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Programme ambitieux par deux immenses interprètes russes

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 10-XII-2005. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur opus 26 ; Ernest Chausson (1855-1899) : Poème pour violon et orchestre opus 25 ; Georges Bizet (1838-1875) / Franz Waxman (1906-1967) : « Carmen-fantaisie » pour violon et orchestre ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur opus 73. Vadim Repin : violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Valery Gergiev.

L’opéra dans le symphonique

Ce concert au Théâtre des Champs-Élysées accueillait et . Deux des plus grands interprètes russes du moment se retrouvaient pour un concert ambitieux. Le premier achevait sa tournée française intitulée « carte blanche » avec trois œuvres concertantes particulièrement exigeantes, le deuxième offrait un rare concert symphonique alors qu’on peut l’entendre en ce moment dans de nombreux opéras à Bastille et au Châtelet.

Le concerto n°1 pour violon du compositeur allemand , écrit en 1866, est l’une de ses œuvres les plus jouées et fait partie intégrante du répertoire. L’écriture de la partie soliste est en effet très violonistique mais totalement fondue dans la mélodie. Le concerto est dédié au grand violoniste de l’époque Joseph Joachim et se rapproche de l’esprit des concertos de Mendelssohn et de Brahms. Le premier mouvement Allegro Moderato est écrit comme une introduction des deux autres mouvements, dans une ambiance tragique et sombre que l’orchestre et le chef font ressentir impeccablement. joue avec un son brillant et sûr, une expression sobre mais en revanche très articulée. Et, dans l’Adagio, mouvement très romantique, dont le thème est repris de manière variée, le violoniste ouvre sa sonorité, et son expressivité se teinte de fragilité. Dans la partie centrale, les deux interprètes partageant la même énergie terminent leur élan sur un forte dramatique et déchirant. Le final, Allegro Energico s’inspire d’un thème tzigane ; les musiciens le jouent dans un authentique esprit de joie et de danse. Vadim Repin interprète les traits avec une grande facilité et beaucoup d’aisance : on perçoit parfaitement toutes les notes et les articulations. encadre l’orchestre avec son autorité de tsar tout en exprimant les sentiments de l’œuvre. Les tutti sont ainsi généreux et expansifs. L’œuvre est exécutée avec naturel et sans extravagance.

Le célèbrePoèmepour violon et orchestre d’ fut composé vers 1896 à la demande d’Eugène Ysaÿe. Il s’inspire d’une nouvelle de Tourgueniev : Le chant de l’amour triomphant. L’œuvre s’ouvre sur une ambiance calme mais inquiétante. Valéry Gergiev nous plonge alors dans une atmosphère de deuxième acte d’opéra wagnérien car l’œuvre de Chausson débute lorsque Muzio revient d’un voyage en orient avec un violon, qui par sa sonorité envoûte Valéria l’épouse de Fabio. Entre alors le violon seul, Repin joue cette mélodie mélancolique avec une présence toute raffinée mais un vibrato un peu trop accentué ; il reste cependant très convaincant et devient un véritable charmeur. A l’Animato où l’incantation commence à faire son effet, les interprètes nous ensorcèlent dans un tourbillon tragique, débordant d’intensité et de sensibilité. Les deux musiciens nous emportent et nous font ressentir le drame de façon presque théâtrale. Puis la tranquillité initiale revient mais de manière encore plus angoissante jusqu’à ce que l’œuvre se retire sur la pointe des pieds, ce que le public ne peut supporter et il applaudit trop rapidement sans attendre le silence méditatif qu’une telle œuvre peut demander.

Enfin, pour terminer la première partie du concert, le Carmen – fantaisie d’après Bizet, de Franz Waxman, compositeur et chef d’orchestre américain qui écrivit ce pastiche pour le film Humoresque de Jean Negulesco en 1947. Waxman y reprend les principaux airs de l’opéra. L’orchestre joue avec brio le prélude, puis après une courte transition, le violoniste enchaîne sur une version de la Habanera très chantée et extravertie. Puis c’est avec beaucoup d’intimité et de désespoir qu’il interprète l’air du Trio des cartes où Carmen apprend sa mort prochaine. Retour au divertissement, avec l’entracte (actes III et IV) exprimé ici, par des sautillements et des accents très espagnols. Avec la Seguedille la technicité du violon reprend le dessus : abondance d’harmoniques et traits rapides, joués avec grâce et vélocité. La chanson bohémienne quant à elle, clôt cette pièce concertante de manière festive et enjouée, Vadim Repin y montre ses talents de virtuose : il exécute ses traits de manière détendue, dans un final époustouflant. Pourtant, il est un peu dommage que le violoniste ait pensé l’œuvre de manière trop sérieuse et pas assez dans l’esprit de la parodie.

La dernière œuvre au programme était la Symphonie n°2 de , écrite en 1877. Elle a été intitulée, à son époque, Pastorale, en référence à Beethoven. Le premier mouvement Allegro non troppo, s’ouvre sur un premier thème calme et majestueux joué par les cors évoquant le matin par sa tonalité de ré majeur. Dès les premières mesures, Valery Gergiev marque le caractère de la symphonie avec une grande douceur. Le second thème, plus lyrique, s’accentue d’une rythmique plus détachée que le chef souligne d’un dramatisme généreux et de puissants forte. Le second mouvement, Adagio non troppo, fait chanter un magnifique solo de violoncelles très évocateur mais le chef ne le joue pas de façon assez intimiste et le solo de cor qui suit manque de mystère. En revanche la partie centrale exprime une force mélodique de haute intensité. L’Allegretto grazioso est en revanche très amusant avec un divertissant accompagnement de pizz de violoncelles. Il est suivi de deux variations s’inspirant des scherzos de Beethoven que l’orchestre, par sa fougue haletante, nous fait ressentir. Le final Allegro con spirito est malheureusement mal équilibré avec trop de basses et de violons qui manquent de clarté et de précision. Mais lorsque le second thème grave et large apparaît, le mouvement retrouve son équilibre. La très courte coda se conclut alors comme le final grandiose d’un opéra.

On peut dire qu’avec ce concert, on a pu être conquis par l’élégance du jeu de Repin et la stature imperturbable de Gergiev. Ils ont réussi à nous faire vivre ce concert symphonique comme une soirée à l’opéra surtout avec le Carmen- fantaisie et la Symphonie. La générosité expressive du chef et son originale direction nous permet de penser qu’il laissera un impact dans la dynastie des chefs d’orchestre.

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 10-XII-2005. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur opus 26 ; Ernest Chausson (1855-1899) : Poème pour violon et orchestre opus 25 ; Georges Bizet (1838-1875) / Franz Waxman (1906-1967) : « Carmen-fantaisie » pour violon et orchestre ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur opus 73. Vadim Repin : violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Valery Gergiev.

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