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Wilhelm Furtwängler : Trois hommes et un destin

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Ludwig van Beethoven (1770-1827)  : Symphonie n°9. Tilla Briem, soprano ; Elisabeth Höngen, alto ; Peter Anders, tenor ; Rudolf Watzke, basse  ; Orchestre Philharmonique de Berlin. Elizabeth Schwartzkopf, soprano ; Elisabeth Höngen, alto ; Hans Hopf, tenor ; Otto Edelmann, basse  ; Orchestre du Festival de Bayreuth. Elizabeth Schwartzkopf, soprano ; Elsa Cavelti, alto ; Ernst Haefliger, tenor ; Otto Edelmann, basse  ; Orchestre Philharmonia. Direction : Wilhelm Furtwängler. 4 CDs Tahra FURT 1101-1104. Enregistré en 1942 à Berlin, 1951 à Bayreuth, 1954 à Lucerne (Philharmonia). Notice bilingue français-anglais de Sami Habra commentant le 4e CD. Durée : 74’18, 74’22, 74’52, 57’20

 

La Symphonie n°9 de Beethoven dirigée par (1886-1954), par trois fois. Trois visions du monde, comme projetées par trois hommes différents. Berlin 1942, un Beethoven de rage et d’impuissance tempête contre la barbarie hitlérienne. Bayreuth 1951, l’Ode à la Joie ouvre le Festival wagnérien fermé depuis la fin de la guerre et chante la renaissance de la culture européenne. Lucerne 1954, c’est un Furtwängler seul face à la Mort qui dirige 85 instrumentistes et plus de 150 choristes. Trois mois plus tard, une pneumonie l’emporte.

Ce triplé n’est pas le résultat d’une lubie de René Trémine, le directeur de Tahra. On peut distinguer au moins quatre raisons de thésauriser ce coffret, y compris pour ceux qui ne sont pas habitués aux enregistrements dits historiques. La première, essentielle, est que ces enregistrements sont toujours d’actualité. La recette que détenait Furtwängler s’est perdue avec lui, certes, mais son message nous parle comme au premier jour. Les années 1942 et 1951 peuvent paraître des dates lointaines mais nous vivons toujours dans la terreur qu’inspirent les tyrans et la folie des prédicateurs, et nous nous réjouissons chaque fois que la culture renaît des cendres de la barbarie. Quant à la mort, elle nous concerne tous. La deuxième raison, importante, est le livret de . Celui-ci contient une analyse musicale renvoyant à des illustrations sonores frappantes qui constituent le quatrième disque. La notice fait comprendre les particularités des trois interprétations du chef, la noirceur désespérée de 1942, le lyrisme de 1951, la résignation et l’adieu de 1954. Elle aide également à saisir ce qui distingue Furtwängler des autres grands chefs, Toscanini, Mengelberg ou Jochum, ou d’interprétations drolatiques de chefs anonymes. La troisième raison pour acquérir ce coffret est la remastérisation de référence des versions de Berlin et de Bayreuth. , également directeur artistique du coffret, a réussi à garder l’impact sonore de la restauration qu’il avait opérée sur la bande de 1942 pour un disque de la Société , tout en supprimant la saturation qui était pénible notamment dans la partie chorale. La version de 1951, jusqu’à présent éditée par EMI n’était pas indigne mais pâtissait de couleurs étriquées et d’un son agressif. Avec Tahra, le son s’épanouit tout en gagnant en douceur. Quant à la version de Lucerne, elle bénéficiait d’une des toutes meilleures prises de son qui nous soit parvenuede Furtwängler, et ne nécessitait pas prioritairement une nouvelle remastérisation. Toutefois, il est évident qu’elle pourrait encore gagner en précision et en couleurs.

Seul Furtwängler a donné à Beethoven l’ampleur métaphysique, surhumaine, la profondeur psychologique, et ce Tahra réunit ici les trois meilleurs enregistrements des neuf qui nous sont parvenus de la Symphonie n°9. Chaque version a ses mérites et selon son humeur on pourra préférer alternativement celle-ci ou celle-là. Tout de même, on peut estimer sans être subjectif que les premier et troisième mouvements de la version de 1942 représentent la quintessence de l’art de Furtwängler. Dès les premières notes, quand la musique paraît émerger des limbes comme du bout de la nuit, on est emporté dans une succession dantesque d’événements d’une grandeur et d’une âpreté à couper le souffle. L’intervention d’August Lohse, le timbalier du Philharmonique de Berlin, d’une puissance tellurique, est stupéfiante. Ne pensez pas que l’ingénieur du son a forcé le potentiomètre, l’enregistrement a été réalisé avec un seul micro par Friedrich Schnapp, le technicien préféré du chef qui appréciait son intégrité dans la restitution de la sonorité de l’orchestre. Après le Beethoven de colère, le troisième mouvement incarne le Beethoven de méditation et d’invocation. Comme le caractérise justement Sami Habra, jamais Furtwängler n’a prié avec autant de ferveur que dans ce troisième mouvement. Prière pour les hommes qui souffrent, prière pour que la musique triomphe du mal, prière pour oublier le temps d’alors et qui aujourd’hui nous fait aussi oublier le temps présent. Durant près d’une demi-heure l’auditeur est transporté dans un temps en suspension, un état de béatitude que vient briser l’Ode à la Joie. Un coffret Tahra à marquer d’une pierre blanche.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827)  : Symphonie n°9. Tilla Briem, soprano ; Elisabeth Höngen, alto ; Peter Anders, tenor ; Rudolf Watzke, basse  ; Orchestre Philharmonique de Berlin. Elizabeth Schwartzkopf, soprano ; Elisabeth Höngen, alto ; Hans Hopf, tenor ; Otto Edelmann, basse  ; Orchestre du Festival de Bayreuth. Elizabeth Schwartzkopf, soprano ; Elsa Cavelti, alto ; Ernst Haefliger, tenor ; Otto Edelmann, basse  ; Orchestre Philharmonia. Direction : Wilhelm Furtwängler. 4 CDs Tahra FURT 1101-1104. Enregistré en 1942 à Berlin, 1951 à Bayreuth, 1954 à Lucerne (Philharmonia). Notice bilingue français-anglais de Sami Habra commentant le 4e CD. Durée : 74’18, 74’22, 74’52, 57’20

 
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