lamento tragique merveilleusement rendu par nos musiciens, que Kurt Masur a souhaité achever cette soirée par un sentiment moins sinistre. Ainsi, la légère valse de la sérénade pour corde nous a rendu le sourire et permis de quitter, le cœur léger, ce théâtre des Champs-Élysées une fois encore illuminé par ses musiciens.

Crédit photographique © Vladimir Klavijo

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 25-XI-2005. Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture fantaisie op. 18 ; Concerto pour piano et orchestre en mi-bémol majeur, op. 75 ; Symphonie n° 6 en si mineur op. 74 « Pathétique ». Katia Skanavi, piano. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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