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Dietrich Fischer-Dieskau en sa plus verte nouveauté

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Franz Schubert. (1797-1827) : Winterreise D 911, Schwanengesang D 957. Dietrich Fischer-Dieskau, baryton ; Klaus Billing, piano (D 911) ; Hertha Klust, piano (D 957). 2 CD Urania RM 11. 925. Enregistrés en 1948 et 1953. Durée 61’06 et 73’46.

 

En cette année 1948, le jeune Fischer-Dieskau faisait ses débuts à l’opéra de Berlin en Posa d’un Don Carlos dirigé par Ferenc Fricsay. Il prépara aussi pour la radio sa première approche de Winterreise, cycle de lieder qu’il allait imprégner définitivement, tous ses retours à la partition étant à marquer d’une pierre blanche. Sa voix est alors dans sa première fraîcheur et son style pourtant déjà bien en place. Il construit son interprétation à partir du mot qu’il savait déjà articuler à la perfection, mais ne charge pas la musique de ce désespoir romantique que d’autres voudront y voir parfois, de manière géniale, comme Hans Hotter en 1954.

ne relit pas la prosodie schubertienne au travers du prisme déformant du répertoire wagnérien, son Wanderer à lui ne doit rien à Wotan. Winterreise est ici une déception amoureuse aux conséquences somme toutes limitées, sorte d’accident de parcours pour un homme au sortir de l’adolescence qui sait, bien qu’inconsciemment, que la roue de la vie peut encore tourner à son avantage. Chaque étape du cycle (véritable descente aux enfers pour Hotter) contient sa part d’amertume, mais lorsque Fisher-Dieskau suit le joueur de vielle (der Leiermann) on peut imaginer qu’un avenir plus radieux est encore à portée d’espérance.

Contrairement à ce que la pochette italienne affirme, c’est bien Klaus Billing qui accompagne le jeune baryton dans cette première approche raisonnablement dramatique du chef d’œuvre de Schubert.

Le chant du Cygne du même Schubert est, comme chacun sait, une invention d’éditeur afin de donner une cohérence artificielle (et un atout commercial) aux derniers lieder du compositeur. Le même esprit d’interprétation règne ici quelques six ans plus tard. Fisher-Dieskau aura pourtant été le Kurwenal d’un enregistrement mythique de Tristan und Isolde par Furtwängler en 1952, mais son Schubert reste pur et sans tache. Ständchen par exemple, souvent prétexte à une ballade romantique avec la mort et qui devient simplement une très, très belle mélodie ici. Dans la perspective d’une écoute comparée des différentes approches de ces œuvres par Fischer-Dieskau, ces premiers enregistrements prennent évidemment des allures de mythe fondateur.

Avec le recul du temps, ces gravures apparaîtront comme le témoignage émouvant d’une période où le futur « Dieu vivant du Lied » s’effaçait encore derrière les partitions. Cette humilité des origines se perdra progressivement au profit d’un génie interprétatif unique en son genre mais qui ne retrouvera jamais cette simplicité juvénile.

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